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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Pour une réflexion théologique sur les charismes (I)

Il est important de situer du point de vue théologique ce que l'on appelle les "charismes". Une grande confusion règne en effet sur ce point aujourd'hui. C'est dans le cadre du Congrès bisannuel de l'Association Internationale pour la Délivrance link, que cette conférence a été donnée à Czestochowa (Pologne) le 13 juillet 2011. Nous en publierons quelques extraits. Les actes du colloque seront publiés prochainement aux Editions bénédictines, Rue Ratier, 36170 Saint-Benoît-du-Sault.

 

Il est utile et nécessaire de situer ce que l’on appelle les «charismes». Nous le ferons dans un effort théologique en nous mettant d'abord à l’école du Docteur commun, saint Thomas d’Aquin. En effet, il offre sur ce point, comme sur tant d’autres, une lumière précieuse et bienfaisante. Cette lumière de la sagesse théologique est nécessaire, non seulement pour notre vie de foi, mais pour le ministère de la délivrance dont l’exercice est remis par le Christ à l’Église. C’est le Christ crucifié, sagesse de Dieu et puissance de Dieu (1 Co 1, 25) qui délivre, à travers l’Église et les Pasteurs à qui le Christ a remis cette autorité instrumentale.

Aujourd’hui, nous avons besoin plus que jamais de la lumière de la théologie, qui est une sagesse : elle nous aide à distinguer et à ordonner les choses, et à ne pas en rester à la seule description phénoménologique ou à la seule spontanéité d’une expérience plus ou moins éclairée.

notre_23.jpgSi le ministère de la «délivrance» et de l’exorcisme est lié à l’ordre sacramentel et au sacrement de l’ordre dont les évêques exercent la plénitude, son exercice s’accompagne fréquemment du don par l’Esprit Saint de nombreux charismes. Il ne s’agit certes pas d’en nier l’importance mais de les situer à leur juste place. Il est capital, en effet, de ne jamais «absolutiser» les charismes : nous risquons parfois d’en faire une fin pour eux-mêmes ou de nous laisser griser par l’efficacité d’un pouvoir dont l’exercice attire la curiosité ou séduit celui qui en oublie la vraie finalité. Le Christ s’est exprimé avec netteté sur ce point, en rectifiant vigoureusement ses disciples : «Les soixante-douze s’en retournèrent avec joie, disant : “Seigneur, même les démons nous sont soumis par ton Nom !” Il leur dit : “Je regardais le Satan tomber du ciel comme un éclair ! Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents et scorpions, et toute la puissance de l’ennemi, et rien ne pourra vous nuire. Pourtant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux”» (Lc 10, 17-20).

 

Sans nous y attarder, commençons par être attentifs à la confusion qui règne aujourd’hui sur ce point, au moins dans le langage – sinon dans la pensée – de bien des hommes d’Église, et de bien des Pasteurs. En effet, on parle de «charismes» à propos de tout : d’un chef «charismatique» pour décrire l’ascendant qu’il exerce sur ceux qu’il entraîne ; d’une personne qui a «du charisme», pour signaler une de ses qualités naturelles ou acquises. Dans le langage ecclésiastique, après qu’on ait beaucoup relativisé les charismes, on les saupoudre maintenant un peu partout : on parle ainsi du «charisme des laïcs», introduisant ici une distinction – celle de clerc et de laïc – qui n’a rien à voir avec les charismes ; beaucoup, même parmi les évêques, parlent de la vie religieuse dans l’Église comme d’un «charisme», ou des charismes de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, alors que les conseils évangéliques relèvent au contraire proprement de la grâce sanctifiante et de la vie théologale.

Certains parlent encore du «charisme des fondateurs» et de leur institutionnalisation nécessaire par la communauté et la hiérarchie de l’Église. C’est faire une énorme confusion, source d’immenses dommages dans la vie ecclésiale, car les fondateurs sont un don de l’Esprit Saint, fait à l’Église pour la renouveler dans sa fidélité au Christ et à l’Évangile, ce qui touche sa finalité. Elle ne peut donc les mesurer mais est invitée par l’Esprit Saint à les accueillir, en vue de sa conversion à l’Évangile. Dans son Magistère, l’Église invite d’ailleurs les religieux à être fidèles à l’esprit de leurs fondateurs, ce qu’elle ne pourrait faire s’il ne s’agissait que d’un charisme. En effet, seuls le Christ et l’Évangile peuvent orienter la vie des personnes et des communautés comme à leur fin.

Ces confusions de langage et ces approximations de la pensée, ces équivoques, sont très dommageables. Malheureusement, la foi ne supprime pas l’univocité intellectuelle de bien des chrétiens et de bien des hommes d’Église, qui rangent dans le tiroir «charisme» des réalités extrêmement différentes. Certaines relèvent en réalité de la grâce sanctifiante et de la vie théologale et n’ont rien de charismatiques ; d’autres relèvent d’un ministère et sont donc liées aux sacrements ; d’autres enfin relèvent proprement de ce que saint Paul a appelé les charismes et que Thomas d’Aquin appelle les grâces gratis datae, gratuitement données, pour les distinguer de la grâce gratum faciens qui nous rend agréables à Dieu parce que, venant de son amour, elle nous transforme et nous configure à lui, ce qui s’épanouira pleinement dans la gloire.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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