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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

L'homme en quête de Dieu; Dieu à la recherche de l'homme...

«Nul n'a jamais vu Dieu; un Dieu, Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l'a fait connaître» (Jn 1,18)


Le Prologue, charte de la contemplation chrétienne qui nous est donnée par saint Jean, s'achève dans ce regard sur le Fils comme l'Envoyé du Père. Nous découvrons ici l'aspect ultime et le plus profond de la foi chrétienne.

Par notre intelligence humaine, nous ne voyons pas Dieu: aucun homme ne l'a vu, aucune intelligence créée ne peut saisir ce qu'il est. L'existence de Dieu elle-même n'est pas immédiatement évidente pour notre intelligence. Dieu est caché: «Vraiment tu es un Dieu caché, Dieu d'Israël, Sauveur» (Is 45,15). Aussi notre intelligence ne peut-elle découvrir qu'Il est, qu'en s'élevant jusqu'à lui par un itinéraire dans la recherche de la vérité; le point de départ de cet itinéraire de sagesse se trouve dans les réalités existantes dont nous avons l'expérience, dans la personne humaine qui est la réalité existante la plus parfaite dont nous ayons l'expérience. L'interrogation qui porte et anime cette recherche est la suivante: «Existe-t-il, au-delà de la personne humaine, une Réalité, une Personne première (car, s'il existe, Il ne peut être qu'esprit), Celui que les traditions appellent Dieu?»

Ces «voies d'accès» à la découverte de l'existence d'une Personne première, qui ne sont en aucun cas des preuves, sont au sommet de toute la philosophie. La philosophie, qui est d'abord une science qui analyse ce qu'est la personne humaine, devient une véritable sagesse quand elle découvre la Vérité première, Celui que les traditions religieuses appellent Dieu; c'est ce qui lui donne une dignité souveraine parmi toutes les connaissances humaines. Le philosophe est l'homme qui cherche la vérité sur l'homme dans toutes ses dimensions. Et dans cet amour de la vérité, s'il est un véritable philosophe et non pas un idéologue qui développe son propre système, il ne peut s'arrêter avant d'avoir découvert la Vérité la plus parfaite qu'il puisse atteindre, la Personne première, source de toute vérité, de toute lumière et de tout amour. Autrement, ne serait-il pas prisonnier d'un a priori, et le plus terrible de tous ? Quand l'homme a découvert l'existence de cette Personne première, il prend alors conscience de sa petitesse et de sa dépendance à son égard, dépendance qu'il reconnaît dans l'adoration, cet amour qui fait de lui un homme religieux. Par la recherche de la vérité et l'adoration, c'est donc la personne humaine qui se tourne vers Dieu, qui s'élève à lui en le cherchant de toute son intelligence et de tout son cœur.

 

En revanche, le mystère de la Révélation chrétienne, qui appelle la réponse de la foi, vient d'en-haut. C'est Dieu qui vient à nous en nous révélant son mystère, et qui se donne à nous en son Fils bien-aimé: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur, écoutez-le!» (Mt 17,5). Comme le dit l'épître aux Hébreux: «Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé jadis à nos pères par les Prophètes, Dieu, en cette fin des jours, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses et par qui il a fait les mondes» (1,1-2). La Révélation du mystère de Dieu culmine et s'achève dans le mystère du Christ, avec la mission du Fils. Dieu nous a envoyé son Fils pour nous révéler son mystère: «Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité» (1 Tm 2,4).

Mais le Fils, dans le mystère de l'Incarnation, ne quitte pas le mystère du Père, le sein du Père, c'est-à-dire le secret de la vie éternelle du Père, vie de lumière et d'amour, vie de la Très Sainte Trinité. Le Fils unique est tout entier, éternellement, caché dans le mystère du Père. Et c'est en demeurant dans le sein du Père qu'il nous est envoyé, qu'il se donne à nous en se faisant le Fils de Marie, en marchant sur notre terre, en enseignant, et enfin en vivant le mystère de la Croix pour glorifier le Père. Aussi Jésus peut-il dire en toute vérité: «Le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu'il voit faire au Père, car ce que fait Celui-là, le Fils aussi le fait pareillement» (Jn 5,19); et encore: «Celui qui m'a vu a vu le Père» (Jn 14,9). Le Fils est celui qui est tout entier relatif au Père, qui reçoit tout du Père et qui lui donne tout. Et il vient à nous comme Fils, pour nous révéler le mystère du Père. Aussi notre regard de foi sur Jésus, dans ce qu'il a de plus profond, est-il de le regarder comme l'Envoyé du Père pour nous, comme Celui qui nous entraîne vers le Père en qui il demeure éternellement.

Tout l'Evangile de Jean, dans ce qu'il a de plus profond, est bien l'Evangile de l'aigle, de celui qui découvre et nous révèle en Jésus le Verbe éternel, le Fils unique qui demeure dans le sein du Père et qui nous est donné pour nous révéler le mystère du Père.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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