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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le peintre et la lumière

La peinture est l’art de la lumière et le peintre est l’homme du regard, cette lumière intérieure. Alors que la musique ordonne le temps (mesure du devenir), la peinture porte en elle-même un dépassement du devenir : dans la lumière, l’homme expérimente et saisit déjà un certain dépassement du devenir.

images-4-copie-1.jpegCertes, le peintre est dans le temps : il travaille et le temps est pour lui facteur de progrès. Mais la qualité comme telle de la peinture, la lumière comme telle, n’est pas dans le devenir ; elle est. Alors que le son est le résultat d’un choc, d’un mouvement, avec la lumière il n’est pas question de mouvement. Du point de vue de l’expérience humaine sensible (qui n’est pas l’expérimentation scientifique), la lumière est une qualité qui s’impose au regard et fait l'unité du monde physique: elle en est "l'acte" et rend tout visible en acte. C’est pourquoi la vision est pour l’homme le premier analogué de la contemplation. Contempler, c’est d’abord regarder, ce que le mot grec theôria manifeste bien. La contemplation est un regard. Ce qui nous en donne le sens dans notre expérience sensible, c’est l’expérience de la vision : la lumière est un sommet qualitatif qui nous fait saisir un dépassement du devenir[1]. Pour le regard et, à travers lui, pour l’intelligence avide de contemplation, un tableau est une brèche, une porte ouverte sur quelque chose. L’homme qui contemple est en quelque sorte fasciné, fixé, porté, attiré par ce qu’il regarde. Celui qui contemple a le regard fixé vers la lumière. C’est pourquoi la chouette est pour les Grecs le symbole de la sagesse, parce que c’est l’oiseau du regard fixé sur la lumière[2].images-3

L’art de la peinture nous fait donc saisir ce vœu que l’homme a d’être fixé par son regard sur une lumière inextinguible[3]. Hélas, à la lumière physique succèdent les ténèbres. Pour le peintre, dans sa diversité qualitative la lumière est une fête, tout en étant douloureuse, parce qu’inaccessible. Le peintre est un chercheur de lumière, intelligent dans son regard. La peinture est ainsi particulièrement l’art de la qualité, car la lumière est la qualité par excellence du monde physique. Alors que la musique donne le sens du devenir et de l’ordre de la sagesse, la peinture éveille donc l’intelligence au regard contemplatif sur la réalité existante, sur ce-qui-est. Loin d’être statique, elle donne ainsi le sens du repos dans le dépassement de la contemplation.

Enfin, nous pourrions ajouter que la peinture dispose à comprendre que la sagesse réalise l’unité de la lumière et de l’amour, ce que nous saisissons fondamentalement dans le regard humain. Le désir de l’homme est que la lumière et l’amour ne soient qu’un. Cette unité est réalisée en Dieu, et pour l’homme, elle est saisie dans la sagesse contemplative.

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

[1]. « La peinture immobilise, non en supprimant la vie, mais en transfigurant ce qu’elle touche en un présent qui ne passe pas, ce qui est particulièrement frappant chez un peintre comme Vermeer, dont chaque tableau est un instantané fixé dans la lumière » (M.-D. Philippe, Philosophie de l’art, II, 2ème édition, Paris, Editions universitaires, 1994, p. 85-86).

[2]. Cf. Aristote, Métaphysique, α, 1, 993 b 7.

[3]. « J’ai préféré avoir [la sagesse] plutôt que la lumière, car son éclat ne connaît point de repos » (Sg 7, 10).

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