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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

QUI EST CELLE QUI MONTE DU DÉSERT? (II)

L’Assomption, c’est ce reflet de gloire qui nous fait comprendre que la Résurrection du Christ est pour nous. Dans le livre de la Genèse, il est dit à chaque fois que Dieu fait quelque chose dans son œuvre créatrice : « Dieu vit que cela était bon ». Et quand il a créé l’homme et la femme, il est dit : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici que cela était très bon » (Gn 1,31), tout à fait bon. Le mystère de la Création est commandé par la bonté de Dieu qui nous crée dans sa sagesse et dans la gratuité de son amour.

Dans le mystère de l’Assomption, Marie est reprise « sur le modèle » du Corps glorieux, ressuscité du Christ, tout en gloire, tout en beauté. Nigra sum sed formosa, « je suis noire mais belle » (Cant 1,5). Et comme dit le Psaume 44 : « Tu es beau comme aucun des enfants de l’homme, la grâce est répandue sur tes lèvres » (Ps 44,3), ce qui s’applique à Jésus. Tant que nous sommes sur la terre, c’est dans la foi que nous atteignons la beauté du Corps glorieux du Christ. Et Marie est tout entière, dans son corps glorieux et dans toute son humanité glorieuse, « sur le modèle » du Corps glorieux du Christ.

Il y a là quelque chose d’extraordinaire. Dans le mystère de l’Incarnation, Jésus ressemble à sa mère comme aucun fils n’a ressemblé à sa mère. Il y a entre lui et elle une ressemblance extraordinaire, pas seulement physique, mais une connaturalité de sensibilité. Saint Thomas d’Aquin souligne que Jésus est le plus sensible de tous les hommes qui ait jamais existé. N’ayant pas connu le péché, il est d’une sensibilité exquise, tout entière humaine, parfaitement spirituelle et divine. Le plus sensible des hommes est un éléphant à côté du Christ. Jésus est le chef-d’œuvre de l’humanité et son humanité, portée par le Verbe, est d’une sensibilité, d’une délicatesse, d’une finesse extraordinaires. Et dans son humanité, il est tout entier semblable, tout proche de sa mère immaculée, qui a été seule à lui donner la vie sous l’action de l’Esprit Saint.

Puisque Marie est immaculée, Jésus est sans atavisme. Tous les hommes ont un atavisme bien marqué : nous sommes l’enfant de notre mère et de notre père, il y a des traits de famille, et les générations successives sont parfois lourdement présentes ! Quant à notre mère première, Eve, elle est source d’un fameux atavisme originel ! Marie, elle, est immaculée : en elle, tout est repris dans la grâce. Et en Jésus, Dieu fait homme, tout est repris à partir du Verbe. Il y a donc une limpidité extraordinaire dans l’humanité du Christ et de Marie.

Dans la vie terrestre du Christ, Dieu a voulu prendre le visage d’homme, comme dit l’Apocalypse (4,7) c’est-à-dire qu’il a le visage de l’enfant de la femme. Jésus est le fils de la femme par excellence. S’il est « le Fils de l’homme », il l’est par Marie, il hérite de notre humanité par Marie et dans une proximité unique avec elle. C’est ce que nous contemplons dans le mystère de Noël ; et c’est ce qu’il faut contempler aussi dans le mystère de la Croix : le sourire de Jésus crucifié à sa Mère.

Dans la gloire, c’est en quelque sorte l’inverse : Jésus glorifie sa Mère de telle sorte que son corps glorieux est tout entier semblable au Corps glorieux du Christ qui est Dieu. En Marie, notre humanité est tout entière glorifiée dès maintenant, toute transformée, toute semblable au mystère de la gloire de Jésus ressuscité. Et cela nous est promis : un jour nous ressusciterons, notre corps, ce corps qui est le nôtre, ressuscitera dans la gloire. Ne cherchons pas à savoir comment. Mais nous pouvons dire en vérité : « Mon corps, qui fait substantiellement partie de ma personne, ressuscitera et sera glorifié ». C’est ce qui nous fait comprendre de manière ultime le regard chrétien sur le corps. Pourquoi notre corps doit-il être respecté, aimé, regardé dans la lumière de Dieu ? Parce que Jésus est ressuscité, parce que Marie est dans la gloire. Le corps humain appartient à Dieu. En Jésus, en Marie, il est sanctifié. Tout ce qui vient blesser cela, blesse quelque chose de la paternité de Dieu, parce que le corps humain fait partie du chef-d’œuvre de Dieu que sont l’homme et la femme. L’Assomption nous montre cela et il est bouleversant que Dieu ait voulu que l’Église proclame le dogme de l’Assomption au milieu d’un xxe siècle qui a connu une telle exaltation, mais aussi un tel mépris du corps humain.

