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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La vie monastique, une source de renouveau (I)

La vie monastique a été pour l’Europe la source profonde de la vie chrétienne. Aujourd’hui, notre Europe se construit complètement en dehors de cette source. Elle est bien malade et divisée, puisqu’on va jusqu’à proposer aux Européens de ne plus faire aucune allusion à leur origine et à leur appartenance au christianisme. Et la vie monastique, marquée par ce contexte, traverse elle-même une crise profonde, ce qui se traduit souvent par le manque de vocations et par une formation inadaptée à la situation et à la mentalité de la plupart des jeunes aujourd’hui. N’y a-t-il pas alors pour nous, chrétiens d’Europe, une urgente nécessité de redécouvrir et d’approfondir ce qui est le plus caractéristique de la vie monastique chrétienne ?

Héritage et ruptures

La vie monastique et le sens de Dieu

Dans ce qu’elle a de plus fondamental, la vie monastique repose sur l’exigence de l’adoration. Aller au désert pour vivre de l’absolu de l’amour de Dieu et le proclamer, telle est bien la vocation fondamentale de la vie monastique sous toutes ses formes. En cela, la vie monastique garde vivantes dans l’Église la vie et la mission de Jean-Baptiste, qui annonce la présence de l’Agneau de Dieu au milieu des hommes (1). Et si notre Saint-Père, le Pape Jean Paul II, a affirmé que le Concile Vatican II est pour l’Église aujourd’hui l’esprit de Jean-Baptiste (2), la vie monastique doit elle-même se renouveler et être ce ferment pour l’Église et pour l’homme contemporain (3). Ne doit-elle pas le vivre avant tout par un sens renouvelé de l’adoration ? Si, comme le dit Jean Paul II, « la culture européenne donne l’impression d’une “apostasie silencieuse” de la part de l’homme comblé qui vit comme si Dieu n’existait pas(4) », il est urgent pour nous de prendre pleinement conscience de cela et d’y répondre. Nous, les chrétiens d’Europe, sommes vraiment comme le petit David en face de Goliath (5). Quelle est la fronde que la Providence nous donne ? La vie monastique. Elle doit vivre pleinement l’adoration en esprit et en vérité (6), que Jésus nous donne comme Fils bien-aimé du Père.

La charité fraternelle

D’autre part, la vie monastique permet de vivre la vie chrétienne la plus aimante dans une communauté de frères ou de sœurs. Jésus nous montre bien dans l’Évangile l’unité de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain. Si, dans l’Ancien Testament, Dieu demandait d’aimer son prochain comme soi-même, ce qui caractérise la vie chrétienne est l’unité des deux commandements et, dans l’Évangile de saint Jean, le Christ nous demande de nous aimer les uns les autres comme lui-même nous aime, à la manière dont il nous aime : « Personne n’a de plus grand amour que celui qui livre sa vie pour ses amis (7) ». La communauté monastique chrétienne est bien une famille dans laquelle l’unité des deux commandements doit être vécue dans toute sa radicalité évangélique (8). Plus une personne est donnée, vouée, consacrée à Jésus, plus elle accomplit le nouveau commandement de la charité fraternelle. Et c’est dans la vie monastique que la charité fraternelle doit être vécue de la manière la plus intense et ultime, plénière.

Témoigner de ce primat de l’amour et être dans l’Église une famille évangélique, tel est bien le sens et le rôle de la vie monastique.

(A suivre)

M.-D. Philippe, "La vie monastique, une source de renouveau pour l'Europe contemporaine", Conférence prononcée à Gniezno, Pologne, en mars 2004.

© Communauté Saint-Jean

(1) Cf. Jn 1, 19-34.

(2) « Sans aller jusqu’aux accents sévères de Jean-Baptiste quand, au bord du Jourdain, il invitait à la pénitence et à la conversion (cf. Lc 3,1-17), le Concile a manifesté en lui-même quelque chose de l’ancien prophète en désignant avec une nouvelle vigueur aux hommes d’aujourd’hui le Christ, “l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde” (Jn 1,29), le Rédempteur de l’homme, le Seigneur de l’histoire » (Tertio Millennio Adveniente, § 19).

(3) « La vie consacrée est au service du rayonnement définitif de la gloire divine, lorsque toute chair verra le salut de Dieu (cf. Lc 3, 6 ; Is 40, 5). L’Orient chrétien souligne cet aspect, lorsqu’il désigne les moines comme des anges de Dieu sur la terre qui annoncent le renouveau du monde dans le Christ. En Occident, le monachisme est célébration de mémoire et de veille : mémoire des merveilles que Dieu fait, veille dans l’attente de l’accomplissement ultime de l’espérance. Le message du monachisme et de la vie contemplative redit sans cesse que la primauté de Dieu apporte à l’existence humaine une plénitude de sens et de joie, car l’homme est fait pour Dieu et il est sans repos tant qu’il ne repose en Lui » (Jean Paul II, Vita consecrata, § 27).

(4) Ecclesia in Europa, § 9.

(5) Cf. 1 Sam 17, 38-51.

(6) Jn 4, 23-24.

(7) Jn 15, 13.

(8) « Dans l’Église, en ce qui concerne sa mission de manifester la sainteté, il faut reconnaître que la vie consacrée se situe objectivement à un niveau d’excellence, car elle reflète la manière dont le Christ a vécu » (Jean Paul II, Exhortation apostolique Vita consecrata, § 29) ; voir aussi s. Thomas d’Aquin, Somme théologique (ST), II-II, q. 186, a. 1.

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