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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

QUI EST CELLE QUI MONTE DU DÉSERT? (IV)

Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge feu, il est toujours en colère, à sept têtes et dix cornes, il est disproportionné : sept têtes, il caricature la sagesse, dix cornes, il est puissant. Chez le démon, l’intelligence est au service de la puissance, il veut dominer par son intelligence, alors que la sagesse est liée pour la créature à la pauvreté de l’intelligence qui cherche la vérité. Chaque tête surmontée d’un diadème : Marie est couronnée de douze étoiles, son intelligence est royale dans la pauvreté de la recherche de la vérité et de la foi ; les têtes du Dragon sont surmontées d’un diadème, il s’est affublé d’un simulacre de couronne. Il se fait une fausse royauté. Il veut régner par la puissance, par le mensonge, par le péché.

Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. Alors que Marie est le chef-d’œuvre de l’univers physique, son achèvement, le Dragon, qui est un ange déchu, a un mépris souverain pour l’univers physique. Il balaie le tiers des étoiles avec sa queue, sans les regarder. Il précipite les étoiles sur la terre : il veut faire tomber la lumière, disparaître l’enseignement de la vérité. Les idéologies athées portent la marque du démon qui veut pervertir l’intelligence humaine, qui veut que les étoiles – les Docteurs – tombent sur la terre, le monde de la relativité, des opinions, du devenir. Le démon plaide toujours le consensus, la relativité des opinions, la sincérité, parce qu’il sait qu’en cherchant la vérité, notre intelligence se tourne vers Dieu et coopère avec lui qui est le Père de notre intelligence.

Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre, c’est donc aussi bien le mépris de la recherche de la vérité que le mépris de l’univers physique. Et pour l’homme, cela va ensemble car il doit chercher la vérité en acceptant humblement de se mettre à l’école des réalités sensibles dont il a l’expérience. En méprisant le monde physique, le démon cherche à ce que l’homme quitte la source du réalisme de son intelligence. Le démon a une haine de la matière et communique cette haine. Il a une haine du corps humain. C’est pour cela qu’il veut que l’homme se suicide, méprise son corps, se détruise. « Il est homicide dès le commencement » (Jn 8,44). Il est jaloux de l’homme, comme le dit le livre de la Sagesse : « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sag 2,24), alors que Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité. Le démon veut régner sur les hommes par l’orgueil et le mensonge, prétendant ainsi exercer une paternité sur leur intelligence. Mais où s’arrête-t-il ?

En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né. Où le démon est-il en arrêt ? Devant Marie qui enfante. Il y a plusieurs stabat : il y a le stabat de Jean-Baptiste au désert : « Jean se tenait là » (Jn 1,35). Il y a le stabat de Marie au pied de la Croix (Jn 19,25) et celui de Jésus debout sur la Croix… Et il y a le faux stabat du démon, non plus mobilisé dans l’amour mais en arrêt par curiosité, par jalousie, par haine devant la Femme qui enfante. Il s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né : il veut détruire. Dès que Marie est là dans l’amour et dans la fécondité, le Dragon est là. Et dans l’Église, les luttes les plus profondes sont liées au mystère de Marie, au mystère de la Femme. Ce n’est pas pour rien que c’est la femme qui est le plus attaquée, et ce que les idéologies athées ont de plus pervers est leurs attaques contre la femme. Ce jugement de sagesse devrait être développé : les idéologies athées, dans ce qu’elles ont de plus radical, sont anti-Femme, anti-Marie. Parce qu’elles sont démoniaques, elles veulent la destruction de ce qu’il y a de plus secret, de plus merveilleux dans le chef-d’œuvre du Père et du Christ. En étant anti-Marie, le démon est anti-Christ parce qu’ainsi il attaque le chef-d’œuvre du sacerdoce du Christ. Le chef-d’œuvre de Dieu, c’est l’homme et la femme ; et c’est Marie, une pure créature, Mère de Dieu et notre Mère. Mais où le Dragon veut-il l’attaquer, la détruire ? Dans sa fécondité. Il veut la détruire là où elle est mère, là où elle est source de vie. Source de vie humaine, source de vie divine.

Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône… C’est Jésus dans son autorité de grand-prêtre. Il y a quelque chose du mystère de Jésus qui ne peut s’épanouir que grâce à Marie : Jésus a voulu la coopération de Marie dans sa vie apostolique, il a voulu sa coopération dans le mystère de la Croix, pour qu’elle participe jusqu’au bout à cet enfantement à la vie de la grâce de tous les hommes. Et ce que Jésus accomplit, son œuvre sacerdotale, est « emporté au ciel » : cela n’appartient qu’à Dieu, qu’à l’autorité du Père, le démon ne peut pas le toucher, bien que ce soit là qu’il cherche à attaquer.

