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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Pour une réflexion théologique sur les charismes (III)

Diversité des charismes

Dans une seconde étape, penchons-nous maintenant sur la multiplicité et la diversité des charismes. C’est le grand texte de la première épître aux Corinthiens qui nous donne sur ce point une très grande lumière : « À l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse (sermo sapientiae), à un autre une parole de science (sermo scientiae) selon le même Esprit ; à un autre la foi dans le même Esprit, à un autre la grâce des guérisons, à un autre [celle] d’accomplir des miracles, à un autre la prophétie, à un autre le discernement des esprits, à un autre le don des langues, à un autre l’interprétation des paroles » (1 Co 12, 8).

Nous ne pouvons certes pas limiter l’action de l’Esprit Saint, mais recevant dans la foi la Parole de Dieu, qui est une lumière pour le croyant, nous pouvons y découvrir avec saint Thomas un ordre de sagesse dans la diversité des dons gratuitement donnés pour l’utilité des autres.

Ce qui guide ici l’analyse de saint Thomas est l’importance de la recherche de la vérité et de sa transmission. Si c’est l’amour de Dieu qui nous délivre – en ce sens que la fin est la source de notre véritable délivrance –, la diversité des charismes, donnés pour que nous coopérions au salut les uns des autres, est commandée par la vérité et sa transmission. En effet, affirme saint Thomas :

« Un homme ne peut pas en mouvoir un autre de l’intérieur – cela appartient à Dieu seul –, mais seulement de l’extérieur en l’enseignant ou en le persuadant » (ST, I-II, q. 111, a. 4).

Christ enseignantIl y a là une distinction et une coopération étonnantes entre l’amour et la connaissance : c’est Dieu qui attire les cœurs et les libère de l’orgueil et de l’emprise du Prince du mensonge. Et il nous éclaire et nous enseigne la vérité ; pour cela, il se sert des hommes, ce que nous voyons tant sur le plan humain – c’est l’importance des maîtres dans la formation de notre intelligence – que sur le plan de la vie de la grâce – c’est le rôle des prophètes et des envoyés de Dieu. Il s’agit surtout de la place unique et incomparable du Christ : le Verbe est la lumière véritable ; en s’incarnant, il est venu enseigner les hommes, leur communiquer la vérité du mystère de Dieu. Par là, il les a libérés : « La vérité vous libérera » (Jn 8, 32).

C’est dans cette perspective de la vérité et de sa communication, que saint Thomas étudie les charismes dans leur diversité et les ordonne : « La grâce charismatique [gratuitement donnée] contient tout ce dont l’homme a besoin (indiget) pour en instruire un autre dans les choses divines qui sont au-dessus de la raison ». C’est donc la similitude de l’enseignement de la vérité qui nous est utile ici… Remarquons par le fait même qu’il n’y a et ne peut y avoir aucune opposition, bien au contraire, entre la doctrine et les charismes… Comment pourrait-il d’ailleurs y en avoir puisque, comme le dit saint Jean, Dieu est lumière (1 Jn 1, 5) ?

La connaissance et la communication de la vérité comportent en quelque sorte trois éléments essentiels : la plénitude de la connaissance des choses divines – ne peut enseigner que celui qui connaît ; la confirmation ou l’attestation de ce que l’on enseigne, pour que l’enseignement porte ses fruits ; et la capacité de transmettre ce que l’on connaît, d’une façon qui convienne aux auditeurs.

 

Certaines grâces gratuitement données concernent donc la connaissance proprement dite : la foi, entendue ici non pas comme vertu théologale mais dans une plénitude de certitude qui nous rend capables d’instruire les autres de ce qui concerne la foi – c’est, par exemple, en ce sens que nous pouvons personnellement être conduits par de grandes épreuves du point de vue de la foi et, en même temps, avoir, lorsque cela est nécessaire pour nos frères, une certitude très grande, donnée gratuitement pour leur progrès dans la foi.

