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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Si je veux qu'il demeure...

A la question si directe du Christ : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » – et parmi « ceux-ci », il y a Jean, celui qui a été fidèle jusqu’au bout –, Pierre répond avec générosité et humilité : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime ». Il ne cherche plus à l’emporter sur les autres, car il ne se croit plus meilleur qu’eux. Jésus lui donne alors l’ordre de continuer sa propre tâche de Bon Pasteur : « Pais mes brebis ». Ce sont les brebis du Christ que Pierre doit paître. (…)

Saint-Jean-évangéliste-Westhoffen

Ce dialogue s’est passé entre Jésus et Pierre, mais Jean n’est pas loin, il les suit. Pierre se retournant, l’aperçoit et dit à Jésus : « Et lui, Seigneur ? » Jésus lui répond : « S’il me plaît qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, sui-moi ».

A première vue, cette réponse du Christ peut étonner. Il vient de donner à Pierre l’ordre de paître ses brebis. Il l’établit à sa suite, en son nom, pasteur de son troupeau. Le pasteur doit connaître ses brebis, et les brebis doivent le connaître. Parmi les brebis du Christ, Jean tient une place privilégiée, Pierre n’en doute pas. Jean n’est-il pas le disciple que Jésus aimait, celui qui durant le repas s’était penché vers sa poitrine et lui avait dit : « Seigneur, qui est-ce qui va te livrer ? » Jean n’est-il pas le seul qui soit resté fidèle à la Croix ? Pierre, qui vient d’être nommé pasteur des brebis, n’a-t-il pas le droit de savoir ce que le Christ réserve à Jean ?

En répondant ainsi, Jésus montre bien qu’il ne veut pas répondre. Jean, il se le réserve. Il ne faut pas que Pierre s’en inquiète, cela ne le regarde pas : « Que t’importe ? » Ne prétendons pas pour autant qu’il faille distinguer l’Église de Pierre et celle de Jean, une Église hiérarchique et juridique ayant Pierre à sa tête, et une Église mystique et intérieure dont Jean est le modèle. En réalité, Jésus dit à Pierre sans restriction : « Pais mes brebis » et Jean en fait partie. Toutefois les brebis que Pierre doit paître ne sont pas ses propres brebis, mais celles du Christ, qui est libre de se les réserver selon son bon plaisir. Celles qu’il aime le plus, il se les réserve, sans pour autant former une Église mystique qui se distinguerait de l’Église hiérarchique. Il y a entre le Christ et son disciple bien-aimé un secret d’amour, de prédilection. N’est-ce pas précisément le don qu’il lui a fait de sa Mère ? Ce don n’est-il pas comme « en deçà » de l’autorité de Pierre ? N’est-il pas comme antérieur, plus fondamental, se réalisant dans la profondeur secrète de la grâce ? N’est-ce pas là comme la première pauvreté que Jésus réclame de Pierre dans l’exercice de son autorité ? Dans l’exercice de son autorité, Pierre doit suivre le Christ dans la foi obscure : « Toi, suis-moi ». C’est la dernière parole que Jésus lui adresse. La dernière qu’il a adressée à Jean fut pour lui donner sa Mère : « Voilà ta mère ». Pour que le benjamin suive Jésus dans une plus grande intimité, il lui donne celle qu’il a formée pendant les trente années de sa vie cachée, afin qu’avec elle il soit de ceux qui suivent l’Agneau partout où il va : « Ceux-là ont été rachetés du milieu des hommes, comme prémices pour Dieu et pour l’Agneau. Jamais leur bouche ne connut le mensonge : ils sont immaculés ».

La Résurrection ne fait que confirmer ce don qui demeure bien l’ultime marque d’amour de Jésus au disciple bien-aimé.

 

M.-D. Philippe, Le mystère du Christ crucifié et glorifié, 1996, p. 273-274.

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