Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

QUI EST CELLE QUI MONTE DU DÉSERT? (III)

Une Femme

Le chapitre 12 de l’Apocalypse est une grande vision prophétique ; il nous montre la place de Marie dans ce regard glorieux sur l’économie divine – c’est-à-dire le gouvernement de Dieu sur les hommes. Dans la conduite que Dieu a sur l’Église et sur tous les hommes, cette vision de la Femme nous est montrée comme un signe. Ce signe exprime une réalité, un mystère divin, sous une forme symbolique.

Une petite précision théologique est nécessaire : ne disons pas que le langage symbolique de la Révélation est purement mythique, au sens d’un mythe humain qui serait inventé par les hommes. Il faut en effet distinguer un symbole humain, poétique, inventé par l’homme qui exprime ainsi un appel de son cœur, un mythe humain qui est un discours, le récit d’une histoire sous un mode symbolique, et puis ce qui, dans l’Écriture Sainte, implique un mode symbolique mais qui, parce qu’il est inspiré par Dieu, implique une vérité divine qui réclame notre foi. Ce n’est plus un symbole poétique, mais un langage dont Dieu se sert pour révéler une vérité sur son mystère. Par exemple, les récits de la Genèse sur la Création ne sont pas « un beau mythe », comme on dit. Cela fait partie de la Révélation, ils contiennent une vérité de foi mais qui est exprimée sous une forme symbolique. Si le langage est symbolique dans sa forme, ce n’est pas un simple symbole humain : l’Esprit Saint s’en est servi pour nous révéler un mystère. L’Apocalypse est un texte écrit par saint Jean, ce qui implique son imaginaire, sa sensibilité d’artiste, mais parce qu’il écrit sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ce qu’il écrit implique la révélation d’une vérité qui vient directement de Dieu. Et l’œuvre du théologien est de nous aider à saisir le sens divin de ce texte communiqué sous un mode symbolique.

Un signe grandiose apparut au ciel…

 Ce signe nous fait saisir l’enjeu de cette conduite de Dieu sur les hommes. Il est grandiose, magnifique, grand. Les choses de Dieu n’ont jamais rien de mesquin. Elles sont toujours très cachées aux yeux des hommes (Prov 25,2), mais elles sont toujours grandes. Et ce qu’il y a de plus grand dans les œuvres de Dieu, c’est la maternité divine de Marie, c’est le mystère de la Croix, c’est le mystère de l’Assomption. Rien n’est plus grand. La glorification de Marie par Jésus, par le Père, par le Paraclet, est l’œuvre la plus grande qui soit ; c’est le chef-d’œuvre de Jésus crucifié et ressuscité. En quelque sorte, c’est là que l’on « comprend » l’artiste. On ne cherche pas à comprendre un artiste uniquement par ses croquis, par ses maquettes. Certes, c’est instructif pour comprendre son chemin. Mais pour comprendre la valeur de l’artiste, il faut regarder son chef-d’œuvre. Et pour comprendre le chef-d’œuvre de l’art du Paraclet, il faut regarder Marie dans la gloire. Là, nous apprenons qui est l’Esprit Saint, qui est Jésus qui glorifie le cœur de l’homme.

Au ciel : autrement dit, on ne peut regarder ce signe que dans une vision contemplative. Le ciel, c’est le lieu où Dieu réside, c’est-à-dire en lui-même. C’est dans un regard de sagesse contemplative, à partir de Dieu, que l’on peut saisir ce mystère, ce signe.

Une Femme ! On ne dit rien de plus. Jésus a appelé Marie « Femme » deux fois : à Cana et à la Croix. « Que me veux-tu, Femme ? Mon heure n’est pas encore venue » (Jn 2,4). « Femme, voici ton fils » (Jn 19,26). Marie coopère comme la Femme à la vie apostolique du Christ, Marie coopère comme la Femme à la Croix du Christ, Marie est dans la gloire comme la Femme. Elle est « la Femme », chef-d’œuvre de la Création et de la Rédemption.

Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.

