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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La vie monastique, une source de renouveau (V)

Marie et l’Église

Dire cela, n’est-ce pas mettre le mystère de Marie au-dessus de tout? Non, mais découvrir qu’elle est au sommet de l’Église. D’une certaine manière, du point de vue du gouvernement de Jésus, il n’y a rien de plus grand que le mystère de Marie. De ce fait, pour connaître le gouvernement du Fils et de son Père, ne faut-il pas regarder le mystère de Marie? Et immédiatement après Marie, l’Église?

Si cela est vrai, n’y a-t-il pas dans l’Église quelque chose qui relève directement de Marie et de l’Esprit Saint, puisque tout ce qui vient de Marie (comme toute sa croissance) se fait par l’Esprit Saint? Cela nous est dit dans le mystère de l’Annonciation. Quand Marie demande: «Comment cela sera-t-il? Je ne connais point d’homme». La réponse immédiate est: «L’Esprit Saint viendra sur toi(1)». La formation du corps du Christ relève directement de l’Esprit Saint et par lui de Marie.

La maternité divine de Marie à l’Annonciation et à Noël s’achève dans sa maternité divine à la Croix. À la Croix, c’est directement de Jésus, qui est «vers le Père(2)», et en étant «une» avec lui dans le mystère de l’Agneau, que Marie reçoit Jean comme fils. Sous le souffle du Paraclet, Marie devient la Mère de Jean et de l’Église. De même qu’à l’Annonciation la maternité divine de Marie relève directement de l’action de l’Esprit Saint, au-delà de Joseph, de même, à la Croix, la naissance à la vie divine relève directement de l’action du Paraclet en Marie, au-delà de l’autorité de Pierre.

Marie et Pierre

Cependant, le Christ a affirmé à Pierre: «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église(3)». Il est sûr que la sagesse théologique doit toujours mettre en parallèle Marie et Pierre; elle doit discerner ce qui doit être contemplé et précisé dans la lumière de Marie et dans la lumière de Pierre(4).

Ce qui apparaît en premier lieu, c’est que Pierre est là pour protéger le mystère de Marie, comme Joseph. A l’Annonciation, le rôle de Joseph, vu de l’extérieur, n’avait rien de positif. En réalité, il est très grand parce que Joseph a permis à l’Esprit Saint de faire son œuvre jusqu’au bout d’une manière secrète(5). Par son effacement, Joseph a permis à l’œuvre du Saint-Esprit de se réaliser d’une façon cachée, donc d’une façon absolument pure du point de vue de l’amour. Cette petitesse est la grandeur de Joseph, le dernier des Patriarches.

Posons-nous donc la question: quelle est l’œuvre propre de Marie, où Pierre a un rôle analogue (d’une analogie de similitude) à celui de Joseph? Pierre est semblable à Joseph dans une activité de l’Esprit Saint où il lui est demandé d’agir en cachant l’œuvre propre de l’Esprit Saint. Quelle est donc l’opération qui relève éminemment de Marie, qui lui est confiée, réservée, et qui est réalisée par l’Esprit Saint, Pierre étant là comme témoin? C’est une question que nous devons nous poser.

La seule œuvre qui relève de Marie et de l’Esprit Saint et où Pierre est témoin, protecteur, gardien de la détermination qui vient de Marie et de l’Esprit Saint, c’est la vie contemplative, qui est une anticipation de la vision béatifique(6). La vie contemplative est bien l’œuvre de l’Esprit Saint en nous. Cette œuvre est unique. Elle demande de déborder en vie apostolique, en vie missionnaire, et là elle est soumise à Pierre, à qui le Christ a confié le soin de paître ses brebis(7).

Dans l’Église, il y a donc une action qui relève proprement de Marie et de l’Esprit Saint, dont Pierre doit être le témoin. Son action première est donc de veiller sur l’œuvre de Marie et de l’Esprit Saint. Cela ne minimise en rien l’action de Pierre dans l’Église. Au contraire, cela met en lumière son lien avec le mystère de la maternité divine de Marie(8). Pierre n’a rien à réaliser de propre dans le mystère de la maternité divine de Marie, mais il la garde comme le trésor le plus précieux, il la respecte et la proclame comme étant l’œuvre principale de l’Esprit Saint pour nous. N’est-ce pas ce que Jésus révèle quand, ayant confié à Pierre le soin de paître ses brebis, il lui montre que quelque chose du mystère de Jean, qui a reçu Marie pour Mère à la Croix, lui est en quelque sorte réservé, à lui Jésus(9)?

La consécration du chrétien par la vie monastique au sens le plus propre (dans sa dimension contemplative) est bien directement l’œuvre de l’Esprit Saint par le don de sagesse. C’est, dans l’Église, comme la prolongation de la maternité divine de Marie. C’est ce que les Orientaux ont très bien compris, alors que nous risquons de ne pas assez comprendre que le rôle premier de Pierre est de garder et d’être témoin de cette œuvre de l’Esprit Saint à partir de Marie dans l’Église.

(A suivre)

 

M.-D. Philippe, "La vie monastique..."

© Communauté Saint-Jean

 

(1). Lc 1,34-35.

(2). Cf. Jn 1,1 et 18.

(3). Mt 16,18.

(4). «Ce lien entre les deux profils de l’Église, le profil marial et le profil pétrinien, est donc étroit, profond et complémentaire, même si le premier est antérieur tant dans le dessein de Dieu que dans le temps, plus élevé et prééminent, plus riche d’implications personnelles et communautaires pour les vocations ecclésiales particulières» (Jean Paul II, Allocution aux cardinaux et à la Curie romaine, 22 décembre 1987, § 3, DC n° 1955 du 7 février 1988, p. 134).

(5). «La gloire de Dieu, c’est de cacher une chose, et la gloire des rois, c’est de scruter une chose» (Prov 25,2).

(6). La vie religieuse apostolique et missionnaire proviennent de la vie contemplative, elles en sont le débordement miséricordieux: «Le missionnaire doit être “un contemplatif en action”. La réponse aux problèmes, il la trouve dans la parole divine et dans la prière personnelle et communautaire. (…) Le missionnaire, s’il n’est pas un contemplatif, ne peut annoncer le Christ d’une manière crédible; il est témoin de l’expérience de Dieu et doit pouvoir dire comme les Apôtres: “Ce que nous avons contemplé… le Verbe de Vie… nous vous l’annonçons” (1 Jn 1,1-3)» (Jean Paul II, Redemptoris missio, § 91).

(7). Jn 21,15-17.

(8). «La dimension mariale de l’Église précède la dimension pétrinienne, tout en lui étant étroitement unie et complémentaire. Marie, l’Immaculée, précède toute autre personne et, bien sûr, Pierre lui-même et les apôtres» (Jean Paul II, Allocution..., 22 décembre 1987, § 3, DC n° 1955 du 7 février 1988, p. 134).

(9). Cf. Jn 21,20-23. «Après Marie, Mère de Jésus, Jean reçoit ce don, lui, le disciple que Jésus aimait, le témoin qui se trouvait au pied de la Croix avec Marie (cf. Jn 19,26-27). Sa décision de se consacrer totalement est le fruit de l’amour divin qui l’enveloppe, le soutient et lui remplit le cœur. Aux côtés de Marie, Jean est parmi les premiers de la longue suite d’hommes et de femmes qui, depuis les origines de l’Église jusqu’à la fin, saisis par l’amour de Dieu, se sentent appelés à suivre l’Agneau immolé et vivant partout où il va (cf. Ap 14,1-5)» (Jean Paul II, Vita consecrata, § 23).

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