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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La philosophie première

Nous avons précisé la distinction de la philosophie pratique, dans laquelle la recherche de la vérité est ordonnée à l’activité humaine, et de la philosophie théorétique, spéculative, qui a pour fin la connaissance de la vérité pour elle-même. Et nous avons vu que c’est à partir de la philosophie pratique, et au-delà d’elle, que s’impose ce nouveau développement, cette recherche de la vérité voulue, aimée pour elle-même.

Mais un second dépassement est encore nécessaire, lorsque le jugement d’existence : « ceci est », présent dans toute expérience, est mis en pleine lumière pour lui-même. Nous dévoilons alors la réalité existante dans ce qu’elle a de plus elle-même, dans son originalité d’être : c’est ce que seule l’intelligence dans ce qu’elle a de plus profond, dans son exercice propre d’intelligence, atteint. A travers l’expérience impliquant nos sens externes, spécialement le toucher, notre intelligence atteint ce qui est ; et elle peut mettre en pleine lumière ce qui est en tant qu’il est. Dans cette réalité que nous touchons, que nous voyons, c’est alors au « est » que nous voulons être attentifs : il est unique pour chaque réalité et, pourtant, commun à toutes. Tous les « ceci » (peu importe leur détermination) existent, ils sont en acte. Nous pouvons ne plus être attentifs d’abord à la forme, à la détermination de telle réalité, ni à sa manière d’être en devenir, mais nous rendre tout attentifs au fait d’être, au « est » de la réalité dont nous avons l’expérience. Notre intelligence est alors dans cette adhésion à l’acte d’être même de la réalité existante ; c’est celui-ci qui la détermine et l’actue en ce qu’elle a de plus profond.

Cette « méta-expérience » plonge notre intelligence dans une profonde admiration et suscite en elle l’interrogation : « qu’est-ce que l’être ? Qu’est-ce que ce qui est, du point de vue même de l’être ? »

C’est par ce jugement d’existence et cette interrogation sur l’être que nous entrons dans une nouvelle partie de la philosophie. Aristote, le premier, l’a développée : il l’a appelée la « philosophie première[1] », soulignant ainsi sa dignité et le fait que l’intelligence, à travers cette connaissance de ce qui est en tant qu’être, atteint ce pour quoi elle est faite en premier lieu, selon sa nature propre. Notre intelligence est capable de connaître ce qui est en tant qu’être ; elle est ordonnée à cela, c’est son domaine propre. C’est pourquoi ce n’est qu’en philosophie première que nous pouvons saisir dans toute sa profondeur ce qui est séparé de la matière[2], c’est-à-dire l’esprit, le noûs : l’intelligence et la volonté, c’est-à-dire la capacité de connaître le vrai, ce qui est, et la capacité d’aimer le bien, ce qui est bon, d’un amour spirituel.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org



[1] Terme bien préférable à celui de « métaphysique », qui ne se trouve d’ailleurs pas chez Aristote. Le mot métaphysique apparaît tardivement avec la classification des ouvrages d’Aristote.

[2] « Quant à déterminer la manière d’être de ce qui est séparé et ce qu’il est, c’est l’œuvre de la philosophie première » (Aristote, Physique [Phys.], II, 2, 194 b 14) ; « Ce qui est séparé [ne peut être considéré que par] le philosophe de philosophie première » (Id., De l’âme, I, 1, 403 b 15) ; « La puissance sensible n’est pas sans le corps, tandis que l’intellect est séparé » (ibid., III, 4, 429 b 5).

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