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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La vie monastique, une source de renouveau (VI)

Garder la parole de Dieu dans la foi

N’oublions pas ce passage de l’Évangile de saint Luc. Quelqu’un dit à Jésus: «Ta mère et tes frères se tiennent là dehors, voulant te voir!». Cela peut ressembler à un petit fait divers sans importance! Jésus s’en sert pour nous enseigner. Que fait Jésus? Il ne bouge pas et dit: «Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique(1)». Et quand «une femme, élevant la voix de la foule, lui dit: “Heureux le ventre qui t’a porté et les seins que tu as sucés”», Jésus répond: «Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui l’observent(2)». N’en restons pas à la simple signification extérieure, comme on le fait trop souvent. N’oublions pas ce que saint Augustin, qui voyait les choses en profondeur, comme un ami du Christ, dit quand il parle de la maternité divine de Marie: Prius concepit in corde quam in carne(3). Marie, et c’est toute sa grandeur, a conçu en premier lieu le Verbe de Dieu dans son cœur, dans sa foi, avant de le concevoir dans sa chair, dans son corps. Il est bien évident que la maternité de Marie selon la chair et le sang, que l’Esprit Saint a réalisée en elle, est unique dans l’histoire de l’humanité et s’est réalisée à telle époque. Mais comment Marie a-t-elle pu vivre dans sa chair, in carne, l’Incarnation du Verbe? Parce qu’elle a d’abord conçu dans sa foi, son espérance et sa charité, in corde, le Verbe de Dieu qui s’incarnait en elle.

Jésus montre donc que la grandeur de la maternité de Marie est d’abord d’avoir conçu dans son cœur, in corde. Tous les enfants de Marie sont appelés à vivre comme elle du mystère de la maternité divine in corde, c’est-à-dire dans la foi, l’espérance et la charité. Ce qu’il y a de plus grand dans la Très Sainte Vierge, c’est sa foi, sa foi dans le Verbe Incarné, son espérance et son amour. Et dans sa foi, son espérance et son amour, en devenant les enfants de Marie, nous pouvons tous avoir part au même mystère. Notre vie chrétienne consiste à vivre de ce même mystère, avec une intensité plus ou moins profonde, plus ou moins divine.

La vie religieuse contemplative consiste donc en premier lieu à vivre ce mystère. Il faut qu’il y ait, parmi les chrétiens, des hommes et des femmes qui suivront Marie dans cette voie étroite(4), dans ce prius concepit in corde, dans leur foi. Ils la suivront et vivront avec elle l’intimité de ce même mystère. C’est bien ce que Jésus proclame en saint Luc. Par là il nous montre que toute la vie religieuse, à partir du mystère de la maternité de Marie et dans cette maternité, prend un caractère nouveau : vivre dans notre vie, non seulement dans notre cœur mais dans toute notre vie, grâce à la Parole de Dieu, ce mystère de l’Incarnation.

Le cœur de l’Église

N’est-ce pas là le grand secret du mystère de l’Église? L’Église, c’est premièrement la maternité divine de Marie, qui a deux moments: il y a d’abord sa maternité à l’égard du Verbe, du Fils bien-aimé du Père, qui se réalise à l’Annonciation. Mais cette première maternité est pour une seconde maternité qui se réalise à la Croix (le mystère de l’Incarnation est ordonné au mystère de la Rédemption). À la Croix, Jésus crucifié donne sa propre Mère à Jean pour qu’elle soit sa Mère: «Jésus donc, voyant sa mère et, près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: “Femme, voilà ton fils”. Ensuite il dit au disciple: “Voilà ta mère”. Et dès cette heure-là le disciple la prit chez lui(5)». La première maternité s’achève dans cette seconde maternité, parce que Jésus est l’Agneau. Il s’est fait le Fils de Marie pour être l’Agneau qui s’offre au Père. Et à la Croix, Marie est «une» avec l’Agneau, elle est la Femme, parce que Jésus lui-même le veut.

