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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

L'URGENCE D'UNE VÉRITABLE PHILOSOPHIE PREMIÈRE

La mentalité contemporaine oscille entre l'idéologie positiviste et la phénoménologie. La brutalité des "faits" mesurables, confondue avec la science véritable; ou la subjectivité du vécu, décrit mais jamais analysé dans ses causes propres. Deux catastrophes intellectuelles qui n'atteignent plus ce qui est, c'est-à-dire ce qui est vrai. C'est cette bêtise (quand il ne s'agit pas de la haine de l'intelligence) qui explique pourquoi, dans le soliloque de la sincérité ou l'intersubjectivité des opinions, on peut si vite quitter le regard vrai sur les personnes humaines. Pour le père Philippe, une éthique de l'amitié et une philosophie première de ce-qui-est, reposant sur le "jugement d'existence", rectifient notre intelligence et nous permettent de connaître vraiment la personne humaine et de nous élever vers la sagesse.

 

Chevêche Athéna 1Si nous regardons l’histoire de la philosophie occidentale, nous pouvons facilement constater combien le problème de l’être, des rapports de l’être et du devenir, de l’être et de la vie, de l’être et de la pensée sont une clef pour saisir son développement, depuis ses premiers balbutiements en Grèce jusqu’à la proclamation du primat du néant dans la philosophie contemporaine.

Le cri de Heidegger dénonçant vigoureusement « l’oubli de l’être » par la philosophie retentit aujourd’hui avec une force toute particulière. En rejetant la métaphysique de Wolff, Heidegger « oblige » le philosophe à s’interroger d’une manière radicale sur la possibilité d’une véritable philosophie première permettant à l’intelligence humaine de connaître ce-qui-est, la personne humaine, et de découvrir une sagesse philosophique qui cherche à contempler l’Être Premier, la Personne première, Celui que les traditions religieuses appellent Dieu.

Les grands obstacles actuels au développement de la philosophie première sont, d’une part, le positivisme qui refuse à l’intelligence humaine toute autre connaissance que celle des sciences, du mesurable et, d’autre part, le règne de la psychologie qui, en ramenant le réel au vécu, confond l’être et la vie dans son conditionnement.

Certes, la philosophie hégélienne a tenté de dépasser ces deux obstacles. Mais Hegel reste sans doute trop dépendant du grand tournant opéré par Descartes dans l’histoire de la philosophie européenne. Peut-être n’a-t-il pas été assez loin dans sa critique, ce qui a empêché son désir d’être vraiment efficace ? En s’orientant vers un primat de la vie de l’esprit et du développement absolu de celle-ci en elle-même, il ne découvre pas vraiment ce qu’est l’esprit face à l’être.

 

Pour dépasser le positivisme et le règne de la psychologie, pour ne pas rester prisonnier de la pensée hégélienne qui relativise d’une manière absolue l’être à l’esprit, la redécouverte d’une philosophie réaliste s’avère nécessaire et urgente aujourd’hui. Ne peut-on pas dire que seule une philosophie première de ce-qui-est permettra de vraiment connaître ce qu’est l’esprit (et donc la personne humaine) et l’Être premier, la Personne première, Celui que les traditions religieuses appellent Dieu ?

On peut sans doute dire que cela a été l’esprit de la philosophie d’Aristote face à Platon : n’a-t-il pas eu à reprendre toute la recherche philosophique, face à la grande synthèse platonicienne ? Synthèse magistrale, certes, mais semblable à la statue colossale de Nabuchodonosor aux pieds d’argile… Le point de départ de la philosophie d’Aristote est le jugement d’existence sur ce qui est. Et c’est pour cela qu’Aristote dit explicitement que l’interrogation du ei esti (« ceci existe-t-il ? ») est antérieure à celle du ti esti (« qu’est-ce ? »), que le fait est antérieur à la recherche du pourquoi (cf. Seconds Analytiques, II, 8, 93 a 17).

C’est à partir de l’expérience impliquant le jugement sur ce-qui-est que s’éveille la véritable interrogation philosophique sur le pourquoi des choses et, tout spécialement, de la personne humaine qui est la réalité existante la plus parfaite dont nous ayons l’expérience. Et c’est à partir de l’homme existant, tout spécialement à partir de l’expérience de la personne de l’ami, que notre intelligence pourra s’élever jusqu’à la sagesse, jusqu’à la découverte de l’existence de l’Être premier, Acte pur, Celui que les traditions religieuses appellent Dieu.

Éveiller l’intelligence de l’homme, souvent enfouie dans l’imaginaire et manœuvrée par les idéologies contemporaines, telle est l’urgence d’une véritable philosophie première aujourd’hui !

 

M.-D. Philippe, OP

© www.les-trois-sagesses.org

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