Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Pourquoi? La question humaine par excellence

Aujourd’hui plus que jamais, la philosophie doit redécouvrir sa vocation d’amour de la sagesse. Chercher la sagesse, c’est en réalité chercher à découvrir la vérité pour l’homme et au service de l’homme : qu’est-ce que la personne humaine, dans son être, dans son esprit, dans sa croissance et son devenir dans le monde ? Surtout, où va-t-elle, quelle est sa fin et quel itinéraire peut-elle parcourir pour y parvenir ?

Cette recherche inlassable, c’est la personne humaine qui l’entreprend et l’accomplit au sujet d’elle-même : c’est elle qui est le lieu propre de l’interrogation philosophique. C’est elle qui, cherchant la vérité, s’oriente vers sa fin et s’y engage ; c’est elle qui, pas à pas, malgré les obscurités, les interrogations sans réponse, les épreuves et les échecs, la découvre de jour en jour et y tend avec un désir qui ne peut jamais être étouffé et qui ne peut non plus jamais être comblé.

Cette question est née dès le point de départ de la philosophie grecque. Et elle s’est explicitée plus parfaitement avec Socrate, dans un contexte marqué par l’influence délétère et ruineuse des sophistes. C’est en ce sens qu’on considère souvent Socrate, mort en 399 avant Jésus-Christ, comme le père de la philosophie. Il est en tout cas celui qui en a resserré la recherche autour de l’homme, s’interrogeant sur le sens de son agir et de sa vie. A ses juges (inquisiteurs avant l’heure) qui lui demandaient des comptes de son action dans la cité, spécialement auprès des jeunes, Socrate répondit qu’il était chargé par le dieu d’une mission auprès de ses concitoyens :

« Si vous me faites périr, il ne vous sera pas facile d’en trouver un autre qui soit comme je suis (…) : attaché par le dieu au flanc de la cité, comme au flanc d’un cheval puissant et de bonne race, mais auquel sa puissance même donne trop de lourdeur et qui a besoin d’être réveillé par une manière de taon. C’est justement en telle manière que, moi, tel que je suis, le dieu m’a attaché à la cité ; moi qui réveille chacun de vous individuellement, qui le stimule, qui lui fais des reproches, n’arrêtant pas un instant de le faire, m’installant partout, et le jour entier[1] ».

C’est ce qui fait de Socrate pour chacun un « père » ou un « frère aîné[2] », un ami de l’homme dont toute l’intention est de chercher la vérité au service de ceux à qui il s’adresse et avec qui il chemine. Telle est bien la vocation du philosophe : être au service de l’homme, pour l’aider à se connaître lui-même et à agir humainement, c’est-à-dire d’une manière bonne et juste.

Peut-être nous trouvons-nous aujourd’hui dans une situation analogue ? Davantage, le renouveau d’une authentique recherche philosophique de la vérité est encore plus nécessaire qu’à l’époque de Socrate. Car si les sophistes étaient à l’origine d’une terrible corruption du cœur et de l’intelligence de l’homme, en les orientant vers le pouvoir et la domination, le climat intellectuel et culturel qui est le nôtre porte en lui-même un oubli complet du sens de la vie humaine et de la dignité de la personne humaine. Il suffit d’évoquer quelques questions actuelles pour nous en rendre compte : le développement intense et imparfaitement maîtrisé des sciences et des techniques qui semble conduire à mettre en péril la survie de l’homme dans son milieu naturel ; la disparition très rapide du sens d’une véritable éthique humaine et toutes les difficultés qui en sont les conséquences dans l’éducation ; l’absence presque totale de véritables critères humains chez les responsables politiques pour affronter les nouvelles questions qui se posent à l’homme d’aujourd’hui ; la généralisation des injustices et l’apparente banalisation de la corruption économique et politique ; la perte du respect absolu de la vie humaine de son point de départ jusqu’à son terme naturel, etc.

Au-delà de ces problèmes « pratiques », des questions philosophiques plus profondes encore se posent de façon aiguë : celle de la découverte philosophique de l’âme spirituelle (et donc celle de la dignité de la personne humaine), complètement méconnue ; celle de la possibilité et de la découverte d’une vérité à laquelle l’intelligence puisse se mesurer, au-delà des modes et des opinions ; enfin, celle de la découverte intelligente, humaine, de l’existence d’un Etre premier que les traditions religieuses appellent Dieu – cette question étant pour la plupart aujourd’hui une simple conviction religieuse privée.

Sans nous arrêter à toutes ces questions, nous nous attacherons à aborder une question qui est au cœur de toutes les interrogations de l’homme et donc au cœur de la philosophie. C’est le problème humain le plus pratique et le plus « spéculatif » : celui de la fin, de la cause finale. Cette recherche est particulièrement nécessaire aujourd’hui : n’est-ce pas la découverte vivante et profonde de la finalité qui, aujourd’hui, est le plus oubliée ? C’est ce qui a disparu le plus manifestement des préoccupations actuelles, à tel point que pour beaucoup la vie humaine n’a plus aucun sens. Les grandes idéologies contemporaines ne cherchent plus la vraie finalité humaine. On peut même dire qu’une idéologie se caractérise par le fait de ne plus s’interroger sur le pourquoi des choses, de ne plus chercher la fin de ce qui est et, spécialement, de l’homme ; elle cherche à se construire dans une cohérence logique parfaite mais ne s’interroge plus sur le pourquoi des choses, sur leur fin. En revanche, cette recherche est ce qui caractérise une recherche philosophique authentique.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Goutierre

www.les-trois-sagesses.org


[1]. Platon, Apologie de Socrate, 30 e - 31 a.

[2]. « Je m’occupais de ce qui vous regarde, m’approchant de chacun de vous en particulier, à la manière d’un père ou d’un frère aîné, pour l’engager à avoir souci de ce qui est un mérite véritable » (ibid., 31 a-b).

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article