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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Une personne, un être unique

Si l’homme est la route du Christ et s’il est la route de l’Église, il est utile, il est même nécessaire de faire de la philosophie. La philosophie consiste simplement à chercher à mieux comprendre ce qu’est la personne humaine. Et si nous voulons mieux comprendre de quelle manière Dieu s’adresse à l’homme dans le Christ, nous devons aussi essayer de faire un effort d’intelligence pour mieux comprendre ce qui caractérise la personne humaine, dans toutes ses dimensions.

 

GOUTIERRE-L'homme, route du ChristQue l’être humain soit une personne, signifie fondamentalement que chaque être humain existe comme quelqu’un d’unique ; il est donc au sens le plus strict irremplaçable dans l’être. Certains philosophes ont dit que « personne » (persona) voulait dire un être unique en soi-même, « par soi un » (per se una). C’est peut-être une étymologie fantaisiste, mais cela dit tout de même quelque chose d’important, qui explicite la différence radicale qui existe entre un homme et un animal. Cela ne signifie pas que nous n’ayons pas de respect pour les animaux ! Mais l’être humain a quelque chose d’unique : non seulement dans sa vie, non seulement dans son visage, non seulement dans ses qualités, mais d’abord et radicalement dans son être substantiel, son être même. C’est ce que nous exprimons lorsque nous disons : « Je suis ». Chacun est seul à pouvoir affirmer cela de lui-même. Certes, Dieu dira de lui-même : « Je Suis » (Ex 3,14)… mais cela prend alors un sens tout autre, sur lequel nous reviendrons.

Seul parmi toutes les réalités existantes dont nous avons l’expérience, l’être humain est capable d’affirmer : « Ceci est » et « je suis ». L’animal n’en est pas capable : il existe dans le devenir, dans sa nature très déterminée. Le signe en est que l’on reconnaît un animal à son cri, caractéristique de son espèce. La personne humaine a quelque chose qui dépasse cela et fait, précisément, qu’elle n’est pas seulement un vivant qui crie, mais quelqu’un qui parle ; et avant de parler, elle est capable de sourire. Toutes les mères, tous les pères aussi, savent combien le sourire d’un enfant est quelque chose d’extraordinaire. Le premier sourire qu’une mère reçoit de son enfant est très émouvant, parce qu’il traduit la présence d’une âme spirituelle et dévoile quelque chose de sa dignité extraordinaire de petite personne humaine. Il sera nécessaire de l’éduquer, de l’aider à grandir, mais elle est déjà là.

Certes, nous avons reçu la vie de nos parents : nous avons reçu d’eux la nature humaine, même si la réalité de la nature n’est pas très en vogue aujourd’hui… Mais nous sommes aussi uniques dans notre être personnel ; cela, non pas d’abord par notre corps qui nous individualise, mais à cause de notre âme. Notre âme spirituelle, substance, est la cause profonde de notre être personnel. C’est ce qui fait que, pour une mère, quoiqu’il vienne d’elle et de celui qui en est le père, son enfant est reçu comme un don : elle n’est pas la cause de son âme. Elle reçoit son enfant, parce que, justement, ce petit enfant est quelqu’un d’unique par son âme spirituelle. L’âme, substance, cause radicale de notre être, est ce qui fait que chaque être humain peut dire : « Je n’existe pas dans une série, je ne suis pas un numéro dans la succession ». Même si nous nous succédons dans la vie – les générations succèdent aux générations, nos parents nous ont devancé, nos grands-parents, nos ancêtres – chaque être humain est entièrement nouveau dans l’être : « Je suis », « je suis une réalité unique par mon âme, je subsiste dans l’être ». Et malgré tous les développements de sa vie, tout son devenir, toute son histoire, chacun est unique et demeure radicalement le même dans son être personnel.

Nul ne peut enlever à quelqu’un cette dignité radicale de sa personne. Aujourd’hui, il arrive pourtant, hélas ! que l’on remette en question la dignité de la personne humaine, pensant que certains ne l’ont pas, ou pas encore, ou ne l’ont plus. Ce n’est pas vrai et nous avons le devoir de lutter contre cette conception erronée des choses : même si quelqu’un est diminué dans son corps, dans ses forces, même s’il n’a plus toute sa santé, et même s’il n’a plus toute sa tête, il demeure quelqu’un d’unique dans son être, en raison de son âme spirituelle, cause substantielle de son être.

 

Cette présence dans l’être humain de son âme spirituelle est ce qui fait que nous pourrons dire, tout à fait au terme de la recherche philosophique, que la personne humaine est le seul être que Dieu, s’il existe – nous nous situons ici en philosophie – ait voulu pour lui-même. L’animal existe dans son espèce ; le monde physique existe dans le devenir, comme un tout matériel et corruptible, dont nous savons bien aujourd’hui qu’il n’est pas inépuisable. Par contre, la personne humaine, chaque personne, est voulue pour elle-même dans l’être par Celui qui est la Personne première, que les traditions religieuses appellent Dieu, le Créateur.

 

Marie-Dominique Goutierre

Extrait de L'homme, route du Christ, à paraître aux éditions Parole et Silence le 5 avril 2012

© Parole et Silence

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