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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Philosophie, idéologie et vie apostolique

Entretien avec des jeunes prêtres... Réponse à quelques questions.

 

Comment parler de Dieu aujourd’hui, dans un monde qui change de plus en plus vite ? Que faire pour que cela soit vrai, profond?

Il me semble qu’il faut essayer d’éveiller dans le cœur des hommes le sens de la vérité et de la recherche de la vérité. Au fond, on n’est capable de s’ouvrir au mystère de Dieu que si on cherche la vérité. Spécialement quand il s’agit des jeunes : il est sûrement très important d’essayer d’éveiller leur intelligence dans la recherche de la vérité avec un peu de philosophie. Attention, pas en leur donnant des conclusions toutes faites (« ce qu’il faut penser! » - ils détestent cela et ils ont raison!), mais en essayant d’éveiller leur intelligence dans la recherche de la vérité. C’est cela qui est premier.

D’autre part, pour parler de Dieu, il faut aussi beaucoup prier : on ne peut pas être apôtre sans porter dans son cœur et dans sa prière ceux à qui on va parler. La fécondité de notre vie apostolique vient toujours de l’Esprit Saint et du Christ, elle n’est pas la nôtre. La vie apostolique n’est pas notre œuvre humaine ; elle exige de nous d’être des envoyés du Christ pour ceux à qui nous devons parler, pour ceux auprès de qui nous devons être des témoins. Cela exige que, d’abord, on fasse confiance aux moyens de la grâce.

Il y a encore un autre aspect capital : Jésus s’est fait l’ami des hommes, il a tissé des liens d’amitié avec les personnes. L’alliance chrétienne est une alliance d’amitié avec Dieu : la charité est une amitié avec Dieu. Et l’Eglise, avant et au delà de son aspect institutionnel que, bien souvent, les gens ne comprennent plus et ne supportent plus, est un mystère de communion dans la charité, un « tissu » de relations personnelles de charité.

Jésus le dit bien : c’est à l’amour que nous avons les uns pour les autres dans la charité fraternelle que les hommes pourront nous reconnaître comme ses disciples ; cet amour fraternel nous rend capables de rejoindre l’autre qui est loin de Dieu, loin du Christ. Parce que nous aimons le Christ, nous voulons aimer celui, celle, ceux que le Christ met sur notre route; nous pouvons tisser avec des personnes qui sont loin de Dieu des liens d’amitié qui éveillent en elles quelque chose, une vraie recherche, une interrogation, une quête de Dieu.

 

Vous avez évoqué la philosophie. On considère souvent la philosophie comme quelque chose de mort : il faut la passer à l’examen le plus vite possible, mettre les livres de côté et vivre sa vie. Est-ce que la philosophie peut aider à vivre?

Oui, beaucoup, si vraiment on est philosophe ; pas seulement historien de philosophie, mais philosophe, c’est-à-dire chercheur de vérité. Qu’est-ce que le philosophe ? Celui qui cherche à connaître ce qu’est l’homme dans toutes ses dimensions. Or Jésus est venu et s’est adressé à l’homme. C’est ce que Jean Paul II a affirmé dans sa première encyclique, Redemptor hominis, en soulignant que l’homme est la route de l’Église parce que c’est la route du Christ. Dieu ne vient pas d’abord à la rencontre d’une culture. Dieu vient à la rencontre du cœur de l’homme et de l’intelligence de l’homme. Certes, l’homme vit dans une certaine culture et il est évident qu’il faut connaître les sensibilités culturelles différentes : on ne parle pas de la même façon en Afrique, en France ou aux États-Unis… La sensibilité n’est pas la même sur tel ou tel problème. Mais au-delà de la culture, c’est le cœur et l’intelligence de l’homme qu’il faut atteindre et connaître en profondeur.