Du point de vue de la connaissance il y a encore le sermo sapientiae, qui est « la connaissance des choses divines » et nous permet d’expliciter ce qui, normalement, est indicible, car au-delà de la capacité de notre intelligence. C’est, selon saint Thomas, le charisme par excellence des prédicateurs.

Enfin, ce que saint Paul appelle le sermo scientiae, la parole de science, qui est « la connaissance des choses humaines » dans lesquelles nous pouvons puiser les exemples et toutes les illustrations qui nous permettent de manifester les causes divines cachées. Pensons par exemple à la manière dont Jésus enseigne en paraboles.

Il ne s’agit pas ici de la sagesse ou de la science en tant qu’elles sont des dons du Saint-Esprit liés à la grâce sanctifiante et à la charité, mais des charismes gratuitement donnés pour instruire nos frères et vaincre les contradictions.

 

En ce qui concerne la confirmation de la vérité, elle se réalise par l’accomplissement des gestes qui sont « propres à la puissance divine ». Soit que l’on accomplisse ce que Dieu seul peut faire – ainsi la grâce de faire des guérisons ou le pouvoir de faire des miracles qui manifestent la puissance divine ; soit que l’on puisse manifester ce qu’il appartient à Dieu seul de connaître, comme les futurs contingents – c’est le charisme de prophétie –, ou les secrets des cœurs – c’est le charisme de discernement des esprits.

07 LA MULTIPLICATION DES PAINS RAVENNES

Bien que saint Thomas rattache ces charismes à la puissance divine, il est important de constater que, pour lui, ils sont ordonnés à la manifestation de la vérité : la puissance est relative à la sagesse et lui est ordonnée. Il n’y a donc pas, au sens strict, de charismes de « pouvoir », ni de charismes de connaissance qui en resteraient à la seule curiosité : connaître l’avenir ou lire dans les cœurs. Tout cela relève de signes destinés à confirmer la vérité enseignée sur le mystère de Dieu, analogues à des arguments qui, sur le plan humain, permettent de renforcer la vérité enseignée.

 

Enfin, en ce qui concerne la communication aux autres de la vérité connue, cela implique la capacité de s’exprimer dans la langue dans laquelle quelqu’un peut comprendre ce qui lui est dit – c’est le don des langues, et la capacité de comprendre le sens de ce qui doit être dit – nous avons là le charisme de l’interprétation des paroles.

 

Avec saint Thomas, nous voyons ici, à l’école de l’Apôtre, que ce ne sont pas tous les bienfaits concédés par Dieu aux hommes qui sont des charismes. Nos qualités naturelles ou les habitus intellectuels que nous avons acquis ne sont pas des charismes ! Sont seulement des charismes ces dons donnés gratuitement par Dieu pour l’utilité de nos frères, qui excèdent nos capacités humaines de connaissance, de démonstration et de communication de la vérité des mystères divins. Nous pouvons évoquer ici, par exemple, Pierre, prêchant le jour de la Pentecôte (cf. Ac 2, 14-36) et proclamant avec assurance des mystères qu’un pêcheur ne pourrait jamais connaître, démontrer ni transmettre par lui-même.

En voyant cette diversité des grâces gratuitement données, nous constatons l’importance de la vérité – donc le caractère central de la foi. Il ne s’agit pas seulement de la position particulière de saint Thomas, mais de comprendre que nous ne pouvons pas relativiser la foi ni la transmission de la vérité : tant que nous sommes sur la terre, la foi est au cœur de notre vie ; la recherche de la vérité est essentielle à la conduite de Dieu sur les personnes humaines, déjà sur le plan philosophique. Et sur le plan surnaturel, la foi est un point capital du gouvernement du Père à travers le don de son Fils dans le mystère de l’Incarnation. C’est bien la question essentielle posée par Jésus : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » (Lc 18, 8).

(À suivre)

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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