L’action propre de Marie comme Mère est donc d’attirer à elle des disciples du Christ, des femmes et des hommes, pour continuer dans l’Église le mystère de sa maternité divine. Ne devons-nous pas affirmer cela? L’action propre de l’Esprit Saint, l’action propre du Paraclet, n’est-elle pas de réaliser en nous ce mystère de la maternité divine de Marie dans la foi: Prius in corde? Dans le gouvernement du Père, la première chose, la chose la plus radicale, c’est de réaliser en Marie la maternité divine, ce prius concepit in corde et de le réaliser dans tous ses enfants, en tous ceux qui sont choisis spécialement par elle. Parmi les petits enfants de Marie, il y en a qui sont choisis spécialement pour être le cœur de l’Église(6). La vie contemplative a, comme le dit Jésus, la «meilleure part(7)» — ou, comme le dit l’Église, «une part de choix (pars praeclara) dans le Corps mystique(8)»—, mais c’est vrai aussi de toute forme de vie apostolique vraiment évangélique. N’est-ce pas là l’œuvre première de Marie? D’une certaine manière, cette action-là est purement immanente, dans l’immanence de la vie de l’Esprit Saint, du Paraclet. C’est peut-être même l’œuvre propre du Paraclet. Il y a une réalité que nous devons découvrir, une réalité qui ne dépend que de Marie et de l’Esprit Saint, du Paraclet, dont Pierre est le témoin. Là, Pierre n’intervient pas directement: il y a quelque chose en nous qui est de Dieu et qui relève de Dieu seul.

Si cela est vrai, cela nous montre que la vie monastique chrétienne, dans ce qu’elle a de plus profond, est un mystère qui dépasse toute activité humaine, tout ce que l’homme pourrait faire, pourrait réaliser; c’est quelque chose d’infiniment plus grand, qui est réservé au Saint-Esprit et à l’œuvre maternelle de Marie. La conduite de l’Esprit Saint sur Marie prend une tournure tout à fait particulière à partir de la Compassion. Et là, l’Esprit Saint est appelé par Jésus d’une façon spéciale, comme étant «le Paraclet(9)». Il faut donc découvrir qu’il y a dans l’Église une œuvre spéciale, divine, cachée, qui relève directement de l’Esprit Saint, du Paraclet, et qui est propre à l’action maternelle de Marie.

C’est donc bien cet amour et cette contemplation de la maternité divine de Marie, vécue au plus intime de notre vie chrétienne, qui sont la véritable source dans l’Église d’un renouveau de vie évangélique. Au-delà de la fidélité aux Constitutions, il faut parvenir à la source cachée qui peut seule nous redonner une nouvelle ardeur, une nouvelle fidélité, capable de vaincre les tentations les plus fortes, les plus violentes.

Dire cela ne veut pas dire qu’on enlève quelque chose à Pierre! Si Jésus dit à Pierre: «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église», c’est que tout le développement de l’Église présuppose cette œuvre propre du Paraclet. Loin d’enlever quelque chose à l’action de Pierre, cela montre que l’action de Pierre est en premier lieu de sauvegarder la contemplation et de tout faire pour que la contemplation soit vécue dans l’Église. La vie monastique contemplative est le dépôt le plus sacré, le plus profond, de l’Église qui est confiée à Pierre. Nous comprenons par là l’importance du Pontificat de Jean Paul II qui met tellement en lumière le rôle de Marie, tout spécialement pour la vie religieuse.

 

Marie-Dominique Philippe

© Communauté Saint-Jean

 

 

(1). Lc 8,20-21. Cf. Mt 12,46-50 ; Mc 3,31-35.

(2). Lc 11,27-28.

(3). Voir saint Augustin, Sermon 215, 4 (P.L. 38, col. 1074) ; La virginité consacrée, III, 3 (Paris, Nouvelle bibliothèque augustinienne, 1992, I, p. 82) ; voir aussi saint Léon, Sermons pour Noël, I, 1 (SC 22bis, Paris, Cerf, pp. 68-69). Cf. Lumen Gentium, § 53.

(4). Cf. Mt 7,13-14.

(5). Jn 19,26-27.

(6). Voir Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Ms B, 3 v°, Œuvres complètes, DDB 1996, p. 224.

(7). Lc 10,42. Saint Augustin a maintes fois commenté cette phrase en l’appliquant à la vie contemplative, en particulier dans les sermons 103 et 104 (1ère série). Voir aussi saint Thomas, ST, II-II, q. 182, a. 1.

(8). Perfectae caritatis, § 7. Cf. saint Cyprien, De habitu virginum, 3, P.L. 4, col. 443 ; Lumen gentium, § 46 ; Paul VI, Allocution du 22 février 1966, (Insegnamenti di Paolo VI, 1966, p. 56, cité en note 30 de l’Instruction sur la vie contemplative et la clôture des moniales, SCRIS 1969) ; CIC, can. 674.

(9). Cf. Jn 14,16 ; 14,26 ; 15,26 ; 16,7.

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