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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La vie consacrée en terre chrétienne: richesse et diversité

Dès l’origine du christianisme, des hommes et des femmes ont choisi une forme de vie consacrée à Dieu, reconnue par l’Église. Cette consécration a pris différentes formes au cours de l’histoire...

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Quand et comment est apparue la vie consacrée ?

Dès les temps apostoliques, des jeunes filles qui veulent suivre l’exemple du don de Marie choisissent de rester vierges. Cette virginité consacrée est aussitôt reconnue par l’Église. Des hommes, appelés les «continents», vivent rapidement le même charisme. Au long des siècles, d’autres expressions de vie consacrée reconnues par l’Église, dans lesquelles on est consacré par Dieu à Dieu, vont apparaître.

 

Comment expliquer cette multiplication des familles religieuses ?

«Une famille religieuse ne naît jamais par hasard. Elle naît de la nécessité de s’adapter aux besoins et à la culture d’une époque donnée, d’apporter des réponses aux aspirations spirituelles des hommes»,explique Sophie Hasquenoph, maître de conférences à l’université de Lille III et auteur d’Histoire des ordres et congrégations religieuses (Éd. Champ Vallon). Ainsi, la vie monastique est née au moment où le monde romain s’est converti au christianisme et où les mœurs chrétiennes ont perdu leur force exemplaire.

Dès le IVème siècle, ceux qui veulent vivre une vie différente et se consacrer à Dieu se rendent alors dans les déserts. C’est la naissance du monachisme érémitique (vie solitaire) ou cénobitique (vie communautaire) dont la forme actuelle, inspirée surtout de saint Benoît, est l’héritière. Au Moyen Âge, les ordres militaires ont été fondés dans le contexte des croisades. Les ordres mendiants apparaissent au XIIIème siècle à l’heure de la première grande croissance urbaine européenne.

Des congrégations religieuses de vie active naîtront au XVIème siècle, alors que l’Église catholique est confrontée à la diffusion des protestantismes en Europe, et que la population subit guerres, épidémies, famines. Les cardinaux réunis pour le concile de Trente vont alors s’appuyer sur elles pour reprendre en main les fidèles, les re-catholiciser alors que les ordres religieux anciens du Moyen Âge sont, eux, souvent en crise. Enfin, au XXème siècle, les communautés nouvelles voient le jour à l’heure où les vocations sacerdotales et la pratique religieuse diminuent fortement et où l’enseignement moral de l’Église suscite de nombreuses critiques.

 

Quelles différences y a-t-il entre ordres religieux et congrégations ?

Les ordres religieux – monastiques, érémitiques, militaires, mendiants… – ont tous leur origine dans le Moyen Âge, à l’exception de l’ordre des jésuites, fondé en 1534 et reconnu par Rome en 1540. Leur identité est très précise, bien définie et sans confusion possible. Au-delà de leurs différences, ils ont en commun : prononciation de vœux solennels, définitifs et publics de pauvreté, de chasteté, d’obéissance ; Règle de vie approuvée par l’Église (d’où le qualificatif de religieux « réguliers ») ; vie commune (plus limitée chez les Chartreux).

Les congrégations sont plus tardives et se distinguent des ordres médiévaux, notamment par une forme de vie communautaire plus souple (sans clôture pour les femmes) qui leur permet de répondre aux besoins du temps. Sur le plan canonique, dans une congrégation, les religieux prononcent des vœux simples et non solennels, temporaires ou perpétuels (les membres d’une Société de vie apostolique n’en prononcent d’ailleurs même pas). Ce qui n’enlève rien à la force de leur engagement à la suite du Christ.

 

Comment se caractérisent les congrégations religieuses nées à l’époque moderne ?

Elles naissent quand la chrétienté médiévale s’effondre. Elles regroupent des religieux et religieuses qualifiés de séculiers (dans le siècle) par opposition aux réguliers. Ces religieux conservent mais adaptent les trois vœux (qui deviennent temporaires et renouvelables), suivent une règle de vie, qui est la plupart du temps une adaptation d’une règle suivie par un des ordres religieux et qui doit être approuvée par l’Église, et mènent à l’extérieur une activité apostolique et missionnaire dans le champ de l’enseignement, des œuvres de charité (soins médicaux, lutte contre la famine, accueil des enfants abandonnés, etc.).

« Sur tous les terrains d’apostolat, précise Sophie Hasquenoph, ils traduisent l’Église incarnée et développent une spiritualité humaniste et christocentrique. »Ces séculiers se tournent vers les terres nouvelles au fur et à mesure que se développe le commerce maritime. Les congrégations cléricales encadrant les fidèles dans leur vie spirituelle et sociale sont en première ligne, ainsi que les femmes, de plus en plus nombreuses à s’investir dans ces congrégations séculières ou dans les compagnies féminines laïques, étape dans la féminisation de l’Église catholique.

L’époque moderne façonne des familles religieuses et des personnes axées sur l’apostolat, menant une vie contemplative et active, qui par la diversité de leur apostolat font de l’Église une institution visible. Au XIXème siècle, d’autres congrégations s’inscriront dans cette filiation.

 

Au XIXème siècle, pourquoi ces congrégations apostoliques se multiplient-elles ?

Après la Révolution française, les ordres religieux renaissent, mais la question de l’adaptation se pose comme au XVIème siècle. Pour l’Église, il est urgent de lutter contre l’esprit de la Révolution (individualisme, critique de la famille et de la religion), de se mobiliser pour la formation religieuse et morale des jeunes générations.

À l’heure de l’industrialisation, de l’exode rural, des premières grèves et du Manifeste du Parti communiste (1848), il est également urgent de s’investir auprès des populations ouvrières. De nouvelles familles religieuses, principalement féminines, voient le jour. Alors que les empires coloniaux se mettent en place, certaines se font aussi missionnaires.

 

Le concile Vatican II apporte-t-il un nouvel élan à la vie religieuse ?

Le Concile a permis à l’Église d’affirmer la responsabilité et la mission commune du Peuple de Dieu, de repenser son rapport au monde et de répondre aux défis de la modernité. Les communautés nouvelles, qui rassemblent souvent des clercs, des laïcs, des personnes mariées ou célibataires, sont apparues pour répondre aux nécessités de la nouvelle évangélisation. À la suite du Concile, les groupements de laïcs – qui partagent le charisme d’un Institut et sont associés à sa mission – se sont aussi multipliés.

 

Comment toutes ces familles cohabitent-elles ?

Les familles religieuses nées de nouveaux élans spirituels ou apostoliques s’inscrivent souvent dans une tradition qu’elles renouvellent ou adaptent, sans remplacer les institutions antérieures. Si les voies choisies correspondent à des aspirations différentes, elles demeurent complémentaires. Les religieux et religieuses entièrement consacrés à la contemplation sont des images du Christ qui s’adonne à la contemplation. Ceux consacrés à la vie active le représentent tandis qu’il annonce le Royaume de Dieu, guérit les malades et les blessés, amène les pécheurs à se tourner vers le bien. Les personnes consacrées dans les instituts séculiers font une synthèse des valeurs de la consécration et de la sécularité.

 

Martine de SAUTO, dans La Croix des 28 et 29 janvier 2012, p. 14-15.

© La Croix

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