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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

La dernière semaine

Dans l'évangile selon saint Jean, une immense part est consacrée à la dernière semaine et à la Passion du Christ, à partir du chapitre 12. Comment regarder ces derniers jours de Jésus au milieu des hommes? Essayons de nous en approcher avec le p. Marie-Dominique Philippe:

"Avec l’onction de Béthanie, on entre donc dans la dernière semaine. Qu’est-ce qui caractérise cette dernière semaine ? N’est-ce pas le fait que Jésus ne prend plus les initiatives ? Jusque-là, Jésus avait toujours les initiatives, même dans les grandes luttes : quand on prend des pierres pour les lui jeter, Jésus s’en va[1]. À partir du chapitre 12, Jésus n’a plus les initiatives ; il ne fait que répondre, comme à Béthanie, où c’est Marie, sœur de Lazare, qui a l’initiative. Une initiative d’une imprudence folle... mais Marie ne peut pas savoir ce qu’est le cœur de Judas. Sans le vouloir, bien sûr, ni même le savoir, elle suscite dans le cœur de Judas une irritation, une colère... une colère froide. Et quand Jésus corrige Judas devant tout le monde, celui-ci ne supporte pas la correction ; à partir de là, il décide de livrer Jésus. Il faut bien saisir le nœud qui se trouve ici, au chapitre 12, parce que Jean a compris cela beaucoup mieux que les autres. Comme toujours, c’est lui qui nous livre le secret ; et à partir du chapitre 12 il nous livre le point brûlant, la lutte à son paroxysme.

Dans cette dernière semaine, Jésus n’a donc plus les initiatives. Il laisse les événements « passer devant », ce qui est très significatif. C’est pour cela qu’on peut se demander si l’Église, avec Vatican II, n’est pas entrée dans la dernière semaine. Jusque-là, l’Église était à la tête de la culture, et elle prenait les initiatives. Avec Vatican II les événements « passent devant ». Cela, c’est très déroutant pour les gens « de cœur », pour les gens qui aimaient l’Église dans tout son éclat de victoire. Il leur est difficile de comprendre que les événements « passent devant » et que nous avons à vivre quelque chose de tout à fait nouveau, que l’Esprit Saint nous demande d’accepter avec amour.

Jésus, dans cette dernière semaine, ne condamne plus. Et l’Église, avec Vatican II, n’a plus condamné. Pour beaucoup, cela a été un scandale, mais ce scandale est dépassé dans la lumière de la dernière semaine où Jésus, lui non plus, ne condamne pas. Et le jour où l’Église ne condamne plus, elle se met sur la croix. Et vraiment elle se met sur la croix aujourd’hui pour sauver l’humanité. Car l’Église est liée au sort du Christ, elle accepte donc de vivre l’Agonie, la Croix et le Sépulcre – quel grand mystère ! L’Église du silence, c’est vraiment l’Église qui est dans le Sépulcre. Et même là où elle n’est pas à proprement parler « Église du silence », l’Église n’est-elle pas sur la Croix, avec toutes les voix discordantes qui se font entendre, à tel point que beaucoup de fidèles ne savent plus où aller ? Ils entendent certaines choses, ailleurs ils entendent d’autres choses... alors, où est la vérité ? N’oublions pas qu’à la Croix il y a des voix discordantes...

Il faut bien saisir ce que représente la dernière semaine. (…) Chaque fois qu’on vit la Semaine sainte, il faut la vivre avec Jean en suivant son Évangile du chapitre 12 au mystère du Sépulcre. N’est-ce pas la plus belle partie de cet Évangile ?"

Marie-Dominique Philippe, Suivre l’Agneau, I, 2ème éd., 2005, p. 244-245.

© Saint-Paul Editions religieuses, ISBN 2-35117-001-6



[1] Jn 8, 59 ; 10, 39 (cf. encore 7, 30 ; 10, 31).

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