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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

"Vous serez haï, haï, haï"

12Une rencontre souvent évoquée par le père Marie-Dominique Philippe nous aide à comprendre combien la recherche de la vérité et de la sagesse, celle qu’il a entreprise tout au long de sa vie et qu’il est essentiel de poursuivre à sa suite, même dans la plus grande solitude, est actuelle. Cette recherche de la sagesse, sans avoir rien de rétrograde, est sans aucun doute l’enjeu majeur pour l’homme contemporain : il y va simplement de sa survie.

Cette rencontre, souvent évoquée par le père Philippe, nous le fait découvrir comme un grand serviteur de l’Église : un apôtre qui a compris qu’un des enjeux majeurs de notre monde est celui de l’intelligence humaine capable de la vérité et de la sagesse.

 

Si Thomas d’Aquin a été à son époque un serviteur en accomplissant ce que Dieu lui demandait – réaliser une théologie scientifique pour l’Église – le père Philippe considérait qu’être serviteur en tant qu’apôtre pour l’homme d’aujourd’hui, c’était rappeler le sens de la sagesse : non seulement en théologie chrétienne (nous ne sommes plus dans un monde chrétien), mais en philosophie. Cette recherche, il la menait non pas en universitaire – bien qu’ayant enseigné la philosophie à l’Université pendant près de quarante ans – mais en apôtre, c’est-à-dire comme un témoin infatigable et un lutteur, par amour de l'homme, de cet amour même dont le Christ lui-même est le témoin plénier à la Croix.

On aime dire des Dominicains qu’ils sont des athlètes de la foi. Pour être un athlète de la foi aujourd'hui, il faut lutter inlassablement pour la survie de l’intelligence humaine dans sa capacité la plus profonde de la vérité.

 

Voici donc cette rencontre et cette phrase en forme de testament : « Père Philippe, continuez la métaphysique ; mais je vous préviens, vous serez haï, haï, haï ».

Cette affirmation est de l’un de ses frères en religion, le père Ramirez, espagnol, Professeur à l’Université de Fribourg, lorsque le Père Philippe y arriva en 1945. Il était l’un de ses frères aînés dans l’Ordre, et devait quitter Fribourg quelques mois plus tard pour devenir recteur de l’Université de Salamanque.

Le père Philippe ajoutait souvent : « J’ai reçu cela comme son testament… et il avait raison ».

Arrivant comme jeune dominicain à Fribourg – il avait 33 ans –, sa vie témoigne que haï, il l’aura été. Certes, il portait cela dans la paix, parce que l’expérience de l’amour de Dieu et la recherche de la vérité étaient plus fortes que les luttes qu’il lui fallait endurer : critiques, calomnies, mensonges, rejets. Avec un cœur égal, bien que traîné dans la boue, non sans souffrir beaucoup, il continua son chemin de chercheur inlassable de la vérité avec une fidélité inébranlable et une douceur, une patience et une miséricorde inlassables, sans jamais juger les personnes, quoique d’une parfaite lucidité…

L'intensité de ces luttes signale, à elle seule, où est le véritable enjeu et sa grande importance pour l'homme d'aujourd'hui et pour l'Eglise.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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