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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le Christ crucifié: obéissance, amour et liberté

Le 14 septembre, nous fêtons le mystère de la Croix glorieuse (ou de l'exaltation de la Sainte Croix, comme l'on disait avant). C'est-à-dire que nous fêtons en Jésus crucifié notre sagesse, comme le proclame saint Paul dans la première épître aux Corinthiens. Voir la Croix comme gloire, tel est bien le regard de saint Jean l'évangéliste, qui nous rapporte cette parole du Christ au moment d'entrer dans sa Passion: "Père, glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie" (Jn 17, 1). Mais de quelle gloire s'agit-il? De celle de l'amour: une victoire tout intérieure, dans le Coeur du Christ transformé par la charité; une victoire invisible aux yeux du monde: "Mon Royaume n'est pas de ce monde", proclamait Jésus à Pilate. Une victoire de l'amour sur la jalousie, sur l'orgueil, sur les injustices. Une victoire de l'amour sur toutes les conséquences du péché, qui resplendit dans la miséricorde. Une victoire que rien ne peut arrêter: ni la jalousie et la trahison de Judas, ni la faiblesse de Pierre, ni la jalousie et les luttes de pouvoir des grands prêtres, ni la lâcheté de Pilate. Une victoire qui éclatera en splendeur dans le mystère de la Résurrection. Cette fête est une bonne occasion de commencer la publication d'un article sur l'obéissance chrétienne. Car c'est dans l'obéissance que Jésus a offert sa vie pour glorifier le Père et nous sauver.

 

Selon la Parole de Dieu, c’est le mystère de Jésus, l'Agneau de Dieu, l’Envoyé du Père pour nous, qui est le sommet du gouvernement divin. Dans la conduite paternelle de Dieu sur les hommes, ce qu’il y a de plus grand est l'offrande que Jésus a faite de tout lui-même dans l’obéissance au Père: il l'a accomplie pour le glorifier dans l’amour et nous sauver. Tel est le sommet de la mission du Christ au milieu des hommes. Tel est le sommet de l’amour du Père: c’est là, à la Croix, que son amour s’accomplit et se révèle comme « la vérité ».

C’est dans cette lumière que nous pouvons regarder le mystère de l’obéissance chrétienne, notamment telle qu’elle est vécue avec toute sa force d’amour dans la vie religieuse. Et c’est dans cette lumière de sagesse que nous devons nous situer, pour saisir de quelle manière l’obéissance nous permet de recevoir et de coopérer de la façon la plus profonde, la plus divine, c’est-à-dire la plus proche de la finalité, à ce mystère de Jésus Agneau de Dieu.

De fait, c’est bien l’obéissance de Jésus à la Croix qui seule permet de « justifier » l'obéissance dans la vie chrétienne. Pour mieux le voir, essayons d'abord rapidement, dans une perspective de sagesse théologique, de contempler l’obéissance de Jésus à la Croix.

La sagesse de la Croix et l’obéissance du Christ au Père

Saint Paul, dans la première épître aux Corinthiens, nous dit avec force que le Christ crucifié est notre sagesse : « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, et Juifs et Grecs, c’est un Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu[1]  ». Il est notre sagesse, c’est-à-dire que c’est à partir de lui que toute lumière nous est donnée : toute lumière sur le mystère du Père, toute lumière sur la conduite de notre vie. La sagesse, en effet, est la connaissance de Dieu. Elle est ce qui nous permet d’entrer dans un regard contemplatif sur le mystère même de Dieu et, à partir de lui, sur l’homme créé à l’image de Dieu et devenu enfant de Dieu par le don de la grâce. Or, la Croix, le Christ la vit dans l’obéissance au Père : « Lui qui, subsistant en forme de Dieu, n’a pas estimé comme une usurpation d’être égal à Dieu, mais il s’est anéanti, prenant forme d’esclave, devenant semblable aux hommes. Et par son aspect reconnu pour un homme, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ![2] »

Dans le regard du Père, « de l’intérieur », le mystère de la Croix est un mystère d'amour. Un amour qui se traduit dans l'obéissance de Jésus : obéissance toute d’amour, celle du Fils qui, dans sa volonté humaine, aime le Père en s’offrant en holocauste d’amour. Il n'y a pas d'obéissance dans la Très Sainte Trinité mais une vie éternelle de contemplation et d'amour. Mais par le mystère de l'Incarnation, en assumant la nature humaine, l'amour éternel du Fils pour le Père se traduit dans l'offrande libre qu'il fait de lui-même dans toute son humanité : une obéissance pleinement libre, celle du Fils qui n’agit pas selon un commandement extérieur mais connaît l’appel du Père et y répond dans l’amour.

