Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

LES TROIS SAGESSES

Saint Thomas d'Aquin parle expressément dans la Somme théologique des trois sagesses dont l’homme est capable : la sagesse philosophique, la sagesse théologique et la sagesse qui est un don du Saint-Esprit. Et saint Thomas dit qu’il faut respecter la diversité, dans l’unité, de ces trois sagesses. De ces trois sagesses, les deux premières sont acquises et la troisième est « infuse », elle est donnée à tout chrétien vivant de la charité, même s’il ne l’exerce pas toujours.

Qu’est-ce que la sagesse ? Pour discerner ce qu’est la sagesse, la sophia, nous pouvons la distinguer de la science (épistémé) et des sciences modernes. En tant qu’elle est une science, la philosophie analyse la réalité existante dont l’homme a l’expérience et cherche à en connaître les causes propres. Quant à la science, au sens moderne du terme, elle cherche des lois, des liens nécessaires d’antériorité et de postériorité entre des phénomènes. La sagesse, en revanche, dont saint Thomas dit qu’elle est un habitus contemplativus, atteint la Cause première, ultime. Cette fin ultime est Celui que les traditions religieuses nomment Dieu. La sagesse jugera donc tout en fonction de Dieu.

La sagesse philosophique

De la sagesse philosophique nous avons plus besoin que jamais. Et le Concile Vatican II nous demande d’avoir cette sagesse, puisqu’il nous demande « l’ouverture au monde ». Pour être accueillant au monde d’aujourd’hui, pour être attentif à l’homme dans toute sa complexité et son originalité, il est nécessaire que le chrétien ait une formation de sagesse philosophique ; autrement, en cherchant à être accueillant, il se laissera prendre et transformer par les idéologies d’aujourd’hui.

La sagesse philosophique doit nous purifier de tous nos a priori et nous donner un désir de comprendre l’homme dans toutes ses dimensions, dans toute sa richesse. Elle nous fait considérer l’homme dans sa capacité de transformer l’univers, dans sa capacité d’aimer, d’un « amour d’amitié » (pour reprendre l’expression de saint Thomas) celui qu’il a choisi, et dans sa capacité de coopérer avec les autres hommes et de former avec eux une communauté — ce qui implique de saisir que l’homme est partie de l’univers par son corps, qu’il est le vivant le plus parfait dont nous puissions avoir l’expérience, et qu’il est une personne, capable de reconnaître son Créateur, de l’adorer et de le contempler ; et qu’il est, par son esprit, conscient à la fois de ses fragilités et de ses possibilités de se dépasser lui-même.

La sagesse mystique

La sagesse mystique, la plus élevée, celle qui est un don du Saint-Esprit, doit nous faire vivre notre qualité d’enfant bien-aimé du Père dans le Coeur blessé de l’Agneau, dans une dépendance totale à l’égard de l’Esprit Saint, dans et par ce « milieu divin » qu’est l’Eglise. Cette sagesse nous apprend à nous aimer les uns les autres comme Jésus nous aime. C’est très spécialement grâce aux écrits johanniques que nous pouvons développer cette sagesse mystique. A travers l’Apocalypse nous découvrons le mystère des grandes luttes de l’Eglise et du martyre ; à travers la Première Epître nous découvrons l’absolu de la charité fraternelle ; et à travers l’Evangile nous découvrons le mystère de la contemplation chrétienne, de notre lien avec Jésus, Agneau et Epoux, qui nous sauve à la Croix et nous donne Marie pour nous permettre de vivre avec elle le mystère de la compassion. A la Croix, Jésus nous engendre à la vie divine et nous attire pour nous faire vivre, avec Marie et en elle, ce même mystère de sagesse.

La sagesse théologique

Enfin la sagesse théologique, qui met notre intelligence au service de la parole de Dieu, nous permet d’expliciter toute la richesse du mystère révélé, toutes ses exigences et son efficacité. Elle nous permet de mieux saisir comment Dieu, dans sa simplicité de Créateur, est le Dieu d’amour, le Dieu Père qui nous donne son Fils pour nous sauver, pour nous libérer de l’esclavage du péché ; elle nous fait comprendre comment Dieu fait de nous des fils adoptifs, héritiers du Christ, et comment l’Eglise doit continuer la mission du Christ. Cette sagesse théologique a atteint, en saint Thomas, une précision et une pénétration uniques. C’est pourquoi l’Eglise nous recommande toujours saint Thomas comme le « Docteur commun », comme le théologien contemplatif que nous devons aimer et suivre car en lui se joignent le saint et le philosophe.

 

M.-D. Philippe, OP

© Congrégation Saint-Jean

Références de textes d’Aristote et de saint Thomas

Aristote

Ethique à Nicomaque : VI, 7, 1141 a 9 sq; VI, 13, 1143 b 18 sq; X, 7, 1177 a 12 sq

Métaphysique : A, 1 et 2  980 a 21 sq; Livre Lambda.

Saint Thomas

Somme théologique : I, q.1; II-II, q. 45

Contra Gentiles : I, 1-9

Retour à l'accueil

Partager cette page

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog