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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La vie monastique, une source de renouveau (II)

La fécondité apostolique et le témoignage

Cet absolu de l’amour rend la vie monastique féconde dans son rayonnement. Pensons au nombre de monastères qui ont été des sources vivantes pour la chrétienté en Europe. Aujourd’hui nous risquons de tomber dans l’aridité d’un désert sans eau. Certains savants affirment que les nappes d’eau de notre terre seront asséchées dans trente ans ; or nous avons besoin d’eau pour vivre. N’est-ce pas un signe que nous avons besoin d’atteindre le Cœur de Jésus, source de toute vie (1) ? La vie monastique doit être, au cœur de l’Église, une oasis où tous peuvent venir refaire leurs forces et se renouveler dans l’amour, dans la charité fraternelle, dans la recherche de la vérité (2) . Par là, ne continue-t-elle pas à rendre présent le mystère de Marie, cette source inépuisable de grâce ? Si Marie a vraiment été la Mère de l’Europe (pensons à toutes les cathédrales qui ont été construites en son honneur dans nos divers pays), l’Église du xxième siècle est tombée dans une pauvreté inouïe. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de construire de grandes et belles cathédrales… Mais ne faut-il pas multiplier, au niveau spirituel, des sources d’eau vive pour que se maintienne et se renouvelle une vie chrétienne fervente ?

Les origines de la crise

Les origines de la crise que nous traversons sont multiples et il n’est pas nécessaire de les développer ici. Le Nouvel Age en est un symptôme tout à fait significatif. Relevons simplement deux points qui nous semblent fondamentaux.

D’abord, nous vivons dans un monde qui n’est plus chrétien, dont la culture et la mentalité ne sont plus marquées en premier lieu par l’Évangile. Nous ne pouvons plus nous contenter, aujourd’hui, de vivre en nous appuyant sur un milieu favorable. Nous sommes, au contraire, dans un milieu qui ne favorise pas la vie chrétienne. Et la vie monastique n’est plus comprise par la majorité de nos contemporains. Ne l’assimilent-ils pas, le plus souvent, à une forme de vie sectaire ? Le monde devient ainsi souvent la mesure des exigences concrètes de vie, même à l’intérieur de la vie monastique.

De plus, au-delà de ce contexte – et ce point est plus radical –, nous sommes confrontés à une montée idéologique anti-chrétienne et, a fortiori, anti-religieuse. Les idéologies modernes ont une immense influence sur l’intelligence des jeunes. Aussi, loin d’être seulement une crise de la culture chrétienne, la crise que nous affrontons est une crise de l’intelligence humaine en quête de la vérité. N’est-ce pas le cri d’alarme lancé par notre Pape dans l’encyclique Fides et Ratio, soulignant que l’homme contemporain a en quelque sorte perdu l’espérance de découvrir la vérité (3) ? Comment, dans ces conditions, la foi pourrait-elle s’enraciner et se développer selon toutes ses exigences ? Le Pape Paul VI ne soulignait-il pas déjà qu’un des plus grands dangers pour l’Église catholique est le fidéisme (4) ? En effet, si l’intelligence humaine n’est pas capable de chercher la vérité et de découvrir l’existence de Dieu, la foi ne peut plus s’enraciner ni se développer. Et ainsi disparaît la vie chrétienne qui, tant que nous sommes sur la terre, est vécue dans la foi. Rappelons-nous le cri de Jésus dans l’évangile de saint Luc : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre (5) ? »

Ses conséquences sur la vie monastique

Ces deux failles – celles de la société et celle de l’intelligence – ont d’immenses conséquences sur l’enracinement des conseils évangéliques dans le cœur des hommes, spécialement des jeunes. De fait, la grâce présuppose la nature (6). Or si le fondement de la grâce est complètement miné, l’enracinement de la vie chrétienne devient très difficile.

Par rapport à l’esprit de virginité : aujourd’hui, toute expérience semble bonne à faire. La morale s’est complètement sclérosée, et il est difficile d’éveiller ce sens chez les jeunes. Les familles étant souvent brisées et les parents n’exerçant plus beaucoup leur responsabilité, la première éducation est souvent déficiente. C’est ce qui rend l’enracinement dans la fidélité très difficile pour beaucoup de jeunes.

Par rapport à l’esprit de pauvreté, nous sommes dans un monde où dominent la recherche de l’efficacité à tout prix et l’esprit de compétition. Il devient difficile de faire l’expérience d’un véritable travail humain qui permette l’enracinement de la vertu d’espérance à travers la pauvreté évangélique.

Par rapport à l’esprit d’obéissance, la liberté est conçue comme une autonomie et une absence de contraintes, dans l’exaltation du moi et de sa subjectivité ; l’influence de Freud est ici capitale. Elle ruine le sens de la paternité et de l’autorité véritable au service du bien des personnes.

(A suivre)

 

M.-D. Philippe, "La vie monastique..."

© Communauté Saint-Jean

(1). Cf. Jn 19, 33-37 ; Ap 22, 1-2.

(2). Jean Paul II aux évêques de France en visite ad limina apostolorum (18/12/2003), § 7 : « Vous êtes nombreux a souligner le rôle important que jouent les Communautés de vie contemplative dans vos diocèses, au titre du témoignage et de la prière, élevant le monde à Dieu et participant dans le mystère du Christ et de l’Église à la mission, à l’exemple de sainte Thérèse de Lisieux. Ces lieux privilégiés de rayonnement et d’accueil contribuent à la fécondité apostolique des paroisses, des mouvements et des services, et sont pour de nombreux jeunes et adultes des points de référence et des espaces dans lesquels ils peuvent trouver des repères solides pour la construction et l’affermissement de leur vie humaine et spirituelle, et pour une expérience forte de l’Absolu de Dieu, ainsi que des havres de paix et de silence dans une société trépidante. »

(3). « On a vu apparaître chez l’homme contemporain, et pas seulement chez quelques philosophes, des attitudes de défiance assez répandues à l’égard des grandes ressources cognitives de l’être humain. Par fausse modestie, on se contente de vérités partielles et provisoires, sans plus chercher à poser des questions radicales sur le sens et sur le fondement ultime de la vie humaine, personnelle et sociale. En somme, on a perdu l’espérance de pouvoir recevoir de la philosophie des réponses définitives à ces questions » (Fides et ratio, § 5).

(4). Au cours d’une allocution prononcée le 10 septembre 1965 aux participants au vième Congrès thomiste international : « Vos études peuvent, en outre, contribuer à dissiper la méprise d’un certain nombre de croyants qui sont aujourd’hui tentés par un fidéisme renaissant. N’attribuant de valeur qu’à la pensée de type scientifique et défiants à l’égard des certitudes propres à la sagesse philosophique, ils sont portés à fonder sur une option de la volonté leur adhésion à l’ordre des vérités métaphysiques. En face de cette abdication de l’intelligence, qui tend à ruiner la doctrine traditionnelle des préambules de la foi, vos travaux se doivent de rappeler l’indispensable valeur de la raison naturelle, solennellement affirmée par le premier Concile du Vatican, en conformité avec l’enseignement constant de l’Église, dont saint Thomas d’Aquin est l’un des témoins les plus autorisés et les plus éminents » (Texte français publié par l’Osservatore Romano des 13 et 14 septembre 1965).

(5). Lc 18, 8.

(6). S. Thomas d’Aquin, ST, I, q. 2, a. 2, ad 1 ; I-II, q. 99, a. 2, ad 1 ; cf. aussi I, q. 1, a. 8, ad 2.

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