…tandis que la Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours. Qu’est-ce que Marie nous apprend ? Que nous montre-t-elle silencieusement ? Le testament de Marie, en quelque sorte, est là : La Femme s’enfuit au désert où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours. Marie nous apprend à nous enfuir au désert, c’est-à-dire à comprendre que notre cœur appartient radicalement à Dieu par l’adoration. Ce que Marie nous apprend, c’est l’adoration en esprit et en vérité. N’est-ce pas cela la Dormition de Marie ? Un mystère d’adoration : La Femme s’enfuit au désert… Le désert, c’est le lieu de l’adoration. Dans l’Exode, Moïse a voulu que le peuple d’Israël aille à trois jours de marche dans le désert pour adorer Dieu : faire quitter l’Egypte au peuple d’Israël pour retrouver le sens de l’adoration. Dieu a rééduqué son peuple perverti par l’Egypte, c’est-à-dire par l’esclavage de l’efficacité, en le conduisant au désert pour retrouver le sens de l’adoration ; et c’est là, au désert, que Dieu a remis à Moïse les tables de la Loi. Dans le Nouveau Testament, ce que Marie nous apprend et nous laisse dans sa Dormition, c’est l’adoration en esprit et en vérité, un mystère d’adoration, de silence, de désert, d’offrande : « Qui est celle qui monte du désert appuyée sur son bien-aimé ? »

Nous vivons dans un monde qui a perdu le sens de l’adoration. Certains maintiennent le sens de la louange et les gens aiment souvent rester dans la louange… Mais la louange n’est pas propre à Dieu : on peut louer un homme pour ses actions éclatantes. La louange ne suffit pas. L’adoration est fondamentale dans notre vie chrétienne et, d’une certaine façon, elle est ultime. Il est essentiel de découvrir ou de redécouvrir ce qu’est l’adoration. Dans l’adoration, l’homme reconnaît que Dieu est Créateur. Dieu existe, il est le Créateur et il demande d’être adoré. L’adoration est propre à Dieu et on n’adore pas quelqu’un d’autre que Dieu. Adorer, c’est reconnaître que Dieu est notre Créateur. Et Jésus, comme Fils bien-aimé du Père, a transformé cette adoration humaine, religieuse, pour nous donner une adoration qui soit la sienne : une adoration toute d’amour, transformée par la charité, une adoration « en esprit et en vérité ». C’est ce que Jésus enseigne à la Samaritaine : « Dieu est esprit et ceux qui adorent doivent adorer en esprit et en vérité » (Jn 4,24).

Marie nous apprend que le refuge devant les luttes du Dragon, c’est l’adoration. Apprendre concrètement que nous sommes radicalement entre les mains de Dieu, dans notre être. Nous n’existons que par Dieu, puisque Dieu est le Créateur de notre âme. Nous ne sommes pas par nous-mêmes. Chacun n’est un « je suis » que parce que Dieu, Créateur et Père, actuellement le porte dans l’être. La Création ne consiste pas à dire : « Un jour, Dieu a créé mon âme ». Non, actuellement, Dieu porte mon âme dans l’être, et par mon âme toute ma personne. Et tout ce qui suscite en nous l’angoisse, toutes les blessures, toutes les inquiétudes qui peuvent nous conduire à l’angoisse, nous pouvons apprendre à nous en servir pour nous remettre radicalement entre les mains de Dieu.

L’adoration que Marie, la Femme, nous apprend, c’est l’adoration de Jésus envers le Père. Jésus a offert sa vie dans un sacrifice d’adoration et le mystère de la Croix est un sacrifice d’adoration, d’offrande de tout lui-même par amour pour le Père. C’est cela que Marie nous apprend. Et elle nous montre que nous ne devons jamais lutter contre le démon par nous-mêmes. Devant ce qui peut nous tenter, nous conduire au péché, nous éloigner de Dieu, la seule arme, la petite fronde de David face à l’énorme Goliath, c’est l’adoration : Marie nous l’apprend et nous le rappelle constamment. Quand nous adorons, le démon perd notre trace parce que nous nous remettons entre les mains de Dieu. Quand notre cœur est un peu secoué, quand nous sommes tentés de ne pas aller jusqu’au bout de la fidélité à l’égard de Dieu, de ne pas aller jusqu’au bout de la foi, c’est l’adoration qui nous remet radicalement dans la vérité et qui dispose notre cœur à ce que l’Esprit Saint puisse le transformer et en faire un cœur de saint, un cœur d’ami de Jésus.

 

M.-D. Goutierre, csj

© www.les-trois-sagesses.org

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