La fête de l’Assomption nous invite à réfléchir sur la beauté en terre chrétienne, parce que Marie est la plus belle de toutes les femmes. La beauté de Marie, c’est la beauté selon le cœur de Dieu, celle de l’Immaculée, celle de la Femme transformée par la gloire. Celle aussi de la Femme labourée par la souffrance : en Jésus crucifié, le livre d’Isaïe nous l’annonce (52,13-53,12), il n’y a plus rien d’intact, tout est labouré, déchiré, maltraité, humilié, alors que c’est le corps de Dieu. Marie, elle, a été labourée de l’intérieur par la souffrance, elle a été comme creusée tout au long de sa vie pour être tout entière glorifiée et appartenir à Dieu pour la vie éternelle : nigra sum sed formosa.

En cela, il y a une recréation : l’Assomption nous fait saisir que le mystère de la Rédemption est une recréation dans la grâce où l’amour de Dieu, où la grâce de Dieu, transforme de l’intérieur toute notre humanité. Cela par notre âme, mais aussi jusqu’à notre corps qui est sanctifié. Platon avait une haine du corps humain ; il considérait qu’il y avait un dualisme entre l’âme et le corps et qu’il fallait rejeter le corps. Cela revient aujourd’hui : combien de gens qui haïssent et rejettent leur corps ou qui, à l’inverse, l’idolâtrent sous un autre aspect. C’est un regard faux sur le corps humain car, déjà du point de vue philosophique, on peut dire que le corps est uni substantiellement à l’âme. C’est pour cela que la réincarnation n’a pas de sens pour un philosophe réaliste. Platon croyait à la réincarnation mais c’est un mythe, parce que le corps humain fait substantiellement partie de la personne humaine et n’est pas une chose mauvaise qu’il faudrait rejeter. Il est radicalement lié à notre âme spirituelle créée par Dieu ; le corps humain est donc digne de respect et nous nous en servons pour atteindre notre fin humaine : nos sensations, qui dépendent de notre corps, sont au service de l’exercice de notre intelligence ; notre imaginaire implique le corps ; et l’art, qui est une perfection de l’intelligence, utilise l’imaginaire ; de même dans notre affectivité, l’amour spirituel, volontaire, se sert de nos passions. Quand nous sommes dans la joie ou dans la peine, toute notre sensibilité est présente mais elle est ordonnée à l’amour spirituel, humain.

En terre chrétienne, cela va infiniment plus loin. En effet, du point de vue philosophique, si nous disons que notre corps est lié à notre âme, nous ne pouvons cependant pas dire qu’il soit un corps spirituel : il doit être tout le temps porté, assumé et même éduqué. Nous devons ordonner notre corps à notre âme. Cela fait partie de l’éducation et de ce que l’on appelle l’acquisition des vertus. C’est aussi un des rôles de l’art : comme le dit Aristote, l’art permet que le sensible soit purifié et devienne spirituel ; l’œuvre d’art est donc le reflet du lien qui unit l’âme spirituelle et le corps. Mais on ne peut pas dire que notre corps soit notre âme, il s’en distingue. Entre l’âme et le corps, il y a une unité dans une distinction.

En terre chrétienne, le corps est présent d’une façon beaucoup plus immédiate parce que Dieu a assumé notre humanité et jusqu’à notre corps. Dans le Christ, le corps humain est divin, la matière du corps du Christ est divine, elle subsiste en Dieu. C’est pourquoi le cadavre du Christ remis à la terre ne peut pas se corrompre, ce que dit le Psaume : « Tu ne peux laisser ton ami voir la corruption » (15,10). Le Corps cadavérique du Christ ne s’est pas corrompu durant les trois jours pendant lesquels il a été au tombeau.

Marie est une pure créature mais Dieu a voulu qu’elle ne connaisse pas la corruption et que son corps soit tout de suite glorifié. Cela, pour nous faire comprendre le regard que Dieu pose sur l’homme et la femme, chef-d’œuvre de la Création, et que, par le mystère de Jésus, par le mystère de la Croix et de la Résurrection, tout est repris, tout est sanctifié, tout est transformé du cœur de l’homme, de son intelligence, de sa sensibilité, de son corps.

(A suivre)

 

M.-D. Goutierre, csj

© www.les-trois-sagesses.org

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