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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

VATICAN II: JEAN-BAPTISTE POUR NOTRE TEMPS

Interprétant le Concile Vatican II et sa signification du point de vue de l’économie divine, le Bienheureux Jean-Paul II a affirmé que « le Concile Vatican II constitue un événement providentiel par lequel l’Église a commencé la préparation immédiate du Jubilé du deuxième millénaire. Il s’agit en effet d’un Concile semblable aux précédents et pourtant très différent. (…) Il a manifesté en lui-même quelque chose de l’ancien prophète [Jean-Baptiste] en désignant avec une nouvelle vigueur aux hommes d’aujourd’hui le Christ, “l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde” (Jn 1,29), le Rédempteur de l’homme, le Seigneur de l’histoire » (Lettre apostolique Tertio millennio adveniente, 18-19). Vatican II, Jean-Baptiste pour notre temps. De Jean-Baptiste, Jésus dit qu’il est un prophète et plus qu’un prophète (Lc 7,26). Vatican II : un Concile, et plus qu’un Concile ? Cette relation entre Jean-Baptiste et Vatican II a été développée en théologie par le père Marie-Dominique Philippe dès les années 1970. Un souffle à retrouver :

 

Jean-Baptiste est celui qui doit « fermer une maison », puisqu’il est au terme de toute l’attente de l’Ancien Testament. Évidemment, il est plus facile d’ouvrir une maison que d’en fermer une. Jean-Baptiste, lui, doit fermer une maison, et une maison qui a deux mille ans d’existence ! D’Abraham à Jean-Baptiste… ce n’est pas rien ! Et ce petit Jean-Baptiste devra dire aux grands-prêtres de Jérusalem (cf. Jn 1,19-27 ; Mt 3,7-11) : « C’est terminé, acceptez qu’un autre passe devant ». Ce n’est pas facile !

N’est-ce pas là le « drame » de Vatican II ? Il faut accepter que toute une grande tradition soit reprise à sa source, dans la pauvreté. « L’Église des pauvres », voilà ce que nous vivons. Nous vivons actuellement quelque chose que Jean-Baptiste a vécu avec une très grande intensité ; et nous devons vivre à l’intérieur de l’éclosion d’un printemps, c’est cela qui est extraordinaire ! L’Église doit à la fois être l’Église des pauvres et vivre ce mystère de printemps. Cela peut paraître contradictoire, et pourtant c’est vrai. N’y a-t-il pas là une grande exigence du Saint-Esprit ? Surtout si l’Église doit vivre une dernière étape avant le retour du Christ (si nous arrivons au terme de la grande attente du retour du Christ), dans la charité fraternelle ? Car l’Église est faite pour attendre le retour du Christ ; alors que l’Ancien Testament attendait la venue du Messie dans l’adoration, l’Église attend le retour du Christ dans la charité fraternelle. L’adoration demeure toujours, certes, elle est fondamentale, mais elle conduit à la charité fraternelle. Et c’est la charité fraternelle que l’Esprit Saint veut nous faire vivre, en nous faisant comprendre que l’adoration se transforme, en nous, en charité. Il n’y a pas d’opposition entre les deux : l’adoration est source de charité.

Il est très important de bien regarder Jean-Baptiste, parce qu’il nous fait comprendre ce que nous devons vivre. L’Église, encore une fois, ne vit-elle pas une dernière étape ? Cela peut durer, bien sûr, je n’ai pas dit que ce serait demain ; mais c’est sans doute une dernière étape que l’Église doit vivre actuellement – et c’est aussi la plus belle étape ! Nous sommes des privilégiés de Dieu, de vivre cette dernière étape, car elle est la plus belle de toute la vie de l’Église. Il faut que l’Église à la fois s’appauvrisse, qu’elle vive le mystère de Jean-Baptiste (puisque Jean-Baptiste doit revenir à la fin des temps, revêtu de l’esprit d’Élie, pour annoncer le retour du Christ ; cf. Mt 11,14 et 17, 10-13 (Mc 9,11-13) ; Lc 1,17. Ml 3,23-24 ; Si 48,10), et qu’elle vive en même temps l’éclosion d’un printemps. Elle doit vivre simultanément ces deux mystères, l’éclosion d’un printemps dans la pauvreté – la pauvreté d’accepter que le pèlerinage de l’Église se termine et que l’Église ne soit pas éternelle, du moins sur la terre, car elle l’est dans le Ciel ; mais l’Église de la terre, l’Église militante, n’est pas éternelle. « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16,18), c’est-à-dire qu’elle demeurera jusqu’à la fin du monde, mais il lui faudra accepter que son pèlerinage se termine. Voilà pourquoi elle doit être pauvre et revêtue de l’esprit d’Élie, de l’esprit de Jean-Baptiste. Autrement elle n’arrivera pas à accepter que le Christ revienne. Combien de chrétiens, aujourd’hui, n’acceptent pas la perspective d’un prochain retour du Christ ! Tous ceux qui, plus ou moins consciemment, sont les partisans d’un messianisme temporel, tous ceux qui confondent prudence politique et foi, ont beaucoup de peine à accepter que le Christ revienne. Certes, ils ne parlent plus d’une Église triomphante, mais ils considèrent que l’Église doit se perdre dans l’avènement de l’humanité. C’est l’humanité qui doit être Dieu, c’est l’humanité, et elle seule, qui doit prendre toute la place. Nous vivons bien quelque chose d’analogue à ce que Jean-Baptiste a vécu.

 

M.-D. Philippe, OP, Suivre l’Agneau, tome I, p. 164-166.

© Saint-Paul
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