Elle est enveloppée du soleil qu’est Jésus, tout entière, si je puis dire, enfermée dans la grâce. Ce n’est pas une prison, mais elle est enveloppée de la grâce, elle disparaît dans le mystère de Jésus. La lune est sous ses pieds : toute la Création est ordonnée à Marie, elle en est le chef-d’œuvre. Jésus, parce qu’il est Dieu, est au delà de la Création et l’humanité sainte du Christ a quelque chose qui, dès l’Incarnation, échappe à notre univers. L’Incarnation n’est pas un petit voyage que fait le Verbe dans notre univers : il ne quitte pas le sein du Père en s’incarnant mais c’est notre humanité qui est assumée en Dieu dans la Personne du Verbe. Et le Verbe est éternellement vers le Père, tandis que Marie est une pure créature.

La lune, pour les anciens, montre la limite du monde terrestre : le monde sublunaire, c’est le monde des hommes. Et notre monde est, d’une certaine façon, rythmé par la lune : il a un rythme propre. La lune est sous ses pieds : toute l’œuvre de Dieu, la Création de l’univers physique, trouve son sommet en Marie. Elle est le sommet de l’œuvre créatrice. Puisque l’homme et la femme sont le chef-d’œuvre de Dieu, Marie est la femme par excellence, tout entière transformée par la grâce ; et dans sa gloire, elle est bien le chef-d’œuvre de l’univers physique. L’Assomption nous invite à avoir un regard de sagesse philosophique et théologique sur l’univers physique. Là, l’univers physique a touché un sommet en Marie, qui passe de la terre à la gloire. C’est bouleversant ! Et rien n’est changé : les oiseaux continuent à chanter, les fleurs continuent de pousser, l’univers physique est le même. Pourtant, en Marie, l’univers physique est déjà glorifié. Par Marie et par Jésus, notre univers physique touche Dieu. Cela nous fait donc comprendre quel regard nous devons avoir sur l’univers physique : un regard de sagesse philosophique et un regard de sagesse chrétienne à partir de la foi. Dans le regard de Dieu, l’univers physique est tout entier ordonné au corps humain ; et par la foi, nous pouvons dire : au mystère de Marie.

Et douze étoiles couronnent sa tête : c’est la dimension royale de Marie. Mais de quelle royauté s’agit-il ? Là aussi, regardons ce que dit Jésus. Quand Pilate interroge Jésus : « Donc, tu es roi ? », Jésus répond : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). Jésus nous montre que sa royauté est liée au témoignage de la Vérité. La royauté de Marie, c’est d’être couronnée de douze étoiles. L’étoile symbolise la lumière qui indique le chemin. L’étoile montre le chemin. Nous le voyons avec les Mages, conduits par l’étoile pour trouver l’Enfant-Jésus (cf. Mt 2,1-12). L’étoile oriente. La lumière qui montre la route, c’est la doctrine de la foi, l’enseignement de la Vérité. Nous sommes dans la foi et l’enseignement de la Vérité de la Révélation a pour but de nous aider à cheminer vers la sainteté, à marcher vers Dieu. Marie est couronnée de douze étoiles : la plénitude de la vérité ; elle est Siège de la sagesse, son intelligence n’a cherché et n’a été éclairée que par la vérité.

Elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement.

Marie est regardée tout de suite dans son sommet : sa maternité divine à l’égard des hommes pécheurs. C’est, d’une certaine façon, l’achèvement de sa maternité à l’égard de Jésus, dans sa coopération au mystère de la Croix qui est l’œuvre propre du sacerdoce du Christ. Marie a enfanté Jésus sans douleur et elle est demeurée vierge dans son enfantement. Le mystère de la Nativité à Bethléem implique un enfantement miraculeux pour que sa maternité à l’égard de Jésus soit d’abord un mystère de joie pure. Par contre, elle nous a enfantés dans la douleur, elle a vécu la douleur du mystère de la Croix, cet enfantement du salut des hommes auquel elle coopère dans l’offrande de son Fils, de son Jésus.

Dans la lumière de la gloire, on voit tout de suite le chef-d’œuvre : le sommet de la personne de Marie dans le mystère de sa Compassion. Elle est « l’Épouse de l’Agneau » ; c’est là qu’elle est parfaitement l’amie du Christ, l’épouse du Christ, l’enfant du Christ en même temps que sa Mère.

(A suivre)

 

M.-D. Goutierre, csj

© www.les-trois-sagesses.org

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article

strong magnets 21/04/2014 10:41

That was a splendid read! I love reading these sorts of denouements that reflects the power of God over mankind! Some people were not ready to believe these sorts of religious belief saying that these are all created by the human for our own sake!