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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Sensations et intelligence (III)

Cinq sens pour exister

Il est, dès lors, facile de comprendre que nos cinq sens ont ce rôle capital de nous permettre d’être en contact réel et existentiel avec l’univers physique en lequel nous sommes, avec notre univers : contact immédiat à l’égard de notre corps et de toutes les réalités sensibles que nous pouvons toucher ou utiliser pour notre nourriture et notre boisson ; contact différent à l’égard des réalités lointaines mais demeurant cependant dans notre horizon visuel, auditif, olfactif.

Ce contact sensible, réel, est très particulier. Grâce au concours de notre intelligence, il devient conscient et peut même permettre le jugement d’existence. En touchant mon corps, je puis affirmer qu’il existe ; en voyant les étoiles, j’affirme aussi qu’elles existent, mais la certitude de ce jugement d’existence a une valeur très différente — il en est de même pour l’audition et la sensation olfactive. Dans la vision, l’audition et l’olfaction, je demeure certain de mes sensations, de leur contenu qualitatif mais je ne puis déceler immédiatement l’existence de leur origine.

 

Il faudrait encore ajouter que nos sensations du toucher et du goût ont quelque chose d’unique en nous permettant de poser immédiatement le jugement d’existence, dans la mesure où nous atteignons dans ces sensations les sensibles propres du monde physique. Les sensibles communs, en effet, ne nous permettent plus de poser le jugement d’existence. Car précisément les sensibles communs, c’est-à-dire ceux qui peuvent être saisis par tous les sens, et tout spécialement par la vision, l’audition, la sensation olfactive, ces sensibles communs (le mouvement, le repos, le nombre, la grandeur, la figura) ne nous permettent pas de saisir ce qu’il y a de plus actuel dans les réalités sensibles. Ils nous permettent seulement de saisir leur manière d’être, leur conditionnement, ce qui est mesurable, et non ce qui est parfaitement en acte. Seuls donc le toucher et le goût nous permettent d’être en contact immédiat avec les réalités physiques et fondent une philosophie réaliste.

Descartes.jpgDescartes, en refusant l’objectivité des sensibles propres et en n’acceptant que les sensibles communs, nous enferme vraiment dans une idéologie : il ne pourra affirmer l’existence des réalités de notre univers et de notre corps qu’en se servant de la Réalité première, la Vérité première, le Créateur, qui ne peut nous tromper ! L’affirmation de l’existence de Dieu est garante de l’affirmation de l’existence des réalités physiques de notre univers, du fait même que nos sens peuvent nous tromper à l’égard des sensibles propres. Il faut donc fonder nos sensations sur les sensibles communs. Nous pouvons les mesurer, et en avoir par là une certitude objective parfaite ! Descartes n’a-t-il pas assimilé le caractère propre de notre toucher à celui de notre vision ? Il semble n’avoir pas saisi le caractère propre du toucher.

Il serait intéressant de préciser comment nos diverses sensations sont en relation avec les diverses interrogations de notre intelligence qui cherche à saisir, à analyser la réalité dans ce qu’elle a de plus propre. Pour bien saisir ce lien, n’oublions pas que la philosophie de l’art, qui étudie notre activité artistique et nos œuvres artistiques, est génétiquement première. C’est bien à l’égard d’une œuvre artistique que nous distinguons en premier lieu la forme de la matière, distinction qui est le fondement de toute l’analyse d’une philosophie réaliste. Et c’est bien là que la vue et le toucher sont parfaitement manifestés.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Philippe, OP

© Congrégation Saint-Jean

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