Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le jugement selon saint Thomas d'Aquin, X

Conclusion

Au terme de cette petite étude, nous voyons combien la position de saint Thomas est profonde et précise. Tout repose sur le lien entre le jugement et la vertu de justice, ce que saint Thomas approfondit par rapport à ce qu’affirmait Aristote : porter un jugement, c’est, de la part du juge, poser un acte d’intelligence pratique rectifié par la prudence. Cela réclame qu’il cherche et veuille le juste, ce à quoi le détermine la vertu de justice (a. 1). Le jugement comporte donc un équilibre très précis entre l’intelligence et la volonté. Puis, il convient de préciser de quelle manière le jugement est licite, quelles sont les conditions pour cela (a. 2).

Puisque le jugement s’enracine dans la volonté de parvenir à ce qui est juste, le soupçon apparaît comme la source principale de la corruption du jugement (a. 3). Celui-ci s’exerçant alors dans un climat affectif de méfiance et non plus de bienveillance envers les personnes, le regard du juge sur ceux qui sont à juger se pervertit : il quitte la limpidité d’un regard sur la vérité pratique de l’agir et ne peut plus parvenir à ce qui est juste. Il y aurait beaucoup à dire sur les conséquences désastreuses que le primat de la subjectivité (aboutissant nécessairement à un primat de la négation) a sur l’exercice du jugement dans l’ordre pratique.

Le jugement s’applique différemment sur les choses et sur les personnes (a. 4). Envers celles-ci, dont les actes sont ceux d’êtres volontaires et libres, la bienveillance fait partie du jugement juste. Ce n’est pas être faible, ni tomber dans la subjectivité, que de considérer ces personnes a priori comme bonnes. Le juge est donc invité en premier lieu à une confiance fondamentale envers elles ; agir ainsi est simplement les respecter.

Enfin, pour éviter l’arbitraire et garder au jugement son caractère humble et patient de recherche et de détermination du juste au service du bien des personnes, les lois écrites sont une aide, un garde-fou (a. 5), et la précision des domaines de l’autorité légitime du juge garantit contre l’abus de pouvoir, qui est toujours un risque, dans la mesure où la vérité pratique se situe dans le domaine de l’agir des personnes (a. 6).

 

Comme nous l’avons souligné au début de cette recherche, la perspective de saint Thomas est celle d’une théologie scientifique qui aborde tout selon le point de vue de l'intelligibilité. Il nous faudrait maintenant essayer de tout reprendre dans une autre lumière, en revenant directement à la Révélation, spécialement aux écrits de saint Jean, et en nous servant d’une philosophie qui explicite d’une façon plus profonde le problème de la personne. C’est ce qui nous permettrait de reprendre le problème dans une lumière ultime, celle de la cause finale, pour nous aider à saisir, et surtout à vivre, l’attitude du Christ dans son jugement sur les personnes et sur leurs actes : un jugement de miséricorde. C’est ce que nous ferons par la suite.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article