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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Les Mages: des chercheurs au coeur pur

Les Mages, guidés par une étoile, sont ces infatigables chercheurs de la vérité et de la sagesse. Une quête de la personne humaine qui trouve son sens plénier dans le Christ, la lumière véritable. L'occasion pour nous de relire un magnifique texte philosophique sur la recherche de la vérité et son importance capitale pour la personne humaine. Celle-ci ne peut en rester à l'opinion, ni à la sincérité subjective: chercher la vérité est pour elle un bien primordial. L'Epiphanie: une fête de "la joie de la vérité".

 

L’homme, par son intelligence, est capable de rester conforme à la réalité existante, donc dans la vérité. Être dans la vérité est un élément essentiel de notre personne. La personne humaine ne peut pas se former par elle-même sans référence à ce qui est, contrairement à ce que toute idéologie affirme. L’idéologie s’impose par elle-même et non pas du tout parce qu’elle est conforme à la réalité. Il est capital de bien le saisir pour voir comment la recherche de la vérité est un élément essentiel à la construction de notre personne. Il n’y a pas de personne si nous ne cherchons pas la vérité, et la « taille » de notre personne est à la mesure de notre recherche de la vérité et de la vérité que nous découvrons. Notre monde est loin d’accepter cela, il pense que la personne peut exister indépendamment de la vérité et la sincérité passe devant la vérité. Or, ce n’est pas la sincérité qui est un élément de la personne mais la recherche de la vérité, quoiqu’un homme qui cherche la vérité avec un cœur pur soit profondément sincère. Il y a donc deux formes de sincérité : celle de l’homme qui, ne cherchant pas la vérité, demeure enfermé dans l’immanence de ses opinions et de son autonomie, et celle de l’homme qui, n’ayant pas encore découvert pleinement la vérité, la cherche cependant de toutes ses forces avec un cœur droit et pur. Avec ce dernier, on peut vraiment chercher et, s’il persévère, sa sincérité se rectifiera de l’intérieur par la recherche de la vérité.

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Si la recherche de la vérité est un élément essentiel de la personne, c’est parce que notre intelligence n’est pas substantielle. Elle est faite pour nous permettre de découvrir notre véritable fin qui n’est pas en nous-même. Si notre finalité était en nous-même, la recherche de la vérité ne serait plus un élément de la personne. Mais parce que notre fin n’est pas en nous-même, parce qu’elle nous dépasse, nous devons la chercher et la découvrir. Dans la mesure où notre intelligence cherche la vérité, nous acceptons que la réalité mesure notre intelligence, la détermine, et la conduise dans la recherche de la sagesse c’est-à-dire de la vérité ultime qu’elle pourra atteindre. L’intelligence vraie respecte la réalité ; elle est conforme à cette réalité et reconnaît donc que ce qui est est antérieur à elle. Si ce qui est est antérieur à elle, elle peut découvrir qu’il existe une Réalité première. Et même si elle ne la découvre pas encore, elle est sur la voie pour la découvrir, et cela dès le point de départ puisqu’elle est relative à ce qui est, qui est autre qu’elle. Ne pas le reconnaître et l’affirmer, c’est se construire indépendamment de la réalité, donc d’une façon imaginative. Or, construire sa personne d’une façon imaginative, dans un monde particulier qu’on se fait à soi-même, est sans doute original mais n’est pas la personne. C’est la vérité qui est le bien de l’intelligence, c’est-à-dire qui permet à notre intelligence de progresser et d’être elle-même. Quand elle est dans cette recherche de la vérité, qu’elle découvre l’existence de Dieu ou qu’elle ne la découvre pas encore, l’intelligence reste vraie si le chemin est juste. Notre intelligence est vraie dans sa recherche et non pas seulement quand elle aboutit au terme. Un homme qui, toute sa vie, a cherché la vérité, est une véritable personne. Ce n’est pas la découverte ultime qui structure la personne, mais le fait d’être docile à la réalité, d’être « mené » par la réalité et de comprendre que notre intelligence est dépendante de ce qui est.

