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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Pour une réflexion théologique sur les charismes (VII)

Q : Vous avez développé les charismes tels que les entend la Tradition de l’Église ; vous avez souligné l’importance de l’étude de saint Thomas d’Aquin par le point de vue de la lumière. Mais les charismes sont aussi des signes : que peut-on dire, dans la perspective de l’économie divine, du Renouveau charismatique aujourd’hui ? En effet, il y a à ce sujet deux moments forts dans l’histoire de l’Église : les débuts, où les charismes ont été abondants, et aujourd’hui, où le Renouveau charismatique montre l’abondance des charismes. Il me semblerait intéressant de nous interroger sur le sens de l’appel de Dieu à travers ces signes.

R : Certes, mais c’est une question difficile qu’il faut poser à l’Esprit Saint ! Nous pouvons dire que l’Esprit Saint conduit l’Église ; par l’Église, il ne faut pas seulement entendre l’Église visible, mais tout ce qui relève de l’action de Dieu dans le cœur des hommes, donc aussi toutes les préparations au mystère de la grâce, y compris dans les traditions humaines.

Nous pourrions nous demander ici : « Qu’est-ce que l’Église du Christ, qu’est-ce que l’Église de la Très Sainte Trinité a à vivre aujourd’hui d’une façon particulière ? » Le Renouveau charismatique est un aspect de l’action de l’Esprit Saint dans l’Église, ce n’est pas le seul. Nous devons donc le voir en essayant de comprendre en même temps quels sont les autres signes des temps aujourd’hui. Certes nous ne pouvons pas tout développer ici, mais Jean Paul II a affirmé – c’est un Bienheureux donné à l’Église, et ce qu’il a enseigné est important à entendre –, que la clef de son pontificat est le mystère de la miséricorde et que nous sommes à l’heure de la miséricorde. Que veut-il dire ? Cela aussi est un signe donné à l’Église… Il indique que l’Église est invitée à vivre plus immédiatement du mystère de la Miséricorde de Dieu : elle est ultime et reprend tout d’une façon radicale. De fait, il y a bien là un lieu de conversion constante : dans l’Évangile selon saint Jean, le moment des plus grandes luttes contre le Christ est celui où il révèle qu’il est la Lumière du monde, la miséricorde. Ayant pardonné à la femme adultère, il se dit la Lumière du monde (Jn 8,12) : c’est le mystère de la miséricorde. C’est cette affirmation qui provoque la plus grande opposition des Pharisiens, ce qui conduit Jésus à leur dire qu’ils ont le diable pour père, celui qui est menteur et le père du mensonge (Jn 8, 44). C’est devant le refus de la miséricorde que Jésus dit cela, pas à n’importe quel moment. Refuser la miséricorde, c’est avoir le diable pour père, car c’est rejeter Dieu dans ce qu’il a de plus secret : le mystère du Père.

Il est vrai que cela fait partie de la théologie de chercher à être à l’écoute de ce que l’Esprit Saint dit à l’Église ; et à l’Église en notre temps. Nous ne sommes dans les premiers siècles, nous ne sommes pas au Moyen Âge, nous ne sommes pas au XIXe siècle. C’est toujours le mystère de l’Église, mais nous devons nous poser la question : « Qu’est-ce que l’Esprit Saint attend d’elle en notre temps ? » Et il est vrai que le Renouveau charismatique fait partie des signes pour le temps où nous sommes. Il reste important de maintenir que les charismes sont donnés pour l’utilité de nos frères, en vue de leur sanctification. Le fait qu’il y ait un renouveau dans la manière dont l’Esprit Saint se manifeste à travers les charismes aujourd’hui est donc premièrement une exigence d’approfondir la vie chrétienne, puisque les charismes sont donnés en vue de cela. Très concrètement, ils nous conduisent à redécouvrir l’exigence de l’Évangile dans toute sa pureté évangélique ; cela, en nous conduisant, d’une part, au mystère de l’Eucharistie et du Cœur du Christ – donc à l’importance de la charité, à l’égard de Dieu et à l’égard du prochain – et, d’autre part, à entrer dans ce secret qu’est le mystère de Marie pour notre vie chrétienne. Et ces deux grands aspects dépassent, sont au-delà de la dimension charismatique. L’Esprit Saint agit toujours pour nous conduire au mystère de Dieu dans ce qu’il a de plus secret.

 

Alors reposons-nous cette question : « Quelle lumière pouvons-nous avoir, du point de vue théologique, pour mieux découvrir ce qui est l’exigence propre de l’Esprit Saint, du Christ et du Père, sur l’Église en notre temps ? » Bien sûr, cela nous dépasse ! Mais, encore une fois, c’est une question que l’on ne peut pas ne pas se poser. Jésus nous le demande explicitement et cela fait partie de l’économie divine. L’Esprit Saint conduit l’Église à travers les temps et les lieux – c’est toujours le même Esprit, l’Esprit de Dieu –, en mettant en lumière et en explicitant toujours davantage ce que nous avons à vivre.

