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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

Immaculée

Immaculée

Quand nous fêtons l’Immaculée Conception de Marie le 8 décembre, nous sommes devant ce regard premier, tout à fait étonnant, le point de départ tout à fait caché, réservé au regard éternel et à la miséricorde du Père. C’est le commencement, dans lequel la création de l’âme de la Très Sainte Vierge et le don de la grâce qui lui est fait sont un. Son âme est créée dans la grâce, alors que nous, nous sommes nés dans le péché (Ps 50). Et même si nous sommes libérés de la faute par le baptême et par la grâce chrétienne, les conséquences du péché demeurent en nous : les trois grandes convoitises, qui marquent notre manière de vivre et nous lient d’une façon mystérieuse à l’héritage du premier Adam. Nous portons en nous un désordre : non pas une destruction de notre nature humaine, mais un état de nature blessée. C’est une réalité, à laquelle nous accédons seulement par le regard de la foi chrétienne : ni le philosophe, ni le psychologue ne peuvent toucher dans l’homme les désordres, les convoitises, conséquences du péché originel. C’est pourquoi, ce qui apparaît dans un regard chrétien comme un désordre, conséquence du péché originel, apparaît au psychologue comme connaturel : nous sommes nés avec… Aussi, facilement certains discours consisteront à dire : « Il n’y a rien à retrancher, il n’y a rien à purifier de notre vie ; parler de désordre, c’est faire des nœuds chez quelqu’un, c’est brimer sa spontanéité, c’est le traumatiser… »

Le regard de foi nous fait toucher qu’il existe dans le cœur de l’homme blessé par le péché originel, et quoique libéré du péché par le Christ, un désordre, donc un manque, un mal qui le blesse. Cela pose une question : « Pourquoi Dieu permet-il que cette blessure demeure dans notre nature humaine ? » Elle marque l’individu que nous sommes, saint Jean le dit clairement : « Celui qui dit qu’il n’est pas pécheur est un menteur » (1 Jn 1, 10). Nous portons en nous ces trois grandes convoitises dont parle saint Jean dans sa première Épître (1 Jn 2, 15-17). Elles blessent, non pas notre intelligence, mais l’exercice de notre volonté. La première, saint Jean l’appelle la « convoitise de la chair », c’est-à-dire cet attrait disproportionné, déséquilibré pour les biens sensibles, qu’il s’agisse de la grosse convoitise charnelle ou de l’amour immodéré de l’argent, en raison du pouvoir qu’il donne sur les biens matériels. Cette convoitise est toujours liée à l’angoisse de la mort : nous n’acceptons pas d’être mortels, nous refusons que ce soit par la contemplation, par notre lien personnel avec Dieu, que nous touchons un au-delà de la mort. La seconde est la « convoitise des yeux » : il y a un déséquilibre entre le réel et l’image de nous-mêmes. Par le fait même, nos relations sont marquées par les comparaisons, les rivalités, la jalousie. La convoitise des yeux nous donne ces regards envieux : le voisin a toujours plus que nous ! Cela nous empêche de vivre du regard de Dieu pour chacun, qui est unique. La troisième est « l’orgueil de la vie », c’est-à-dire l’orgueil de l’autonomie vitale de notre intelligence – nous possédons tout en nous-mêmes – qui nous conduit à considérer notre jugement comme la mesure de tout ; l’orgueilleux prétend même parfois avoir raison contre Dieu. L’orgueil, qui prend diverses couleurs selon le terrain sur lequel il se développe, est par excellence l’anti-sagesse : il nous empêche d’entrer dans le regard que Dieu pose sur toutes choses.

 

Le mystère de l’Immaculée conception est bien une grâce de miséricorde prévenante du Père pour Marie. Saint Thomas souligne que la miséricorde est parfaite quand elle est prévenante. Pour le comprendre, nous pouvons nous servir d’une dimension maternelle de l’amour : une mère n’aime pas que son enfant connaisse une difficulté ou une souffrance. Cela fait partie de sa prévenance de mère d’envelopper son enfant d’une façon telle qu’il puisse échapper à telle difficulté qui se présenterait : les gestes de prévenance les plus éloquents sont ceux d’une mère pour son tout-petit. Certes, dans l’éducation humaine, l’enfant doit aussi apprendre à discerner et à choisir par lui-même à travers les luttes. En ce sens, vouloir envelopper l’enfant d’un cocon protecteur tel qu’il ne rencontrerait jamais aucune lutte serait une grande erreur, parce qu’alors il ne se fortifierait pas dans le combat et n’apprendrait pas à discerner par lui-même. Mais il y a un temps pour tout ! Et un dosage dans l’éducation est nécessaire. Même lorsque, pour éduquer, on laisse celui qui est éduqué se fortifier dans la lutte en le soutenant pour qu’il en sorte victorieux, la prévenance exige de ne pas mettre d’obstacle supplémentaire, de ne pas chercher à faire tomber, à surcharger celui qui lutte.

En Marie, le mystère de l’Immaculée Conception est unique ; par là, la miséricorde du Père nous est révélée à travers son chef-d’œuvre. Marie, en vertu du mystère de la Croix du Christ, est préservée de la faute originelle et de toutes ses conséquences. L’Immaculée Conception est le fruit parfait de la Croix du Christ, de la miséricorde du Père qui gouverne avec l’Agneau (cf. Ap 5) et la grâce chrétienne s’épanouit pleinement dans cette première miséricorde prévenante. La petite Thérèse en est pour nous un signe : c’est ce qu’elle dit, en rendant grâces pour « les miséricordes du Seigneur » et pour toute la prévenance de la miséricorde du Père sur elle. Elle souligne que, sans cette prévenance du Père, elle aurait été plus pécheresse que Marie-Madeleine. Il ne s’agit pas d’une figure de rhétorique, mais du regard d’une sainte sur sa propre vie à la lumière de la miséricorde du Père. Certes, Thérèse est pécheresse, elle n’est pas la Très Sainte Vierge ! Mais en disant cela, ce qu’elle a vécu de la sainteté du Christ nous rappelle et nous donne une voie d’accès à ce qui est plénier dans le cœur de Marie : ce regard unique de la miséricorde du Père sur elle. C’est ce regard, cette tendresse du Père pour Marie, qui fait que son âme est créée dans une plénitude de grâce chrétienne. En raison de cette prévenance miséricordieuse du Père, non seulement Marie n’a jamais péché, alors qu’elle était capable de pécher, étant une créature libre, mais elle n’a pas été marquée par le fomes peccati, par l’infection du péché, c’est-à-dire par les conséquences du péché originel qui nous affectent et nous freinent si « bien ».

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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