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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Pour une théologie contemplative avec Thomas d'Aquin (VI)

S. Thomas d'Aquin, Beato Angelico

S. Thomas d'Aquin, Beato Angelico

Le don de la grâce

Si le mystère de la Création, nous l’avons vu, est explicité dans la lumière du traité de la Très Sainte Trinité et des missions des Personnes divines, nous le retrouvons quand saint Thomas aborde le mystère de la grâce. Celle-ci nous est donnée comme semence de gloire (1), participation à la nature divine (2), dans l’attente de la béatitude. Du point de vue de l’être et de la cause formelle, saint Thomas précise alors que la grâce est un habitus reçu dans notre âme (3)... L’importance de cette conclusion théologique est de souligner que la grâce est reçue dans notre âme comme un don divin qui nous attire en Dieu mais ne supprime pas notre nature humaine ni notre état de créature : nous restons des créatures, bien que vivant par la grâce une vie d’enfant de Dieu. Cela signifie que ce don, présupposant le don premier de notre être par le mystère de la Création, est de l’ordre d’une surabondance d’amour de la part de Dieu : Dieu nous aime non seulement de telle sorte que nous sommes, mais il nous attire à lui, nous faisant le don de partager sa propre vie, sa propre béatitude. De créatures, nous sommes prédestinés à devenir enfants de Dieu. Et là, l’analyse selon la cause formelle, capitale pour ne pas confondre le niveau de la nature et celui de la grâce (de l’ordre « surnaturel »), réclame un nouveau regard du point de vue de la cause finale : c’est la personne humaine, capable de Dieu par son intelligence et sa volonté, qui reçoit la grâce pour devenir enfant de Dieu. Saint Thomas le souligne avec force : « La perfection de la créature raisonnable ne consiste pas seulement en ce qui lui convient selon sa nature, mais aussi en ce qui lui est attribué à partir d’une participation surnaturelle à la bonté divine (4)».

Si le don de la grâce est surnaturel, c’est-à-dire dépasse les seules exigences de la nature humaine quant à sa propre fin, il est fait à une personne humaine prédestinée à être enfant de Dieu : « Nous ne disons pas que la nature de quelqu’un est prédestinée, mais la personne, parce qu’être prédestiné, c’est être dirigé vers le salut, ce qui, certes, appartient au suppôt de celui qui agit à cause de la fin de la béatitude (5)». Si donc saint Thomas affirme toujours que la grâce présuppose la nature, et qu’elle est un habitus reçu dans l’âme humaine, cette analyse formelle ne peut être séparée du regard sur la personne humaine devenue enfant du Père, fils dans le Fils (6). « On comprend comment, en regardant la relation de la personne humaine comme personne et de la grâce », et non plus seulement celle de la nature et de la grâce, « la perspective est toute différente parce qu’on se situe au niveau de la finalité. On se pose alors cette question : quelle est la finalité de la personne humaine ? Et quelle est la transformation de cette finalité par la grâce ? C’est au niveau de la finalité que nous pouvons saisir de la manière la plus explicite et la plus profonde les rapports de la personne humaine avec la grâce. Par la grâce, la personne humaine devient une personne nouvelle. Nous devenons fils, enfants de Dieu, capables de dire : Abba, Pater (Ro 8, 15 ; Ga 4, 6). Voilà précisément la relation du fils au Père qui ne peut se comprendre parfaitement que si on regarde la finalité : le Père est Celui qui communique à son fils la possibilité de recevoir son héritage, son bonheur, sa propre fin (7)».

(A suivre)

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

1. Cf. ST, I-II, q. 114, a. 3, ad 3 ; II-II, q. 24, a. 3, ad 2.

 2. ST, I-II q.110, a. 3 ; q. 112, a. 1.

3. ST, I-II, q. 50, a. 2 ; q. 110, a. 4.

4. ST, II-II, q. 2, a. 3, c.

5. III, q. 24, a. 1, ad 2. « Puisque la prédestination comporte l’ordre vers la fin, être prédestiné appartient à celui qui, par son opération, est ordonné vers la fin. Or, agir à cause de la fin n’appartient pas à la nature mais à la personne » (Super Ep. Ad Romanos, 1, lect. 3, n° 51).

6. « Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce dont il nous a gratifiés dans le Bien-Aimé » (Ep 1,5-6) ; « Tous, vous êtes fils de Dieu par le moyen de la foi en Christ Jésus » (Ga 3,26).

7. M.-D. Philippe, « Nature, personne et grâce », in : Aletheia, n° 19 (Nature et grâce), juin 2001, p. 15-16.

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