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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

QUI EST CELLE QUI MONTE DU DÉSERT? (I)

Il n’y a pas deux termes de la vie terrestre plus différents que ceux de Jésus et de Marie et, en même temps, plus semblables. Plus différents quant à l’aspect extérieur, puisque Jésus termine sa vie par le mystère de la Croix. Et du point de vue extérieur, la Croix est un terrible échec et un mystère de rejet, d’iniquité. Marie, elle, termine sa vie dans la solitude, le silence, dans une offrande de tout elle-même. Mais du point de vue divin, quant à la réalité profonde telle que Dieu la voit (et c’est cela qui est sagesse pour nous), c’est le même mystère d’amour que la Croix de Jésus, puisque Marie est l’Epouse de l’Agneau, selon l’expression de l’Apocalypse (Ap 19,7; 21,9). Elle est donc toute semblable à Jésus quant à la charité, du point de vue de l’amour.

Le silence et la joie

Dans le mystère de la Dormition de Marie, une très grande lumière nous est donc donnée sur la réalité divine du mystère de la Croix du Christ. Vue de l’extérieur, la Croix du Christ est un rejet, un échec : toutes les morts y sont présentes, toutes les humiliations, toutes les brisures. Dans le mystère de la Dormition de Marie, il y a un silence : Marie, dans cette dernière étape de sa vie terrestre, dans l’acte ultime de sa vie sur la terre, est complètement ignorée des hommes et est comme réservée à Dieu. Elle est « un jardin bien clos, une fontaine scellée » (Cant 4,12). Cela nous montre que dans le mystère de la Croix, le Cœur du Christ est le sanctuaire caché, réservé pour le Père dans l’amour. Si tout, de l’extérieur, est un échec, une brisure, une rupture, de l’intérieur, aux yeux du Père, c’est un amour pur, tout entier victorieux.

L’évangile selon saint Jean nous le montre bien : quand Jésus chasse les vendeurs du Temple et que les Juifs lui demandent un signe pour justifier ce qu’il fait là, Jésus répond : « Détruisez ce Sanctuaire », ce Saint des Saints, « et en trois jours je le relèverai » (Jn 2,19). Et saint Jean ajoute que « lui parlait du Sanctuaire de son corps », pour bien nous montrer que toute l’humanité sainte de Jésus est un sanctuaire réservé au Père. Le Saint des Saints, c’est le Cœur du Christ blessé, ouvert par la lance d’où jaillissent l’eau et le sang et dans lequel saint Jean verra le témoignage de la vérité : « Celui qui a vu a témoigné, et véridique est son témoignage, et Celui-là sait qu’il dit vrai ! » (Jn 19,35); « Il y en a trois qui témoignent : l’Esprit, et l’eau, et le sang, et les trois sont un » (1 Jn 5,7-8). C’est de ce Cœur blessé de Jésus que jaillit la vie de la grâce, que jaillit le don de l’Esprit Saint, du Paraclet. Et c’est Marie qui reçoit en premier lieu ce mystère du don du Paraclet.

 

C’est pour cela que la Dormition de Marie nous aide à entrer dans l’intelligence de la sagesse dont Jésus est la source. Elle est le fruit le plus parfait, jusque dans sa Dormition, du mystère de la Croix du Christ qui n’est pas d’abord un lieu de tristesse mais de victoire de l’amour. La Croix est un lieu de victoire et non pas d’échec. C’est un échec aux yeux des hommes, une rupture, un rejet. Mais aux yeux du Père, c’est le sanctuaire réservé au Père où l’amour du Père est totalement victorieux. Par la Croix, Jésus glorifie le Père et nous sauve du péché. La Dormition de Marie, mystère de silence, nous aide à comprendre qu’il y a, au plus intime du Cœur de Jésus crucifié, un abîme de silence, un abîme de joie, un abîme d’amour pour le Père.

