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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

LA VICTOIRE DE L'AMOUR

Que dans notre cœur, dans notre esprit, au plus intime de nous-mêmes, sous l’action de l’Esprit Saint et tout près de Marie, nous puissions, dans une foi toute rénovée, tout aimante, recevoir Jésus ressuscité, Jésus sortant du tombeau, « le Vivant » (Lc 24,5), Jésus dans sa gloire. « Le Christ habite en nos cœurs par la foi » (Ep 3,17), il est présent en nous pour glorifier en nous le Père en lui disant tout son amour, cet amour victorieux du péché, de la mort, de toutes les souffrances, de toutes les tristesses. C’est encore dans la foi, dans l’espérance et l’amour, que nous le recevons, parce que nous sommes encore pèlerins sur cette terre ; mais nous savons que la victoire du Christ nous est déjà donnée, qu’elle est toute à nous, dans la mesure où nous voulons la recevoir. Ouvrons donc tout grand notre cœur à ce don que le Père nous fait.

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Buisson ardent, Aire-la-Ville (Genève), Suisse

 

C’est au plus intime de notre terre, dans la nuit de Pâques, que se réalise cette grande victoire de l’amour. Certes, nous savons que dans le cœur du Christ, cette victoire de l’amour est présente dans l’offrande qu’il fait de lui-même à la Croix, l’offrande de toute sa vie pour glorifier le Père et nous sauver. Mais à la Croix cette victoire demeure cachée, souterraine, et le démon croit qu’il est victorieux (de fait, apparemment, il l’est). Dans le mystère de la Résurrection, la victoire cachée de la Croix est manifestée d’une manière glorieuse, éclatante, avec une beauté et une splendeur qui ne sont pas de ce monde. A la Croix, tout demeure caché. L’amour est présent et victorieux, mais c’est dans le mystère de la Résurrection que cet amour victorieux éclate aux yeux de tous. Marie, dans sa foi et sa contemplation tout aimante, a vécu tout de suite de cette victoire glorieuse.

Le mystère de l’Annonciation s’achève dans ce mystère de Pâques, dans cette glorification de Jésus. Celle qui a vécu le mystère de la Compassion avec une telle force et un tel amour, dans de si grandes souffrances, celle qui est la Femme de toutes les douleurs, Marie, en cette nuit de Pâques, exulte de joie dans le silence de son amour. Son Jésus, son Fils bien-aimé, son Dieu, est victorieux de la mort et de la souffrance. Et comme, à la Croix, il attirait sa Mère dans l’amour et lui permettait de participer à son holocauste, de le vivre dans une très grande unité d’amour avec lui, Jésus, dans ce premier moment (moment éternel) de sa gloire, attire sa Mère d’une manière encore plus forte : tout en elle est saisi par l’amour de Jésus pour son Père et pour elle… et pour chacun d’entre nous. C’est le même amour que celui de la Croix, mais en cette nuit de Pâques il peut s’exercer dans une liberté absolue et avec un éclat de splendeur. Le feu nouveau est un symbole lointain, mais tout de même un symbole. En voyant tout à l’heure ce feu s’élever et tout brûler, nous ne pouvions pas ne pas penser à Marie, toute brûlée intérieurement, divinement, toute brûlée par le cœur de Jésus blessé mais dont la blessure est désormais glorieuse, éclatante. Jésus est venu apporter le feu sur la terre (cf. Lc 12,49), et dans ce mystère de Pâques ce feu peut se répandre, s’étendre d’une manière unique dans le cœur de Marie, qui est la mère de Jean et notre mère. Le feu brûle tout ce qu’il trouve autour de lui, et le feu du cœur de Marie brûle avec la douceur et la tendresse d’une mère toute divine. En cette nuit, Jésus veut que chacun de nous reçoive de lui et de Marie ce feu brûlant qui est son amour victorieux. Il « désire d’un grand désir » (Lc 22,15) – ce désir avec lequel il a institué l’Eucharistie – se donner à nous pleinement, nous réveiller dans la foi et renouveler en nous cette lumière divine qui nous permet d’être tout réceptifs à son feu brûlant, à son amour.

C’est bien son cœur brûlant d’amour et victorieux de toutes les souffrances que le Père veut nous donner pour que nous soyons « un » avec lui dans cet amour ; et Marie est là pour nous apprendre à recevoir ce feu sans en avoir peur. Car grâce à elle, et par elle, ce feu brûlant du cœur du Christ prend une modalité de douceur, de tendresse, pour que nous n’ayons plus peur de cet amour dévorant, de cet amour de feu qui désire transformer toutes les souffrances de l’intérieur.

 

Qu’à travers cette liturgie notre foi, notre espérance et notre charité puissent s’élancer vers Jésus et lui dire notre soif d’être dévorés par lui, d’être entièrement brûlés par lui, pour que nous puissions être, nous aussi, une « créature nouvelle » (Ga 6,15) toute d’amour, toute de lumière. Nous savons bien que la lutte continuera, que les tentations seront fortes et que nous continuerons de vivre auprès d’hommes et de femmes qui refusent cette victoire de l’amour et qui luttent contre ce feu divin, cette lumière divine ; mais nous aurons en nous une nouvelle force qui nous viendra directement du Christ, nous aurons en nous-mêmes l’amour du Christ victorieux de la mort et de toute souffrance ; et ce feu nous donnera une lumière intérieure qui, elle aussi, viendra directement de Jésus puisque c’est la lumière du Verbe ; et nous comprendrons qu’un jour nous verrons le Père, le Fils et l’Esprit Saint dans cette lumière que nous proclamons aujourd’hui : Lumen Christi ! La lumière du Christ ressuscité, c’est la lumière du Verbe, qui est source de la gloire qui est dans le cœur du Christ, et de la victoire qui est dans le cœur de Marie, et de cette même victoire dans notre cœur. C’est la lumière du Verbe qui est source de notre foi, de notre espérance et de notre amour. Un jour, « dans sa lumière nous verrons la lumière » (Ps 36,10) et nous serons glorifiés dans notre âme, et aussi dans notre corps au moment du retour glorieux du Christ ; et notre corps sera glorifié de la gloire même du corps du Christ. Nous serons entièrement saisis par cette grande victoire de l’amour. Cette victoire de l’amour, elle nous est déjà donnée, nous en vivons dès maintenant dans l’amour – c’est la même –, mais nous en vivons dans les conditions de la foi et de l’espérance, à travers bien des obscurités et bien des luttes.

 

M.-D. Philippe, OP, J’ai soif, p. 257 sq.

© Editions Saint-Paul

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