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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La personne humaine et la philosophie première

La personne n’est-elle pas pour nous aujourd’hui ce qui réclame d’une manière urgente l’analyse (toute l’analyse) de ce-qui-est en tant qu’il est? Elle n’est pas une voie d’accès au sens précis, car je ne peux pas aborder la philosophie première par le « je suis ». Mais le jugement d’existence « ceci est » va prendre une dimension toute spéciale avec l’expérience du « je suis ». Il y a une certaine continuité entre l’expérience de « ceci est » et l’expérience propre du « je suis », qui donne au jugement d’existence une intimité personnelle. Dans la personne, en effet, il y a l’âme, source de vie, et de vie spirituelle ; cette âme est liée au corps, pour former ce composé, ce tout qu’est la personne. La personne peut progresser, elle est elle-même dans le devenir, et cependant elle reste bien la même. Je ne mets pas en doute que ce que je suis maintenant, je l’étais il y a dix ans. Le matin, quand je me réveille, je ne mets pas en doute que je suis bien la même personne que lorsque je me suis endormi la veille au soir. Il y a donc quelque chose qui dépasse le devenir et la croissance de ma vie, et qui est : « je suis ». Mon « je suis » personnel est quelque chose de très radical ; et ce « je suis » rejoint ce contact très simple que j’ai avec les réalités : « ceci est ».

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Masques tragiques - Bas-relief - Antiquité grecque

Je crois que pour aborder aujourd’hui le problème de la philosophie première, il faut vraiment regarder la personne, qui est le problème que tous les philosophes abordent, et que les psychologues abordent aussi. On est donc devant un problème actuel qui n’était pas le problème d’Aristote, mais qui est le nôtre, qui est le problème du XXe siècle. Du reste, il me semble que Kierkegaard l’a dit : tout le problème de la philosophie occidentale, depuis les théologiens, c’est le problème de la personne — donc, pour la philosophie européenne, c’est très intéressant —, tandis que tout le problème de la philosophie grecque, c’est le problème de l’âme. Je crois que c’est juste. Si on veut faire une synthèse de toute la philosophie grecque, elle se fait par le problème de l’âme, de la découverte de l’âme. Qu’est-ce que l’âme ? L’âme est-elle immortelle ?

Je le redis : tout le problème de la philosophie occidentale, après les grands théologiens, est le problème de la personne. Cela ne veut pas dire que le problème de la personne soit un problème de philosophie chrétienne — puisqu’il existait déjà en philosophie grecque —, mais que le christianisme a insisté énormément sur la question de la personne.

 

M.-D. Philippe, OP, Les trois sagesses, p. 154-155

© Librairie Arthème Fayard

 

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