La personne humaine est donc liée à la recherche authentique de l’existence de Dieu et non pas au fait de l’avoir découverte. Beaucoup de personnes cherchent Dieu avec une très grande loyauté et n’ont pas encore découvert qu’il existe pour des raisons qui dépendent souvent du milieu dans lequel elles vivent ou de leur première éducation. Mais leur recherche étant vraie, elle caractérise leur personne. Puisque notre connaissance de Dieu est toujours analogique, nous le découvrons d’une façon partielle, comme Celui qui nous dépasse, qui est premier et n’est jamais atteint pleinement en lui-même. Nous ne savons pas ce qu’est Dieu. Cela nous fait comprendre que quelqu’un qui n’a pas encore vraiment découvert l’existence de Dieu mais qui est dans cette recherche loyale de la vérité peut être une personne tout à fait authentique. Ce n’est jamais le résultat qui fait la personne ; c’est l’intelligence orientée, redressée, rectifiée par l’intention de chercher la vérité qui est un élément essentiel à la personne.

Certains, qui répètent sans avoir compris sont de « fausses » personnes ; car répéter reste imaginatif. Ils disent que Dieu existe sans avoir jamais compris ce que cela voulait dire. D’autres, au contraire, qui ont vraiment cherché loyalement toute leur vie mais dont la recherche a été un peu faussée et qui, de ce fait, n’ont pas découvert que Dieu existe, sont des personnes humaines beaucoup plus vraies. Répéter n’est pas intelligent, c’est une imitation qui ne répond pas à ce que l’intelligence réclame. L’intelligence a horreur du toc, de la répétition ! C’est pourquoi une culture chrétienne qui se sclérose, qui répète et est un peu tombée dans l’imagination, ne forme pas une personne ; elle la déforme plutôt du point de vue de l’intelligence. Or, il est essentiel à la personne d’avoir une intelligence qui cherche la vérité, qui soit rectifiée dans sa recherche.

La personne humaine ne se construit pas sur quelque chose de secondaire. Elle ne peut se construire que sur ce qui est premier, sur ce qui est vraiment l’intelligence comme intelligence, qui cherche à connaître ce qui est. Il est suffisant pour la rectitude de l’intelligence qu’elle respecte la recherche de ce qui est et reconnaisse que ce qui est est antérieur à toute la connaissance. Voilà ce qui est capital pour la personne : reconnaître que l’intelligence est faite pour atteindre ce qui est, pour le connaître et s’y intéresser. Mais le développement de l’intelligence ne se fait pas d’une seule manière ; il se fait par l’art, par la philosophie, par les sciences, etc. C’est l’intelligence cherchant la vérité qui rectifie l’homme et c’est en ce sens-là qu’elle fait partie de la personne humaine et la structure. De fait, la découverte de la vérité ultime, celle de Dieu comme Être premier, est au-delà du bien de la seule intelligence. C’est une découverte qui est le bien de la personne et, pour cette raison, les moyens peuvent être très divers, apparemment inefficaces. Ils sont pourtant tous en vue d’un même but : découvrir ce qui est premier. Quand donc nous affirmons que la recherche de la vérité est un élément essentiel à la personne, il faut le comprendre dans toute cette ampleur ; et c’est quand il n’y a plus de recherche de la vérité, parce qu’on se décourage, qu’on abandonne l’intelligence. C’est cela qui est grave. Nous ne pouvons pas découvrir notre personne si nous abandonnons complètement la recherche de la vérité.

La recherche de la vérité dans toute son ampleur est donc essentielle à la personne humaine. Mais elle est multiple, elle ne se réduit pas à la philosophie première. Celle-ci est la crête, le sommet, elle est ce qui est ultime dans la recherche de la vérité. Mais tout ce qui est en vue de cela, en vue de la sagesse, permet à la personne humaine d’exister et de se structurer dans la recherche de la vérité.

 

Marie-Dominique Philippe, OP, Retour à la source, tome I, p. 386-387

© Librairie Arthème Fayard

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