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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La vie monastique, une source de renouveau (IV)

La maternité divine de Marie et le gouvernement du Père

Nous pouvons, du point de vue théologique, nous poser une question : qu’est-ce que le Père aime le plus, actuellement, dans son gouvernement paternel sur l’humanité ? N’est-ce pas une question que tout théologien devrait se poser ?

À cela, nous pouvons répondre que Marie est parfaite dans la croissance de la charité. Sa croissance n’a pas impliqué d’imperfections. Marie, qui est une créature, est dans le devenir, mais son devenir est parfait. Normalement, le devenir connaît des imperfections : la nature implique une indétermination et, quand nous faisons quelque chose de nouveau, nous le réussissons à moitié. Alors nous le reprenons, et c’est au bout de plusieurs essais que nous arrivons à quelque chose de parfait. Quand il s’agit de Marie, ce n’est pas comme cela : elle est la perfection dans la croissance de l’amour.

Nous pouvons donc dire que le fruit propre du gouvernement du Père, son sommet, son chef-d’œuvre, est le mystère de la maternité divine de Marie. Jésus, d’une certaine façon, dans sa plénitude de grâce, est au-delà du devenir. Il ne grandit pas dans la charité. On ne peut donc pas dire que Jésus est le sommet du gouvernement du Père, parce qu’il est le Fils bien-aimé du Père. Certes, dans sa nature humaine, il connaît une certaine croissance(1), mais celle-ci est avant tout au niveau de la manifestation de son corps ; elle n’est donc pas ce qui est substantiel dans le gouvernement du Père.

Le mystère de l’Agneau

Cependant Jésus, le Fils bien-aimé, est devenu l’Agneau dans le mystère de la Croix. Ce qu’il y a de plus grand, c’est cette offrande que Jésus fait de lui-même à la Croix dans l’obéissance au Père(2), pour le glorifier dans l’amour et nous sauver. Tel est le sommet de toute la mission du Christ au milieu de nous et le sommet de la manifestation de l’amour du Père. C’est là que son amour s’accomplit et se révèle comme la vérité(3). Nous pouvons donc dire que Jésus gouverne, un avec le Père, et que le sommet de ce gouvernement est à la Croix quand Jésus est pleinement l’Agneau. C’est bien ce que nous montre l’Apocalypse dans un langage symbolique(4), ainsi que l’Évangile de saint Jean(5). Dans la Croix du Christ nous avons donc, à travers l’obéissance de Jésus, l’accomplissement et la manifestation plénière de l’amour du Père.

Vierge-Simon-Marmion.jpgDans le mystère de l’Agneau, Marie, la Mère de Jésus, est intimement associée à son Fils. À la Croix, Jésus la regarde bien comme « la Femme(6) », celle qui ne fait plus qu’un avec lui(7). N’est-elle pas l’Épouse de l’Agneau, celle qui fait œuvre commune avec lui ? Dans le mystère de sa Compassion, Marie est intimement unie à l’holocauste de l’Agneau. Jésus la regarde comme la Femme ; il fait d’elle la Femme en la voulant, selon l’amour du Père, « une » avec lui dans son propre mystère d’obéissance au Père. Si Jésus est un avec le Père dans l’obéissance de la Croix, ce qui lui permet d’œuvrer avec le Père(8), Marie vit dans l’amour ce même mystère d’accomplissement de la volonté du Père. Par là, ne coopère-t-elle pas intimement à l’œuvre de l’Agneau ? Et elle l’achève dans l’amour. Nous pouvons donc dire que Marie, dans la croissance de sa charité, est le fruit le plus parfait du gouvernement du Père et de l’Agneau. L’obéissance de Jésus au Père glorifie le Père et est en même temps toute pour Marie, puisque Marie est celle qui a le plus parfaitement vécu de cette source divine, le Cœur du Christ.

(A suivre)

 

M.-D. Philippe, "La vie monastique..."

© Communauté Saint-Jean

 

(1). « Quant à l’enfant, il croissait et se fortifiait, se remplissant de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui » (Lc 2, 40).

(2). « Lui qui, subsistant en forme de Dieu, n’a pas estimé comme une usurpation d’être égal à Dieu, mais il s’est anéanti, prenant forme d’esclave, devenant semblable aux hommes. Et par son aspect reconnu pour un homme, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! » (Ph 2, 6-8) ; « En entrant dans le monde le Christ dit : Sacrifice et offrande, tu n’en as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps (…) Voici, je viens (…) pour faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10, 5-7) ; « Tout Fils qu’il était, par ce qu’il souffrit il apprît l’obéissance ; et rendu parfait, il devint pour tous ceux qui lui obéissent cause de salut éternel, proclamé par Dieu grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech » (He 5, 8-10).

(3). « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, et Juifs et Grecs, c’est un Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 23-24).

(4). Cf. Ap 5, 7.

(5). Cf. Jn 13, 3.

(6). Jn 19, 26.

(7). « “Celle-ci, cette fois, est bien l’os de mes os, la chair de ma chair ; celle-ci sera appelée femme, car c’est d’un homme qu’elle a été prise, celle-ci !” C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair » (Gn 2, 23-24).

(8). « Le Père est à l’œuvre jusqu’à présent et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5, 17).

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