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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Pour une théologie contemplative avec Thomas d'Aquin (VII)

S. Thomas d'Aquin, Beato Angelico

S. Thomas d'Aquin, Beato Angelico

La prédestination du Christ et notre prédestination

Ce mystère de la prédestination, de la personne humaine appelée à devenir enfant de Dieu, saint Thomas l’affirme en premier lieu du Christ en tant que « la prédestination est une ordination par avance de toute éternité de ce qui doit se réaliser dans le temps (1)». La prédestination « est donc attribuée à la personne du Christ, non certes en elle-même ou selon qu’elle subsiste dans la nature divine ». Le Christ étant Dieu n’est pas prédestiné à être enfant de Dieu ! Il est le Fils éternel du Père. Mais on l’attribue à la personne du Christ « selon qu’elle subsiste dans la nature humaine (2)». Aussi pouvons-nous affirmer que « le Christ, selon qu’il est homme, est prédestiné à être Fils de Dieu (3)». Cela ne signifie évidemment pas que la nature humaine du Christ, comme telle, demanderait d’être assumée par la personne du Verbe, mais que dans la lumière du mystère de l’union hypostatique, ce mystère ayant été réalisé dans une gratuité complète et la nature humaine du Christ subsistant dans la personne du Verbe, on peut affirmer que l’homme, dans le Christ, est appelé à être Fils de Dieu.

Dans cette lumière, saint Thomas affirme que la prédestination du Christ est l’exemplaire de notre prédestination (4), en ce sens que le bien auquel nous sommes prédestinés, la filiation divine, le Christ en est la mesure et la plénitude : « Lui-même, en effet, est prédestiné à être le Fils naturel de Dieu (Dei Filius naturalis) ; nous, nous sommes prédestinés à la filiation d’adoption qui est une similitude participée de la filiation naturelle, comme il est dit dans l’épître aux Romains : Ceux qu’il a connus par avance, il les a aussi prédestinés à devenir conformes à l’image de son Fils (Ro 8, 29) (5)».

De plus, le mode d’acquisition de ce bien qu’est notre adoption divine est celui du don de la grâce : per gratiam. « Ce qui, certes, est très manifeste dans le Christ parce qu’en lui la nature humaine a été unie au Fils de Dieu sans aucun mérite antécédent (nullis suis praecedentibus meritis). De la plénitude de sa grâce nous avons tous reçu (Jn 1,16) (6)».

Ce regard sur le mystère de la prédestination du Christ, sur la sainteté du Fils bien-aimé s’achève sur cette affirmation : selon son terme, son aboutissement, « la prédestination du Christ est cause de notre prédestination ; en effet, Dieu a ordonné par avance notre salut en prédestinant de toute éternité qu’il s’accomplirait par le Christ Jésus. Car ne tombe pas seulement sous la prédestination éternelle ce qui doit se réaliser dans le temps, mais aussi le mode et l’ordre selon lesquels cela doit être accompli (7)».

Cette grande question sur la prédestination du Christ nous dévoile combien saint Thomas, dans son regard contemplatif, cherche à découvrir le regard que le Père pose sur son Fils bien-aimé : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé (8)». Par là, dans le mystère de Jésus, il découvre le regard du Père sur la personne humaine appelée à devenir dans le Christ enfant de Dieu. C’est bien pour cela que Dieu s’est fait homme : pour, en sauvant l’homme du péché, l’unir dans la miséricorde, par l’Incarnation rédemptrice, à la vie éternelle du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.

 

Au terme de ces quelques réflexions, nous voyons combien la recherche sapientiale de la vérité du Philosophe, Aristote, a marqué profondément l’intelligence de frère Thomas, théologien : la découverte profonde de la fin (télos), toujours à reprendre, montre combien l’amour, quand il s’agit des réalités les plus élevées, et surtout de Dieu, enveloppe notre intelligence dans ce qu’elle a de plus pénétrant. On a souvent présenté la théologie de Thomas d’Aquin comme une pensée logique… Rien n’est plus faux : l’amour est au cœur de son itinéraire de théologien contemplatif, ami de Dieu (9). Pour saint Thomas, la théologie n’est en rien une rationalisation de la foi. Mais il sait que, pour que l’amour garde toute sa force et toute sa profondeur, il a besoin de la lumière de l’intelligence, de la recherche de la vérité. En bon serviteur, Thomas d’Aquin a voulu mettre toute son intelligence, tout son labeur intellectuel, au service de la vérité révélée, du mystère de Dieu révélé et donné aux hommes. Et comme ami de Dieu, en ami du Christ, en fils de saint Dominique, il a compris que seul l’amour permettait de ne pas ramener l’intelligence à la raison et donc de ne pas diminuer la vérité de Dieu.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

1. ST, III, q. 24, a. 1.

2. Ibid., a. 2.

3. Ibid., a. 3.

4. Ibid.

5. Ibid.

6. Ibid.

7. Ibid., a. 4.

8. Mt 3,17 ; cf. Mc 1,11 et Lc 3,22.

9. Cf. III Sent., dist. 35, q. 1, a. 2 ; ST, II-II, q. 45.

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