La philosophie nous rend plus intelligents pour mieux comprendre ce qu’est l’homme : qui est-il, où sont ses vraies attentes et ses vrais désirs ? La philosophie n’est pas une idéologie. Celle-ci ne rejoint jamais vraiment l’homme, elle l’enferme dans un système. La philosophie est une quête de vérité qui doit nous apprendre à rencontrer l’homme dans ce qu’il a de vraiment humain. Et dans le cœur de tout homme, il y a toujours quelque chose qui reste humain, même s’il est souvent caché par une quantité de couches qui se sont ajoutées. Il faut détecter quelles sont toutes ces couches, et redécouvrir l’aspect le plus profond, le plus vrai, le plus « authentique » du cœur de l’homme. Et c’est le cœur de l’homme qui s’ouvre à la grâce.

 

Comment pourriez-vous caractériser ces « couches » ?

Ce sont des a priori, des habitudes, des idéologies qui marquent la mentalité des hommes sans que ceux-ci s’en rendent compte et qui les empêchent d’être pleinement humains quant à leur cœur et à leur intelligence. Il faut détecter tout cela pour rejoindre ce qu’il y a d’humain en eux.

N’est-ce pas ce que nous montre l’Évangile, et spécialement l’Évangile de saint Jean ? Il nous montre Jésus allant à la rencontre des personnes, à la rencontre de l’homme concret. On voit Jésus face à Nicodème, Jésus face à la Samaritaine, Jésus face à l’aveugle-né, Jésus face à l’enfant qui agonise, Jésus face aux époux aux noces de Cana… L’Évangile de saint Jean est l’Évangile des rencontres du Christ, et cela nous donne une lumière très belle sur sa vie apostolique et sur ce que notre vie apostolique doit chercher à être.

 

Comment distinguez-vous la philosophie des idéologies? Nous sommes souvent inondés par toutes sortes de courants, de systèmes… La philosophie n’est pas un bloc univoque, il y a aussi des idéologies qui sont prises pour des sagesses…

Ce qui est le plus terrible aujourd’hui, c’est que nous vivons dans un monde de confusions. Le Pape Jean Paul II a souligné dans l’encyclique Fides et ratio que le monde d’aujourd’hui a perdu l’espérance de la vérité. Nous vivons dans un monde où tout est confus, où tout est mélangé. N’est-ce pas une des plus grandes misères de l’homme d’aujourd’hui ? En réalité, il n’y a pas 36 philosophies ! La philosophie, c’est la recherche par l’homme de la vérité sur ce qu’il est et sur le véritable sens de sa vie humaine, de sa finalité.

Je distinguerais donc la philosophie de l’idéologie de cette façon : les idéologies enferment l’homme dans leur système et l’asservissent, ce que l’on voit dans les systèmes politiques qui en sont la conséquence. La philosophie nous rend au contraire intelligents et amis de l’homme, pour essayer de découvrir ce qui est vraiment sa finalité humaine. Donc, quand on cherche la vérité, on est serviteur de l’intelligence des hommes ; on veut donc aussi descendre dans ces profondeurs où les hommes sont si souvent enfouis par des idéologies, pour arriver à toucher ce qui dans leur intelligence reste vrai. Et, au fond, le but de la philosophie, si elle est saine, si elle est vraie, c’est d’éveiller l’intelligence des hommes pour qu’elle revive.

 

On voit souvent cette réaction déjà classique: quand on parle de la vérité, on entend tout de suite la réponse: chacun a sa propre vérité, chacun a son propre sens, ce qui est bon pour l'un, n’est pas bon pour un autre…

En effet, on entend constamment ce genre de réponses… « C’est ton point de vue, c’est ta façon de voir les choses »… Or, dire cela, c’est ramener la vérité à l’opinion. Chacun, certes, a des opinions. Mais la vérité dépasse les opinions, elle est plus grande que les opinions. Connaître la vérité, c’est chercher à rejoindre ce qui est la réalité de l’homme dans toutes ses dimensions. Nous pouvons avoir des opinions, mais la philosophie est justement là pour nous apprendre à ne pas nous arrêter à ces opinions et à rejoindre le réel, ce qui est. La philosophie, si on la prend dans son aspect le plus fort et le plus profond, a pour but de nous permettre de nous débarrasser de tous nos a priori ; nous avons donc toujours à chercher davantage la vérité, ce qui est très exigeant.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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