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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

PENTECÔTE D'AMOUR

PENTECÔTE D'AMOUR

Jean théologien nous montre ce qui permet de « connaître l’esprit de Dieu »(1). Il affirme : « Tout esprit qui professe Jésus-Christ venu en chair est de Dieu, et tout esprit qui ne professe pas Jésus n’est pas de Dieu ; et c’est là celui de l’Antichrist, dont vous avez appris qu’il vient, et maintenant il est déjà dans le monde(2) ». C’est bien de Jésus Crucifié, ayant déposé son âme, le Verbe devenu chair, de « Jésus-Christ venu en chair », que le Paraclet est envoyé : « Si je pars, je vous l’enverrai(3) ». Il faut la mort de Jésus pour que le Paraclet soit envoyé. Alors, l’humanité sainte du Christ, l’Oint du Père, dans son état victimal ultime et parfait, est l’instrument de grâce de l’envoi de l’Esprit Saint. Le Paraclet est inséparable de cet aspect ultime du mystère de Christ. C’est pourquoi il professe Jésus-Christ venu en chair : la première œuvre du Paraclet est de rendre Jean, devenu fils de Marie, témoin de la blessure du Cœur du Christ comme source vive de l’Amour. C’est à la blessure du Cœur du Christ, de Jésus qui a offert sa vie dans l’Amour, que le Paraclet nous conduit et nous unit.

Thérèse d’Avila affirme que nous ne devons jamais quitter l’humanité sainte du Christ(4). Précisons en venant à la source avec Jean : nous ne pouvons jamais quitter la blessure du Cœur de Jésus ; le Paraclet nous lie à Jésus-Christ « venu en chair ». L’Eucharistie nous en donne le sacrement ; et nous le vivons au cœur du mystère de la charité fraternelle, dans ce qu’elle a de plus divin et de plus humain, dont l’unité entre Marie et Jean, réalisée par le Christ crucifié, est la source et le modèle par excellence. Notre cœur de chair, capable d’aimer, capable de tendresse, est vulnérable dans la mesure où il aime(5). Dans la charité fraternelle, cette vulnérabilité est transformée par le Paraclet : il nous unit à la blessure du Cœur du Christ. Notre cœur devient alors un vrai cœur de chair – et non pas un cœur de pierre(6) – capable de communiquer le mystère même de l’amour de Dieu comme instrument de grâce, dans le Cœur blessé du Christ. C’est bien ce qui se réalise d’une façon éminente en Marie et Jean : ne sont-ils pas les deux témoins dont parle l’Apocalypse(7) ? Unis au Christ crucifié, témoins de sa mort et de la blessure de son Cœur, ayant offert leur vie avec lui, ils font partie du mystère de l’Agneau. Ils sont des victimes vivantes, dont l’Esprit Saint se sert pour se communiquer d’une manière mystérieuse et surabondante.

C’est ce qui nous donne un regard tout à fait nouveau sur le mystère de l’Église. Elle n’est pas seulement visible mais elle est aussi l’Église du Paraclet, l’Église invisible, où demeure l’Esprit du Christ dans l’attente de son retour. Tel est bien le secret ultime de la vocation de Jean : ayant reposé la tête sur le Cœur du Christ au cours de la dernière Cène, ayant reçu Marie pour Mère, témoin de la blessure du Cœur du Christ, il est au cœur de l’Église : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne…(8) »

 

Ce mystère de saint Jean conduit à un discernement nouveau : « Vous êtes de Dieu, vous, petits enfants, et vous les avez vaincus, parce que Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde(9) ». Cette victoire est celle de l’amour et de la miséricorde dans la charité fraternelle. Alors que l’esprit du monde est celui de l’Accusateur de nos frères, l’esprit de vérité est cette victoire de l’amour sur le mal : « Et j’entendis une voix forte dans le ciel, elle disait : “C’est à présent le salut, et la puissance, et le règne de notre Dieu et le pouvoir de son Christ, car il a été jeté, l’Accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit. Et eux l’ont vaincu à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage, et ils ont méprisé leur vie jusqu’à mourir. Voilà pourquoi, exultez, cieux, et vous qui y séjournez ! Malheur à la terre et à la mer, car le Diable est descendu chez vous, avec une grande fureur, sachant qu’il n’a que peu de temps”(10) ». Accuser nos frères, souligner leurs fautes et les regarder à travers leur péché, c’est être du monde : « Eux, ils sont dans le monde : voilà pourquoi ils parlent d’après le monde, et le monde les écoute. Nous, nous sommes de Dieu ; celui qui connaît Dieu nous écoute, celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas. Par là nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit d’égarement(11) ». Il y a bien là un discernement qui n’est plus visible, extérieur ! Tel peut sembler être de Dieu parce qu’il est « de l’Église » et y a pignon sur rue, qui est en réalité du dehors, du monde ! Tel paraît être loin d’elle, ou même avoir été rejeté par elle d’une façon visible, et être pourtant pleinement du Christ. Bien que mort et le cœur blessé, ouvert, il vit et est devenu une source cachée qui jaillit en vie éternelle. Le discernement est alors intérieur : il est entre le Paraclet, l’esprit de vérité qui nous lie à la Croix du Christ et à la blessure de son Cœur, source de tout amour et de toute miséricorde, et l’esprit d’égarement, l’esprit du monde qui s’égare loin de Dieu.

 

M.-D. Goutierre, Dieu est lumière, Dieu est amour, p. 149-152.

© Parole et silence

 

(1). 1 Jn 4,2.

(2). 1 Jn 4,2-3.

(3). Jn 16,7.

(4). « Je le vois très clairement, je l’ai toujours vu depuis, que pour contenter Dieu en obtenant de lui de grandes faveurs, il veut que nous tenions tout de cette Humanité sacrée, en qui Sa Majesté a dit mettre toutes ses complaisances. (…) J’ai vu clairement que nous devons entrer par cette porte, si nous voulons que la Majesté souveraine nous révèle de grands secrets » (Autobiographie, XXII, 6, in Œuvres Complètes, p. 150) ; « Nous pouvons nous représenter nous-mêmes devant le Christ, nous exercer à vivement nous éprendre de son Humanité sacrée, vivre en sa présence, lui parler, lui demander ce dont nous avons besoin, nous plaindre à lui de nos peines, nous réjouir avec lui de nos joies, et ne pas l’oublier pour autant, sans chercher des prières apprêtées, mais des mots conformes à nos désirs et nos besoins. C’est une excellente façon de faire de très rapides progrès ; ceux qui s’efforcent ainsi à vivre en cette précieuse compagnie, à beaucoup en profiter, à éprouver un amour véritable pour ce Seigneur, à qui nous devons tant, je les tiens pour avancés » (ibid., XII, 2, p. 77).

(5). Si l’amour nous perfectionne et nous rend meilleurs parce qu’il nous unit au bien qui nous attire, il nous rend aussi vulnérables et peut nous blesser en raison de son excès, en tant qu’il va au-delà des limites, notamment corporelles, de celui qui le vit : cf. s. Thomas d’Aquin, ST, I-II, q. 28, a. 5 ; voir aussi III Sent., dist. 27, q. 1, a. 1, ad 4.

(6). Cf. Ez 11,19 ; 36,26 ; cf. Zach 7,12 : « Ils se sont fait un cœur de diamant pour ne pas écouter… » ; cf. Ep 4,18 ; 2 Co 3,14 ; cf. He 3,7.

(7). Cf. Ap 11,1-3.

(8). Jn 21,22.

(9). 1 Jn 4,4.

(10). Ap 12,10-12.

(11). 1 Jn 4, 5-6.

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