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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Le jeu... sous la lumière

L’architecture et l’ordre cosmique du milieu physique

L’expérience du corps n’est pas seulement celle de la présence et de l’unité effective dans la vie commune. Elle est aussi celle du corps dans l’univers : le milieu qu’est l’univers est un tout et chacun en est une partie par son corps. La partie est relative au tout (pan) et il faut diviser le tout pour situer la partie. Mais pouvons-nous avoir un regard sur le tout pour situer vraiment la partie ?

L’architecture exige une  certaine sagesse, car il faut savoir comment diviser le tout en parties selon un ordre qui situe l’homme dans un milieu qui l’aide à vivre: le milieu est relatif au vivant et il est déterminé pour que celui-ci s'épanouisse comme vivant. Il peut aussi l'étouffer et l'empêcher de vivre, l'amenant jusqu'à une situation-limite.

Comment ordonner l’univers pour qu’il aide l’homme à vivre ? L’architecture ne cherche-t-elle pas, en insérant une œuvre dans l’univers, à ordonner celui-ci d’une manière nouvelle pour expliciter l’ordre du tout vers sa partie principale qui est le corps humain? En effet, l’univers physique est le milieu de vie de l’homme. L’architecte qui façonne une partie, ordonne le tout d’une manière différente. En ce sens, l’architecture a quelque chose de cosmique. Prenons un seul exemple: à Epidaure, le paysage a pris son sens, un nouvel ordre, par le théâtre qui y est intégré comme un bijou dans l’écrin qu’est la nature qui l'entoure.

Epidaure.jpeg

Réaliser cela ne réclame-t-il pas de l’architecte de connaître l’ordre de perfection du tout. L’architecte voit le tout, tandis que le manœuvre exécute une partie[1]. C’est en ce sens que l’architecte connaît les causes les plus élevées dans l’ensemble des métiers impliqués dans la réalisation de son œuvre; et c’est pourquoi il est maître d'oeuvre, responsable de l’ensemble du travail.

Mais qu’est-ce que connaître la totalité de la réalité ? Cela veut dire la connaître par ses causes les plus élevées. Pour connaître le tout il faut connaître ce qui est ultime et le plus élevé, ce qui est premier. N’y a-t-il pas toujours deux ordres ? L’ordre du devenir (ou génétique) et l’ordre de perfection (ou de nature). A partir du corps humain, réalité physique la plus parfaite, l’univers est ordonné dans ses différents degrés de perfection comme le milieu naturel de l’homme. L’architecte explicite donc le désir de l’homme d’être en parfaite unité avec son milieu naturel, son désir de se l’adapter le plus parfaitement possible, d'en user pour vivre, mieux vivre et atteindre sa fin.

D’une façon plus profonde, l'architecture explicite la place de l’homme dans l’univers: l’homme veut connaître sa place dans le tout de l’univers. Qui suis-je ? Je suis dans le monde. Mais pour me connaître pleinement, il faudrait que je connaisse le tout. Cela exige la sagesse, car on ne peut connaître le tout de l’univers que dans la lumière de la Cause ultime, qui est Dieu. L’homme n’a pas par son expérience la connaissance du tout, car il en est une partie. Mais en connaissant ce qui est, et en s’élevant par son esprit à la Cause ultime de toutes choses, il dépasse le tout et en saisit l’unité et l’ordre de perfection. La sagesse est source d’unité. Cela nous montre que l’art de l’architecture, en réalisant l’ordre des parties du tout, saisit et dévoile son unité qualitative[2].

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org



[1]. Selon Aristote, les hommes d’art « connaissent le pourquoi et la cause. C’est pourquoi nous pensons que ceux qui dirigent un travail sont, dans chaque travail, plus honorables, qu’ils sont ceux qui savent plus et qu’ils sont plus sages que les manœuvres, parce qu’ils connaissent les causes des choses qui sont faites ; quant aux autres [les manœuvres], ils opèrent comme les êtres inanimés, qui opèrent sans savoir ce qu’ils font, à la manière dont le feu brûle » (Métaphysique, A, 1, 981 b 1-4). 

[2]. « L’architecture est le jeu savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière » (Le Corbusier, Vers une architecture, Paris, Vincent, Fréal et Cie, 1958, p. 178).

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