Ici, nous pouvons nous servir à nouveau d’une indication très forte du Bienheureux Jean Paul II. En nous invitant à préparer le Jubilé de l’An 2000, il a souligné que, depuis le Concile Vatican II, nous sommes entrés dans un « Nouvel Avent » (Cf. Lettre apost. Tertio millennio adveniente, 23; Lettres enc. Redemptor hominis, 1, et Dominum et vivificantem, 49 sq.). Et dans cette perspective, il a ponctué l’histoire de l’Église en caractérisant ses grandes périodes. Évidemment, la lumière pour comprendre le mystère de l’Église est de nous mettre dans la lumière du mystère du Christ ; c’est le Christ qui nous permet de comprendre l’Église et non pas l’inverse. Or, de même que, dans l’Évangile selon saint Jean, nous voyons dans la vie apostolique de Jésus des éclosions magnifiques, il y a cette fraîcheur évangélique extraordinaire au point de départ de l’Église, ce que nous montre le livre des Actes des apôtres. Puis, de même qu’il y a, à partir du chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean, de grandes luttes dans la vie du Christ, de même, l’Église a connu de grandes ruptures au cours de son histoire ; elle a traversé de grandes luttes, dont elle porte encore les blessures – pensons notamment aux divisions des chrétiens. De même enfin qu’il y a dans la vie du Christ une ultime période, celle que l’évangile de saint Jean nous montre du chapitre 12 au chapitre 19, les six derniers jours de la vie du Christ sur la terre, de même, l’Église a à vivre sa « dernière semaine », dans l’attente de son retour. Si le Concile Vatican II est la figure de Jean Baptiste pour notre temps, s’il est l’événement qui inaugure un nouvel Avent de l’Église, n’est-il pas ce qui fait entrer l’Église dans sa dernière semaine (cf. M.-D. Philippe, Les trois sagesses, p. 356) ?

Être l’Église du Christ aujourd’hui, ce n’est pas revenir à l’Église des premiers siècles de façon archéologique ; ce n’est pas non plus chercher à revenir au Moyen Âge ou à la période du Concile de Trente. N’est-ce pas plutôt chercher à être à l’école de l’Esprit Saint ? Or il ne se répète jamais. C’est lui qui conduit l’Église du Christ ; c’est toujours le même Esprit, qui agit pourtant d’une manière toujours nouvelle. L’Église, sous la conduite de l’Esprit Saint, vit bien le semper conservanda et semper reformanda : elle dépend de la plénitude du Christ et doit toujours se renouveler dans l’esprit de l’Évangile.

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Le renouveau de l’Église en notre temps, n’est-ce pas celui d’un don ultime, d’une grâce plus plénière, plus parfaite ? Les éclosions sont toujours présentes en acte, de même que les grandes luttes, mais il y a aussi de grandes grâces, celles que, dans la vie du Christ, nous découvrons dans sa dernière semaine sur la terre. C’est au cours de cette dernière semaine que le Christ lave les pieds de ses Apôtres, qu’il nous donne sa Mère, qu’il nous donne le Paraclet ; c’est là qu’il nous parle de la charité fraternelle et nous donne un commandement nouveau. C’est dans la dernière semaine que le Christ reçoit l’action de grâces de Marie, la sœur de Lazare, ce qui provoque la fureur de Judas. C’est dans la dernière semaine qu’il rencontre les Grecs, ces païens de bonne volonté venus à Jérusalem pour la fête. C’est là que le Christ parle avec Pilate, le représentant de César, c’est là qu’il rencontre les grands prêtres, etc.

N’est-ce pas une grande lumière pour l’Église de notre temps ? Et cela n’éclaire-t-il pas certains aspects étonnants du pontificat de Jean Paul II ? C’est bien le Pape du pardon, c’est celui qui est allé à la rencontre de tous, c’est celui qui a réuni les hommes de bonne volonté, etc. Avec le Concile Vatican II, l’Église a déposé sa gloire humaine ; elle est invitée à suivre de plus près le Christ pauvre. De même que le Christ lave les pieds de ses Apôtres, de même le Pape dépose sa tiare – et cela ne peut pas rester uniquement un geste symbolique… L’Église doit se faire davantage servante, parce que c’est cela l’Évangile !

Voilà donc, peut-être, une piste à suivre, pour nous demander où se situe le Renouveau charismatique dans cette floraison, où l’Esprit Saint nous invite à aller plus loin du point de vue de la charité, à nous renouveler à la source de l’évangile...

(à suivre)

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

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