C’est bien pour cela que le Christ est notre sagesse à la Croix : il nous révèle dans la lumière ce qu’est l’amour du Père, ce que sont ses exigences pleines de force et de douceur[3] sur le cœur de son Fils bien-aimé : « C’est pour que le monde connaisse que j’aime le Père, et que, selon ce que m’a commandé le Père, ainsi je fais[4]  ». Déjà, dans la parabole du Bon Pasteur, Jésus avait dit quelle est cette obéissance du Fils bien-aimé au Père : « Voilà pourquoi le Père m’aime : parce que moi je livre ma vie pour la reprendre. Personne ne me l’enlève, mais moi, je la livre de moi-même. J’ai pouvoir de la livrer et j’ai pouvoir de la reprendre : tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père[5]  ».

Il est capital pour nous de bien saisir cela, étant donné la vision déformée que nous avons très souvent de l’autorité paternelle de Dieu, la voyant comme un commandement qui s’ajoute de l’extérieur, étranger à l’amour ; nous la confondons alors avec un pouvoir tyrannique. De fait, malheureusement, les expériences que nous avons quelquefois de l'autorité paternelle, qu'il s'agisse de celle qui s'exerce au sein de la famille, ou de celle qui s'exerce dans l'Eglise et sa hiérarchie, ne nous aident pas toujours à découvrir la véritable autorité du Père. Nous devons rebondir, malgré ces expériences négatives, et remonter à la source avec une liberté intérieure d'autant plus grande que les intermédiaires sont des obstacles parfois décourageants. C'est Jésus qui nous montre de quelle manière son obéissance au Père est pleinement libre et lui permet de vivre de la manière la plus parfaite, dans sa volonté humaine, l’amour du Fils bien-aimé pour le Père.

L’épître aux Hébreux, elle aussi, insiste sur l’obéissance de Jésus au Père dans le mystère de l’Incarnation, tout entière ordonnée à l’obéissance de la Croix : « En entrant dans le monde le Christ dit : Sacrifice et offrande, tu n’en as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps (…) Voici, je viens (…) pour faire, ô Dieu, ta volonté[6] ». Ainsi l’obéissance du Christ à la Croix est-elle son acte le plus personnel, celui qui lui permet d’exercer pleinement sur nous sa médiation sacerdotale de salut : « Tout Fils qu’il était, par ce qu’il souffrit il apprît l’obéissance ; et rendu parfait, il devint pour tous ceux qui lui obéissent cause de salut éternel, proclamé par Dieu grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech[7] ». Si le Fils est établi notre grand prêtre par le mystère de l’Incarnation, l’acte de son sacerdoce, celui qui finalise le mystère de l’Incarnation est bien l’holocauste de la Croix.

(A suivre)

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

1. 1 Co 1, 23-24.

2. Ph 2, 6-8.

3. Attingit ergo a fine usque ad finem et disponit omnia suaviter : « [La sagesse] s’étend avec force d’un bout du monde à l’autre et elle dispose toutes choses avec douceur » (Sg 8, 1 Vulg.).

4. Jn 14, 31.

5. Jn 10, 17-18.

6. He 10, 5-7.

7. He 5, 8-10. « Si le sang des boucs et des taureaux et si la cendre de génisse dont on asperge ceux qui se sont souillés, sanctifient pour la pureté de la chair, combien plus le sang du Christ qui, par un Esprit éternel, s’est offert sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour que nous rendions un culte au Dieu vivant ! » (Héb 9, 13-14).

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