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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Saint-Suaire

Samedi 30 mars, Samedi saint, à la veille de Pâques, a lieu une ostension exceptionnelle du linceul de Turin. Le linge sera déployé dans la cathédrale de Turin, et présenté pendant une heure à la télévision italienne, qui rediffusera les images en mondovision. La première (et unique) ostension télévisée du suaire datait de 1973. Cette année, il s’agit d’un des derniers actes pontificaux de Benoît XVI. Si l’Église ne s’est jamais prononcée sur l’authenticité du suaire, elle y voit un signe favorisant la méditation sur la Passion du Christ. Or, en 2013, Année de la foi, le pape entendait précisément favoriser cette méditation le Samedi saint, qui commémore le jour où Jésus était au tombeau, son corps enveloppé dans un linceul…

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Le suaire de Turin date-t-il de l’Antiquité ou du Moyen Âge ? S’il est authentique, a-t-il enveloppé le corps du Christ ? La présence de ce tissu est attestée pour la première fois à Lirey, en Champagne, en 1357. Acquis en 1457 par la famille ducale de Savoie, il affronte un incendie à Chambéry en 1532 (il en garde des séquelles), puis il est transporté à Turin en 1578. Cette bande de lin blanc, de 4,36 mètres sur 1,10 mètre, ne révèle alors, à l’œil nu, que des traces et des ombres. Mais en 1898, un photographe découvre que les négatifs de ses clichés dévoilent la silhouette d’un homme nu, de face et de dos, ainsi que son visage.

En 1988, on publie des tests au carbone 14 affirmant que le linge date d’entre 1260 et 1390. Cependant, s’il s’agit d’un faux, les faussaires étaient des génies, car ils ont dû faire appel à des connaissances que nul ne possédait au Moyen Âge. La querelle scientifique n’a donc fait que rebondir.

Dès 1973, un criminologue suisse, Max Frei, a identifié sur le tissu des pollens originaires du Moyen-Orient. En revanche, ni pigments ni colorants n’y ont été relevés. Puisque l’image n’a pas été peinte, comment a-t-elle pu s’imprimer ? En 1977, une équipe interdisciplinaire d’une trentaine de chercheurs américains, le Shroud of Turin Research Project (STURP), a conclu à un processus… inexpliqué. L’image, au lieu d’être déformée comme elle aurait dû l’être après avoir épousé la forme du corps, est plane : comme si un rayonnement l’avait projetée sur le tissu. Par ailleurs, la densité des fibres de lin oxydées étant proportionnelle à la distance entre la partie du corps représentée et le linge, il est possible, par traitement informatique, de reconstituer une image tridimensionnelle de l’homme du suaire. Et ce qui apparaît, c’est un individu de 30 à 35 ans, sur les yeux duquel des numismates ont reconnu des leptons, une monnaie frappée vers l’an 29, sous Ponce Pilate. Or, à l’époque du Christ, on collait des pièces sur les yeux des cadavres.

Fait encore plus troublant, des éléments anatomiques prouvent une similitude entre le supplice subi par l’homme du suaire et le récit des Évangiles. Sur le linge, par exemple, les taches de sang contiennent de la bilirubine, une substance sécrétée par le foie en cas de souffrance extrême. La victime a été fouettée, frappée, a porté sur la tête une couronne d’épines et sur les épaules un objet lourd, puis a été crucifiée aux deux mains, les pieds l’un sur l’autre.

En 2005, Ray Rogers, un chimiste américain qui a participé aux essais au carbone 14, a apporté les preuves que l’échantillon qui avait été utilisé pour les tests n’appartenait pas au tissu original, mais à un rapiéçage ultérieur. Et, en 2008, Christopher Bronk Ramsey, directeur de l’Institut de l’accélérateur radiocarbone d’Oxford, qui avait travaillé sur ces fameux tests, déclarait à la BBC qu’il s’était peut-être trompé dans la datation du suaire…

Jean Sévillia
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