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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

TRIPLE FIDÉLITÉ

MDPSi on regarde l’Évangile de Jean, on voit qu’il y a trois moments dans la vocation des Apôtres, donc dans la vocation chrétienne. Premier moment : c’est la rencontre première avec Jésus ; pour chacun de nous il y a eu un moment où nous avons choisi. C’est un choix intérieur : on suit l’Agneau (cf. Jn 1,35-39). Second choix : au chapitre 6, au moment où Jésus annonce le mystère du Pain de vie et où beaucoup le quittent en disant : « Cette parole est trop dure », Jésus demande aux Apôtres : « Est-ce que vous aussi, vous voudriez partir ? » (Jn 6,67). Les Apôtres auraient pu le quitter à ce moment-là en disant : « Cette parole est trop dure. » Jésus leur rend leur liberté, d’une certaine manière. Suivre Jésus, aller jusqu’au bout de son enseignement, cela conduit au mystère de l’Eucharistie. Le mystère de l’Eucharistie représente bien ce qu’il y a d’ultime dans notre alliance avec Jésus : il faut choisir l’Agneau, il faut choisir le Pain. Il faut vivre avec l’Agneau, il faut vivre du mystère du Pain, du mystère de l’Eucharistie. Et on comprend très bien que, dès qu’on voit certains s’en aller, on risque d’être contaminé et de les suivre. C’est facile de descendre le fleuve ! On fait comme tout le monde. Et beaucoup de disciples s’en vont à ce moment-là. Il faut que de nouveau, dans la lutte, les Apôtres choisissent. Troisième choix : lorsque Jésus est arrêté. Ce troisième choix est moins noble du côté des Apôtres… Jean ne dit rien, mais si nous regardons les autres évangélistes, nous voyons bien qu’il y a une panique. Dans les moments de panique, on n’est pas très coupable, Jésus le sait, parce que c’est passionnel. Au moment de l’arrestation de Jésus, il n’y en a que deux qui le suivent, Pierre et Jean, et seul Jean ira jusqu’au bout. Mais les neuf autres s’en vont, paniqués ! Il y en a même un qui a tellement peur en cette nuit qu’il s’en va tout nu. C’est saint Marc qui nous le dit (Mc 14,51), et c’est très significatif : il a tellement peur ! Il faut s’échapper le plus vite possible : sauve-qui-peut ! La panique est toujours mauvaise conseillère. Ils ont peur, alors, parce qu’ils ont peur, ils s’en vont. C’est terrible, cela !

Il me semble qu’il y a ces trois moments. Et tout sera repris par la Résurrection. Tout est repris, parce que les grâces de Dieu sont sans repentance (Rm 11,29). Quand Dieu nous a choisis, il nous a choisis. Et s’il y a un moment de panique, Dieu nous reprend. Car il y a toujours des moments de panique… Aucun d’entre nous n’oserait dire : « Moi, je ne serai jamais paniqué ! », surtout quand neuf sur douze s’en vont… C’est la majorité, il ne faut pas l’oublier, et la majorité a toujours du poids sur notre conditionnement, parce que nous croyons toujours que Dieu est du côté de la majorité. Il faut regarder les choses telles qu’elles sont ! Il y avait déjà eu cette première panique au moment où de nombreux disciples étaient partis, et puis là, même parmi les Douze, la nuit, il y en a qui fuient. On pourrait dire : « Là, vraiment, ils auraient dû tous suivre le Christ, unanimement, et comprendre que Judas était un traître ». Mais non, ils ont eu peur. Ils ont été formés par Jésus pendant trois ans, ils ont vraiment choisi l’Agneau, ils ont vraiment opté pour aller jusqu’au bout, et au moment où Jésus est arrêté par Judas, avec la cohorte, avec les gardes, ils ont peur. Les gardes ont dû arriver avec fracas, c’est sûr, ils ont dû montrer qu’ils étaient puissants : le Dragon fait toujours croire qu’il est victorieux pour engendrer en nous la peur, la panique. Alors à ce moment-là on ne comprend plus rien du tout. Il est évident qu’ils ne sont pas très coupables, on n’oserait pas leur « jeter la pierre » ! Je ne sais pas ce que nous aurions fait à leur place. Il n’y a que Pierre qui, pour se donner du courage, tire son glaive. Et quand Jésus lui dit : « Remets le glaive au fourreau », Pierre ne comprend plus : il fallait se battre ! Pour cela, il est là. Mais Jésus n’a pas le même regard : « Remets le glaive au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, je ne la boirais pas ? » Pierre n’entre pas dans le mystère de l’Agonie de Jésus. Il est resté au seuil. Alors que Jésus, lui, entre très profondément dans le mystère de l’offrande de toute sa vie : la coupe. Pierre a de la peine, et c’est pour cela qu’il ne pourra pas aller jusqu’au bout et qu’il y aura le reniement. Si Pierre était entré dans le mystère de l’Agonie, il aurait été fidèle. Jean a été fidèle ; est-il entré dans le mystère de l’Agonie ?… On ne le saura qu’au Ciel, car il est dit qu’à Gethsémani il a dormi avec les autres. (…) Ce qui est sûr, c’est que Jean a été fidèle jusqu’au bout. Voilà ce qui nous est demandé : suivre Jésus jusqu’au bout, suivre Jean jusqu’au bout, à travers le mystère de l’arrestation.

