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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Un exercice sapiential de la prudence

Du point de vue humain, politique, le gouvernement relève de la vertu de prudence. Mais l’exercice de l’autorité dans une vie religieuse chrétienne doit être commandé par une prudence transformée par la sagesse. Autrement, pourrait-elle être au service de l’action cachée de l’Esprit Saint sur les personnes ? C’est une action que nous touchons dans la foi ; et c’est en conduisant des personnes que l’Esprit Saint Paraclet agit sur une communauté d’Église dont la vocation relève directement de lui.

Toute communauté religieuse chrétienne, en effet, est dépositaire d’un secret divin, de l’héritage du Père reçu en Jésus à travers la paternité d’un fondateur. Le fondateur est reçu comme tel par l’Église ; elle ne le mesure pas, mais reconnaît en lui une action de l’Esprit Saint qui parle à l’Église, selon la belle expression de l’Apocalypse (1, 7…). La grâce d’un fondateur est donc d’abord celle d’une paternité : il est source d’un héritage pour ses enfants. Cet héritage est celui du Christ crucifié, notre Tête, dispensé à travers un disciple et un ami du Christ.

Ceux qui exercent l’autorité sont donc, à la fois, au service des personnes dans leur vocation à suivre le Christ, et gardiens de la recherche et de la mise en œuvre effective des moyens qui permettent à leur communauté et à chacun de ses membres de vivre de l’esprit du fondateur. Celui qui exerce l’autorité, comme tel, n’est pas l’unique dépositaire de l’esprit du fondateur ; lui est confié la charge, le service de mettre en œuvre des moyens au service de cette fin, dans la recherche commune de la vérité et la docilité à l’Esprit Saint. La fin est toujours de vivre du Christ crucifié et ressuscité selon l’esprit du fondateur, qui en est le premier témoin et la source instrumentale pour chacun des enfants que Dieu lui donne.

 

La vertu de prudence ne suffit donc pas pour exercer l’autorité dans la vie religieuse chrétienne. En effet, la prudence, par elle-même, ne conduit pas à la contemplation. Au niveau personnel, elle ordonne la vie morale. Et au niveau politique, elle s’exerce par rapport au bien commun qui, par lui-même, demeure abstrait. Or le bien comme tel est un bien réel. De fait, le bien dans ce qu’il a de plus lui-même réclame l’existence : selon saint Thomas, la ratio boni est convertible avec la ratio entis (cf. De Veritate, q. 1, a. 1 ; ST, I, q. 5). Et au niveau théologal, il s’agit d’un bien réel divin : la personne du Christ et la volonté du Père.

Dans l’exercice de son autorité, le supérieur est donc entièrement relatif à la fin : le bien des personnes dans leur lien divin avec le Christ et le Père sous le souffle de l’Esprit Saint. Certes, la prudence lui est nécessaire ! Mais elle doit être assumée par la sagesse pour pouvoir être relative au bien divin, qui dépasse aussi bien celui qui exerce l’autorité que celui qui obéit.

Cette transformation de la prudence par la sagesse marque donc avant tout l’exercice de l’autorité d’une note de petitesse et de pauvreté. Alors que celui qui en reste à la prudence et se croit le plus prudent cherche souvent à être supérieur parce qu’il a sa vision des choses et veut la réaliser, le contemplatif qui cherche la sagesse fuit la charge de supérieur… S’il lui est demandé de l’exercer, il l’accepte comme un service de charité fraternelle. On pourrait dire : quand le serviteur (la prudence) n’a plus de maître (la sagesse), quand il veut prendre la place du maître et commander, c’est « le fort en thème » qui domine et règle tout. Mais alors sa vision du bien commun étouffe les personnes et les empêche de grandir.

 

(A suivre)

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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