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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Les sensibles propres et l'éveil de l'intelligence humaine

Une intéressante convergence entre une polémique sur un sujet éducatif et l'analyse de la philosophie réaliste, qui voit dans les sensibles propres la source profonde de l'éveil et de la stucture de l'intelligence humaine dans sa quête de la vérité. De fait, l'on ne peut indéfiniment fuir la réalité existante...

Étant donné l’importance de ce problème des interrogations pour le philosophe réaliste – puisqu’elles lui indiquent les voies à suivre –, nous devons pousser plus loin l’analyse. Pouvons-nous dire que ces cinq grandes interrogations s’imposent à nous (indépendamment de l’autorité d’Aristote) et que, par le fait même, il ne peut y en avoir d’autres et qu’elles doivent nécessairement être considérées toutes les cinq par celui qui se veut philosophe ?

Notre intelligence n’atteint la réalité, en ce qu’elle a de plus elle-même, qu’à travers nos sensations, puisque tout jugement d’existence résulte d’une alliance de notre intelligence et de nos sensations externes.

Cela étant, nous pouvons comprendre que le contact de notre intelligence avec ce-qui-est peut se réaliser selon cinq modalités différentes – ce qui nous permet de saisir qu’il y a bien comme cinq déterminations fondamentales de notre intelligence (on pourrait dire : comme cinq « plis » fondamentaux), par où celle-ci peut interroger et, par là, retourner vers les réalités expérimentées pour découvrir en celles-ci autre chose que ce qui est immédiatement donné (passage de « l’existentiel » à « l’existential »). Ces cinq déterminations fondamentales sont à la fois comme les orientations de notre intelligence et les possibilités qu’elle a de dépasser les données immédiates de nos expériences. Liée à la vision, L’intelligence cherche à préciser la détermination de la réalité vue : ce qu’elle est ; liée au toucher, elle cherche à déceler ce qu’il y a de tout à fait fondamental dans la réalité touchée : en quoi elle est ; liée à l’ouïe, elle cherche à saisir l’origine de cette réalité expérimentée par le son, le bruit : d’où vient-elle ? Liée à l’odorat, l’intelligence cherche à saisir en vue de quoi est cette réalité qui attire par son odeur ; liée au goût, elle cherche à découvrir le modèle de cette réalité saisie dans sa saveur propre.

Certes, ce n’est pas de manière immédiate que nous discernons ces liens secrets et profonds, et cela parce que nous sommes très loin de nos expériences premières, toutes qualitatives. Nous réfléchissons plus à partir de nos représentations imaginatives qu’à partir de nos sensations. De celles-ci nous avons toujours un peu peur : ne peuvent-elles pas nous tromper ? Elles le peuvent, c’est bien évident ; mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’en servir. La crainte est souvent mauvaise conseillère ! Nous devons au contraire être d’autant plus vigilants et attentifs à l’originalité de ces alliances : alliance de l’intelligence et de la vision, de l’intelligence et du toucher… Nous découvrons alors ces orientations, ces appels qui se précisent en interrogations.

 

M.-D. Philippe, Lettre à un ami, itinéraire philosophique, Editions universitaires, p. 21-22.

 


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