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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Philia

Si la vertu de prudence permet à l’homme d’ordonner sa vie morale en fonction d’une fin poursuivie – elle lui donne ainsi une autonomie et une certaine autorité sur son propre conditionnement –, l’amitié, dans la rencontre de la personne de l’autre, nous permet de toucher, d’expérimenter un premier dépassement de notre autonomie prudentielle.

Pour la personne humaine, l’autre dans tout son réalisme c’est l’ami : une autre personne, qui lui est liée par un choix libre et réciproque reposant sur un véritable amour, un amour de bienveillance selon l’expression d’Aristote. Certes, l’amitié exigera, pour être pleinement vécue, l’acquisition des vertus morales de tempérance, de force, de justice et surtout de prudence ; mais elle nous donne de faire l’expérience, dans l’amour de la personne de l’autre et dans la rencontre de l’amour qu’elle a pour nous, un absolu qui ne relève plus de la prudence. L’amour ne peut se réduire à la prudence : il réclame un dépassement de notre propre autonomie et de notre ordre pratique, dans un don personnel de nous-mêmes.

L’expérience de l’amitié permet donc de découvrir la personne humaine d’une façon plus profonde : à la fois dans le réalisme de ce qui est (la personne amie est autre dans son « je suis », dans son être personnel), et dans l’immanence de l’amour (la personne amie est un autre nous-même, selon l'expression d'Homère). Par l’amour, nous découvrons de l’intérieur une personne qui, cependant, reste autre que nous dans son être et qui, en nous attirant nous finalise et nous permet de nous dépasser.

 

Du point de vue d’une philosophie réaliste, l’amour d’amitié, la philia aristotélicienne, est donc l’expérience la plus profonde que nous pouvons avoir de l’homme, de sa personne. C’est là que l’altérité (la transcendance), mais aussi l’identité (l’immanence) sont les plus grandes. C’est bien là que l’expérience humaine, à la fois interne et externe, est la plus qualitative et la plus profonde.

(A suivre)

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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