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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le bien commun et les personnes

Précisons enfin une dernière question : l’autorité porte-t-elle sur le bien commun ou sur les personnes ? Cette question est capitale et, pour y répondre, nous devons retourner à la découverte de la cause finale.

Si c’est en vue de la fin que s’exerce le gouvernement, l’autorité porte en premier lieu sur les personnes ; elle apparaît alors comme un service d’amour fraternel. La fin des personnes ne peut être qu’un bien réel, et le bien ultime de la personne humaine est Dieu lui-même.

À travers le Christ, Bon Pasteur des brebis qui les conduit et les rassemble dans le bercail du Père, c’est le Père lui-même qui est la fin de chaque personne humaine : il l’attire à lui. C’est donc en premier lieu des personnes que celui qui exerce l’autorité comme envoyé du Christ doit se préoccuper, cherchant à coopérer au gouvernement du Bon Pasteur en vue de la fin. Et c’est dans ce service envers les personnes qu’il intègre le sens du bien commun : il cherche à l’ordonner en vue de cette fin, comme un milieu de vie favorisant la croissance de la charité.

De fait, celui qui exerce l’autorité ne peut rien juger par lui-même de ce secret intime qu’est la vocation de chacun, appelé par le Père à recevoir le mystère même de Jésus dans sa propre vie. C’est dans l’incarnation de cette vocation à travers les moyens que l’Esprit Saint et l’Église proposent, et selon des Constitutions reconnues par l’Église, qu’un supérieur a sa place pour, en premier lieu, aider ses frères à recevoir ces moyens et à les mettre en œuvre effectivement, spécialement en ce qui concerne la vie fraternelle. Quelle est la finalité de cette incarnation ? La croissance de la charité et non pas d’abord l’efficacité de la vie commune. Aussi n’est-ce pas l’observance commune d’une forme qui commande la vie religieuse et l’exercice de l’obéissance, contrairement à ce que l’on répète souvent, mais la mise en œuvre cherchée dans la vérité, du réalisme de l’amour du Christ et des frères : « N’aimons pas en parole ni de langue mais par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). L’incarnation, la mise en œuvre effective des moyens de la vie religieuse est bien tout entière ordonnée à la croissance de la charité envers Dieu et envers les frères ; et c’est cela seul qui finalise.

C’est donc du Christ que la vie fraternelle doit témoigner et non pas de la conception prudentielle du supérieur, et c’est pourquoi la vie fraternelle ne se réduit pas à la vie commune. La vie commune doit permettre l’incarnation de la charité fraternelle et assumer pour cela la prudence. Mais le mystère de la charité fraternelle, communion au mystère du Christ qui nous unit ainsi à lui et à son Père, est au-delà de la vie commune : il est vécu par les personnes et entre les personnes. Certes, cela rend l’exercice de l’autorité plus difficile car le supérieur ne maîtrise pas les choses et ne peut plus les gérer. Ne doit-il pas relativiser la marche efficace de la vie commune pour privilégier le bien des personnes, dans la confiance qu’elles cherchent à écouter la voix du Bon Pasteur, de l’Agneau, pour le suivre partout où il va ?

La confusion entre vie commune et vie fraternelle est particulièrement terrible pour ceux qui ont découvert d’une façon plus profonde leur fin, qui sont déjà plus proches de la sainteté du Christ et de son obéissance d’amour au Père, qui sont entrés d’une façon plus profonde dans la sagesse. Si on les conduit de telle sorte que la forme de la vie commune leur soit imposée selon la conception du supérieur comme mesure de leur vie consacrée et de leur vocation, sous prétexte d’objectivité, c’est alors que cette autorité n’est plus un service fraternel qui coopère à sa place à la conduite du Bon Pasteur mais le pouvoir d’un loup qui emporte les brebis et les disperse…

 

Nous comprenons ainsi de quelle manière, dans la lumière de la sagesse de la Croix et grâce à un regard philosophique qui met en pleine lumière la cause finale et donc la sagesse, la vie religieuse achève d’une façon éminente dans l’Église le mystère de l’Agneau. Par là, elle est au cœur du gouvernement du Père sur l’Église, à la suite de Marie dans son mystère de Compassion et en elle. Le service de l'autorité est une médiation dont toute la grandeur est de coopérer à ce mystère inscrit dans le coeur des personnes humaines par l'Esprit Saint.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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