C’est cela, être de la descendance de la Femme, être fils de Marie. Il faut bien comprendre cette épreuve de l’arrestation, car elle est très forte. Le prince des ténèbres a l’air d’être victorieux, il se manifeste et fait peur en disant : « Voilà, c’est nous qui avons gagné, il n’y aura plus qu’à se taire. » Et Jean reste fidèle. Pierre, lui, a un premier moment de fidélité qui est très beau. Mais ce moment de fidélité de Pierre est lié à cette réaction si normale de prendre le glaive pour défendre Jésus, puisque les autres sont armés. Si les autres sont armés, légitime défense ! On va donc défendre Jésus en prenant le glaive ! N’est-ce pas ce que nous faisons automatiquement ? Nous prenons le glaive, nous répondons avec les armes des autres – ce qu’il ne faut jamais faire. Jésus n’aime pas cela.

On voit cela clairement dans l’Ancien Testament, quand le petit David se trouve face à Goliath (cf. 1 S 17,38-51). C’est la même chose : quand David est face à Goliath, on lui donne des armes qui sont les armes de Saül pour qu’il puisse être bien armé. Ce n’est pas un petit berger qui va aller affronter Goliath ! Mais David comprend, après une expérience d’un instant, que ces armes, au lieu de l’aider, le paralysent. Il y a des armes qui nous paralysent et qui nous empêchent d’être enfants de Dieu. Alors le petit David se débarrasse de ces armes, et il va affronter Goliath uniquement avec sa petite fronde.

C’est très important pour nous, quand nous sommes dans des situations analogues. Dans notre vie chrétienne, il y a des moments où nous sommes comme en face de Jésus arrêté par Judas, par la cohorte. À ce moment-là, il faut comprendre ce que l’Esprit Saint réclame de nous. Il ne faut surtout pas tomber dans la panique. Il faut être, avec Jean, fidèle jusqu’au bout. Jean n’a pas pris le glaive. Pierre a eu pour première réaction de prendre le glaive, et Jésus l’a arrêté. Là il y a un refoulement chez Pierre, parce qu’au fond, il ne comprend pas. Mais il remet le glaive dans le fourreau parce que Jésus le lui demande. Il obéit. Quant à entrer dans le mystère de la coupe donnée par le Père, et boire la coupe avec Jésus, on voit bien que Pierre n’est pas allé jusqu’au bout. Jean, lui, ira jusqu’au bout. Il y a là un très grand mystère, dans la lutte. On sait bien que dans les moments de lutte, il y a des partages qui se font. Encore une fois, ce n’est pas au moment de la joie, de la réussite, que les vrais amis, les vrais liens d’amour, se manifestent ; c’est toujours au moment où l’ennemi semble l’emporter, où il semble le plus fort, où tout change subitement. Et ici, cela a changé avec une telle rapidité ! Quand on pense à la Cène, que Jésus vit avec les Apôtres : ils sont tous là auprès de Jésus, même Judas. Et durant cette nuit, ces quelques heures, c’est Judas qui l’emporte. C’est Judas qui est maître de la situation, et Jésus est traité comme un voleur, comme un criminel.

 

M.-D. Philippe, OP, Suivre l’Agneau, IV, De la Croix à la Gloire

© Médiaspaul

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