Dans la Dormition de Marie, qui est ce qui est ultime sur la terre, il y a le reflet, comme la lune reflète le soleil, le reflet du Cœur de Jésus. « Elle est belle comme la lune » (Cant 6,10) qui reflète la lumière du soleil. Le cœur de Marie est le reflet du Cœur du Christ. On voit quelquefois mieux dans le reflet quelque chose que la réalité ne nous donne pas par elle-même. Les peintres qui regardent les reflets le savent très bien : le reflet, parce qu’il se sert de la lumière, dit quelque chose de la réalité que la réalité ne dit pas par elle-même. Il a fallu le cœur de Marie pour que le Cœur de Jésus soit parfaitement révélé. C’est vrai. C’est déjà vrai de ce que le Père a voulu dans le mystère le la Création : l’unité de l’homme et de la femme fait partie du dessein de la sagesse de Dieu. Et seul le cœur d’une femme, de la Femme, permet à l’humanité sainte de Jésus de s’épanouir pleinement dans ce qu’il a à donner. Il y a quelque chose du mystère de Jésus qui ne pouvait être communiqué que grâce à Marie, que par elle, parce qu’elle est l’Epouse qui appelle cet amour de l’Epoux. Elle est belle comme la lune, pour que cette splendeur du soleil de justice qu’est le Christ puisse être pleinement manifestée.

Marie nous aide à comprendre le mystère de Jésus dans la douceur – le mystère de la Dormition est d’une telle douceur ! Il n’y a  rien de violent, alors que la Croix est violente ; il n’y a rien de grandiloquent, alors que la Croix est dramatique. Marie nous aide à comprendre, comme la Femme le fait comprendre, ce qui est dans le Cœur de l’Homme parfait qu’est Jésus. Marie nous aide à comprendre ce qui anime le Cœur de Jésus dans le mystère de la Croix : le silence, la douceur et la miséricorde, l’amour fervent pour le Père.

 

Il y a dans l’évangile de saint Luc un passage extraordinaire. Après la Transfiguration, quand Jésus quitte la Galilée pour monter à Jérusalem vers sa Passion, il est dit cette chose très belle : « Or donc, comme s’accomplissaient les jours où il devait être enlevé (littéralement : les jours de son assomption), lui-même raffermit son visage pour aller à Jérusalem » (Lc 9,51). Il y a cette montée dans le Cœur de Jésus. Et les Psaumes des montées, que les Juifs chantaient en montant en pèlerinage à Jérusalem, sont parfaitement accomplis dans le Cœur de Jésus qui monte vers Jérusalem, qui monte vers le Calvaire, qui monte vers le Père. Et Marie monte avec Jésus dans sa gloire. Comme le dit le Cantique des Cantiques : « Qui est celle qui monte du désert, appuyée sur son bien-aimé ? » (Cant 8,5) « Qui est celle qui monte du désert, comme des colonnes de fumée, odorante de myrrhe et d’encens ? » (Cant 3,6) Marie est cet encens versé sur le Cœur brûlant de Jésus et qui monte vers le Père. Dans la Dormition de son cœur, son cœur est comme « saisi » par l’amour de Jésus dans une attraction telle qu’elle ne peut plus être que toute entière pour lui.

La Dormition, c’est ce silence  qui gagne substantiellement tout le cœur de Marie. Marie a terminé sa vie dans un grand silence, comme d’ailleurs elle a vécu toute sa vie. Nous avons très peu de paroles de Marie dans l’Evangile. Nous avons le Magnificat (Lc 1,46-55), nous avons la parole de Marie aux Noces de Cana : « Ils n’ont plus de vin » et « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,3-5), mais c’est tout.

Le cœur de Marie est un cœur saisi par la parole de Jésus, et la parole de Jésus tisse dans notre cœur un secret et donc y établit un silence d’amour : c’est son premier fruit. Marie, portée par saint Jean, gardée par saint Jean qui lui donne Jésus dans l’Eucharistie, est enfouie dans ce silence, dans cette Dormition, dans une offrande substantielle de tout elle-même. Elle nous fait donc comprendre que l’Agneau, qui est Jésus dans le mystère de la Croix, même s’il est crucifié au milieu des vociférations des hommes, est dans une offrande substantielle et silencieuse d’amour, joyeuse, exultant de joie pour le Père.

(A suivre)

M.-D. Goutierre, csj

© www.les-trois-sagesses.org

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