Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

L'expérience: sensations et intelligence

Si « plusieurs souvenirs d’une même chose en arrivent à constituer la puissance d’une seule expérience » Aristote et l'expérience, c’est que l’expérience n’est pas la simple accumulation des sensations, des images et des souvenirs. Tout cela, qui relève de la vie sensible, est « en puissance » à l’expérience, qui implique un acte de l’intelligence.

Cela signifie que, pour la personne humaine, toute la vie sensible est en vue de la vie de l’esprit, d’intelligence et de volonté. Précisons d’ailleurs que, de même que les sensations, dans l’expérience, sont ordonnées à l’intelligence dans sa capacité de saisir la signification et la vérité de ce qui est, de même, l’affectivité sensible, les passions, sont ordonnées à l’éveil et à la croissance d’un amour volontaire, personnel ; la volonté, notre capacité profonde d’aimer, se laisse attirer par ce qui est bon, au-delà de telle ou telle modalité de ce qui nous convient sensiblement.

 

L’expérience est donc proprement humaine. L’animal, au sens strict, n’a pas d’expérience : chez lui, la vie sensible (sensations, passions, images, souvenirs), est ordonnée à la vie végétative qui est parfaitement déterminée selon sa nature. Pour la personne humaine, la vie sensible est en vue de la vie de l’esprit, de connaissance intellectuelle et d’amour spirituel, personnel. Nous connaissons ce qui est : à travers les qualités sensibles de la réalité dont nous avons l’expérience, nous touchons ce qui est, l’acte d’être de la réalité existante ; seule l’intelligence touche ce qui est, dans un véritable jugement d’existence : « Ceci, que je touche, dont je connais telle ou telle qualité sensible par le toucher (chaud, froid, lisse, rugueux, sec, humide), est ». À travers les qualités sensibles de la réalité physique, qui est en devenir, l’intelligence atteint, touche le fait d’être, l’acte d’être de cette réalité dont nous avons l’expérience.

De même, analogiquement, nous aimons quelqu’un d’un véritable amour spirituel, volontaire, personnel : au-delà de ce qui nous attire sensiblement dans sa présence, au-delà de ce qui nous convient ou nous repousse du point de vue passionnel, nous sommes attirés par la personne dans sa propre bonté.

 

Voilà pourquoi Aristote pouvait affirmer que toute la « matière » de nos sensations, de nos images, de nos souvenirs, est en attente de cet acte d’intelligence qui est capable de toucher ce qui est. L’expérience, au sens humain du terme, est donc cette alliance entre notre intelligence capable de connaître ce qui est, et nos sensations, déterminées par les qualités sensibles des réalités du monde physique dans lequel nous sommes.

À partir de là, l’intelligence cherchera à mieux connaître la réalité dont nous avons l’expérience : elle interrogera, cherchera à connaître la signification profonde de ce qui est, remontera à la découverte des causes, voudra mettre un ordre… Tout cela, en raison de son appétit naturel pour ce qui est vrai : c’est la vérité qui est le bien profond de notre intelligence. Et c’est ce qu’elle cherche à travers tout. L’expérience, c’est-à-dire ce contact premier avec ce qui est à travers les sensations, en est le point de départ.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Les trois sagesses


Voir le profil de Les trois sagesses sur le portail Overblog

Commenter cet article