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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Millénarisme athée

L'athéisme moderne, un anti-christianisme, est mort de sa belle mort, ayant échoué à proposer une philosophie valide donnant sens à l'existence humaine: telle est la thèse de Philippe Nemo, philosophe et professeur à l'ESCP Europe dans son ouvrage La belle mort de l'athéisme moderne, récemment paru aux PUF. Dans ce silence de l'athéisme, la voix du christianime peut de nouveau se faire entendre. Le christianisme redevient le grand enjeu intellectuel de notre époque. Extrait.

 

J’en viens au mouvement de contestation du christianisme qui a eu les effets les plus profonds et les plus durables. Des idéologies prétendirent remplacer le christianisme non pas dans ses idées, ses thèses ou ses rites, mais dans son œuvre salutaire même, en transformant le monde et l’homme, en accouchant d’une nouvelle société qui serait un Paradis sur terre.

9782130591658.jpgJe désigne par là les mouvements francs-maçons, socialistes et marxistes, trois avatars d’un même millénarisme. Pour eux, non seulement la religion chrétienne n’est pas vraie, mais elle est un principe de mal, puisque, alliée avec les privilégiés et les forces sociales réactionnaires, elle fait obstacle à l’avènement de l’ère de la fraternité. Ce n’est pas par la foi, l’espérance, le culte chrétiens que l’humanité atteindra au bonheur, mais par la Révolution. Et lorsque surviendra le Grand Soir suivi de l’Aube radieuse, le monde sur lequel se lèvera le nouveau jour sera tellement heureux, productif, délivré de toute pénurie, de toute exploitation, donc de tout mensonge idéologique, que la question religieuse ne subsistera pas plus dans l’esprit humain que l’ombre ne subsiste à midi.

Bien que ces doctrines se soient dites athées (la franc-maçonnerie française a exclu de ses devises l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme, les socialismes ont promu le slogan « Ni Dieu ni maître », le marxisme est un matérialisme), on peut donc soutenir qu’en réalité elles ont fait office de religions de substitution. Elles ont pénétré facilement dans les populations européennes prédisposées à ajouter foi à qui promet l’avènement du Royaume et mobilise pour atteindre ce but les valeurs morales mêmes du christianisme, amour du prochain, désintéressement, sens du sacrifice.

Les mouvements millénaristes athées ont lutté contre l’Église et le christianisme avec une intolérance rigoureuse dont le motif a été parfaitement mis à nu par Anatole Leroy-Beaulieu. Puisqu’ils voulaient la Révolution qui allait changer le monde, ils avaient absolument besoin que tout le monde crût que le monde, tel qu’il est aujourd’hui, est insupportable. Ils ne pouvaient donc souffrir que subsistassent, et que pussent influencer le peuple, des sagesses qui disent que le monde est acceptable malgré ses défauts, qu’il doit être amélioré mais non détruit.

Ainsi, partout où ces mouvements ont acquis un pouvoir social, ils ont entrepris de lutter de toutes leurs forces contre le christianisme et, si possible, de l’« éradiquer » complètement des consciences européennes.

La pire situation à cet égard est peut-être celle de la France, où Edgar Quinet a donné à toute la gauche le programme d’exterminer le christianisme par l’action politique et scolaire. On obtiendrait ce résultat en supprimant toutes les positions sociales de l’Église, ses richesses, ses sources de revenus, qui permettent son influence, et en détruisant tout ce qu’on pourrait de l’enseignement catholique (ceci s’est vu jusqu’en 1981-1984 avec la revendication du « grand service public laïc unifié de l’éducation », c’est-à-dire la suppression totale de tout reliquat d’enseignement libre). On imposerait en revanche, dans l’enseignement public entièrement dominé par les francs-maçons (tous les ministres responsables de l’enseignement en France de 1879 à 1940 ont été francs-maçons, et probablement, aujourd’hui, les deux tiers des inspecteurs généraux le sont), une « foi laïque » récusant, et vouée à remplacer, toute autre foi. À cet égard, le laïcisme français n’a rien à voir avec la laïcité-neutralité qui est la norme dans les autres démocraties européennes et aux États-Unis. C’est une religion intolérante dont l’Éducation nationale est le clergé. Naturellement, quand l’école française fut prise en mains par les syndicats marxistes, ce programme se radicalisa encore. L’enseignement public fut utilisé comme instrument de combat. On le fit servir à l’élimination des derniers restes de mémoire chrétienne, des « racines chrétiennes de l’Europe », etc.

Mais, même ailleurs qu’en France, la puissance de ces mouvements a été grande dans l’ensemble. Ils sont parvenus, sinon à éliminer totalement le christianisme en Europe, du moins à l’empêcher de vivre et de se communiquer normalement aux générations nouvelles.

 

Philippe Nemo, La belle mort de l’athéisme moderne, p. 17-19, PUF (Quadrige, Essais-Débats), 2012.

© PUF

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