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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Victorieux de la trahison

Jésus, à la Cène, célèbre avec ses Apôtres la dernière Pâque ; et voilà qu’après avoir achevé la liturgie de l’Ancien Testament, Jésus renouvelle toute la liturgie. Et comment la renouvelle-t-il ? par le lavement des pieds. Avant de réaliser la nouvelle Pâque – et cette nouvelle Pâque, c’est la Pâque dans son cœur, c’est la Pâque de l’amour, une Pâque de libération dans l’amour –, Jésus fait ce geste du lavement des pieds. Ce geste, c’est le geste du pardon, le geste de l’amour miséricordieux qui va le plus loin possible. Lui qui est « le Maître et le Seigneur » (Jn 13, 13), lui qui a reçu du Père toute autorité, il prend le linge du serviteur, de l’esclave, et il lave les pieds de Pierre, de Jean, de Thomas, de chacun des Apôtres, y compris Judas. Il faut que Jésus ait un contact direct, immédiat, personnel, avec chacun des Apôtres. Il faut qu’il ait ce contact dernier avec Judas. Il sait que Judas le trahit, mais il est, dans son cœur, victorieux de la trahison. La grande victoire de l’amour, c’est d’être victorieux de la trahison; et Jésus, pour montrer que dans son cœur il pardonne tout à Judas, fait ce geste du lavement des pieds, il se met plus bas que Judas, il veut être son serviteur, il veut être seul en face de lui et, dans le silence, dans un regard silencieux, lui faire comprendre qu’il l’aime malgré tout et au delà de tout (1).

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Il fallait ce lavement des pieds pour nous faire comprendre la signification profonde de l’institution de l’Eucharistie, de ce sacrement qui est le testament d’amour du Christ. Après avoir ainsi lavé les pieds de ses Apôtres, Jésus prend du pain et du vin, et les consacre pour les changer en son corps et en son sang, afin de nous donner son cœur blessé. La chair de Jésus – « Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment une boisson » (Jn 6, 55) –, n’est-ce pas surtout son cœur ? Son cœur est bien ce qu’il y a de plus vulnérable dans sa chair ; c’est donc son cœur qui est la chair par excellence et qui nous fait comprendre pourquoi son amour – qui veut être tout proche de nous, et qui veut se communiquer de la manière la plus forte qui soit –, se donne à nous sous la forme du pain, l’aliment par excellence.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, J’ai soif, p. 88-89.

© Editions Saint-Paul

(1) Il est très important pour nous de comprendre que le renouveau de la liturgie chrétienne se réalise d’abord dans la charité fraternelle, et dans la charité fraternelle en ce qu’elle a d’ultime : le pardon. Une communauté chrétienne implique le pardon — autrement il n’y a pas d’unité : on ne peut pas s’unir dans la charité fraternelle si on ne se pardonne pas mutuellement. Le pardon, c’est la miséricorde par excellence. Il s’agit, non pas d’oublier ce par quoi l’autre a pu nous blesser — car l’oubli, qui est d’ordre psychologique, n’est pas encore le pardon —, mais de se servir des blessures que l’autre a faites à notre cœur pour être plus proche de lui et lui faire comprendre qu’on l’aime encore plus.

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