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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

LA FORCE DE L'AMOUR

Tandis que la grande masse continue de s’appesantir, faisant blasphémer chaque jour un peu plus le Sauveur dont elle se réclame toujours au-dehors en le comprenant de moins en moins, tandis que les milieux dévots, les milieux « édifiants » font preuve si souvent d’une si médiocre qualité de culture et de vie spirituelle, il est dans l’Église des hommes qui voient, qui entendent, qui réfléchissent. Il est des chrétiens qui se refusent à protéger leur foi d’un rempart d’illusions. « Oui, disent-ils, il n’est que trop vrai. A le prendre dans son ensemble, notre christianisme est affadi. Malgré tant de beaux efforts pour lui rendre vie et fraîcheur, il est énervé, habitué, sclérosé. Il tombe dans le formalisme et dans la routine. Tel que nous le pratiquons, tel que d’abord nous le pensons, c’est une religion faible, inefficace ; religion de cérémonies et de dévotions, d’ornement et de consolation vulgaire, sans sérieux profond, sans prise réelle sur l’activité humaine, parfois même sans sincérité. Religion hors de la vie, ou qui nous met nous-mêmes hors de la vie. Voilà donc ce qu’est devenu entre nos mains l’Évangile, ce qu’est devenue cette immense espérance qui s’était levée sur le monde ! Y peut-on reconnaître le souffle de cet Esprit qui devait recréer toutes choses et renouveler la face de la terre ? (…) Et que dire de cette alternance, voire de ce mélange de politique et de “dévotion”, où la religion a peine à se trouver une place ? Le mal est aussi grave, quoique d’une autre nature, chez les plus “pratiquants” que chez les mondains. Les plus vertueux eux-mêmes n’en sont pas toujours les moins atteints. L’impatience à toute critique, l’impuissance à toute réforme, la peur de l’intelligence, n’en sont-ils pas des signes manifestes ? Christianisme clérical, christianisme formaliste, christianisme éteint et durci… Le courant de la Vie, qui jamais ne s’interrompt, semble l’avoir depuis quelque temps déposé sur la rive… »

(…) Il n’a pas été promis aux chrétiens qu’ils seraient toujours le plus grand nombre. (Il leur a plutôt été annoncé le contraire). Ni qu’ils paraîtraient toujours les plus forts et que les hommes ne seraient jamais conquis par un autre idéal que le leur. Mais en tout cas, le christianisme n’aura jamais d’efficacité réelle, il n’aura jamais d’existence réelle et ne fera jamais lui-même de conquêtes réelles que par la force de son esprit à lui, par la force de la charité.

 

Henri de Lubac, Le drame de l’humanisme athée, p. 129

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