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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

L'Ascension et la pauvreté de l'espérance

C'est la manière dont Marie a vécu le mystère de l'Ascension qui doit nous faire comprendre ce que l'Eglise a à vivre. Ce mystère nous éduque dans la pauvreté de l'espérance et dans l'attente eschatologique du Retour du Christ - "il reviendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel". Nous sommes souvent, hélas, comme les Apôtres... 

 

Nous ne pouvons comprendre la manière dont Marie a reçu le mystère de l’Ascension qu’en comparant son silence à l’attitude des Apôtres.

De la Résurrection à l’Ascension, nous savons que les Apôtres ont été gratifiés de certaines visites de leur Jésus glorifié. Celui-ci venait pour les confirmer dans leur foi, leur espérance et leur amour. Il venait aussi pour achever de les former par ses paroles et par sa vie.

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Les Apôtres, toujours lents à comprendre, alors que le Christ est sur le point de les quitter, lui posent une question qui sera, de fait, la dernière : « Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas restaurer la royauté en Israël [1]? ». Voilà leur grand souci et leur grand désir. Le mystère de la Croix ne les a pas éclairés. Dans leur pensée, la Résurrection du Christ doit impliquer un messianisme, un certain règne terrestre du Christ sur l’univers.

Notre-Seigneur leur répartit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. Mais vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre [2] ». Voilà les dernières paroles officielles que le Christ adressa à ses disciples.

Le règne plénier du Christ sur l’univers, nous ne pouvons savoir quand il se réalisera, c’est le secret du Père. Nous ne pouvons savoir quand se réalisera ce retour du Christ comme juge et comme roi de l’univers. L’heure du jugement dernier, nul ne la sait, si ce n’est le Père. Notre-Seigneur fait donc comprendre à ses disciples qu’en réalité ils posent une fausse question, dont ils ne peuvent avoir de réponse. Il y a là un désir d’usurpation à l’égard des desseins du Père.

Par contre, ils devraient s’occuper de la descente du Saint-Esprit qui va se réaliser d’une façon imminente et qui va transformer leurs vies ; de timides, elle les rendra forts, capables d’être témoins de Jésus à travers le monde entier. Notre-Seigneur, avant donc de les quitter, les oriente de nouveau vers l’Esprit Saint, comme pour leur faire comprendre que c’est lui qui leur donnera l’intelligence divine de ses paroles et les aidera à être fidèles jusqu’au bout. Il ne s’agit pas de rêver à un messianisme hic et nunc, mais d’espérer le règne divin, caché, intérieur de l’Esprit Saint, c’est-à-dire de l’amour dans ce qu’il a de plus lui-même et de plus exigeant.

Après ces paroles, prophétisant le sort et la mission de ses disciples et leur précisant leur rôle de témoins grâce à l’amour du Saint-Esprit, Jésus disparaît.

« Quand il eut dit cela, ils le virent s’élever ; puis une nuée vint le soustraire à leurs regards [3]»

Evidemment les Apôtres ne s’attendaient pas à ce départ si brusque. Au moment précis où, de nouveau, ils aspiraient au règne temporel et divin du Christ sur son peuple, voilà que celui-ci le rejette définitivement en quittant visiblement et physiquement sa place de roi dans la communauté humaine. « Mon royaume n’est pas de ce monde. » Les Apôtres, dans leur stupeur, continuent de regarder dans la direction où il a disparu. « Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu’il s’en allait, voici que leur apparurent deux hommes vêtus de blanc, qui leur dirent : “ Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra comme cela, de la même manière dont vous l’avez vu partir vers le ciel ” [4] ».

Il faut que ce soient les anges qui leur expliquent ce qui vient de se passer et les remettent ainsi devant leur devoir et devant les exigences de la volonté de Dieu sur eux.

On comprend facilement, étant donné l’état d’esprit dans lequel se trouvaient les Apôtres, que le mystère de l’Ascension leur apparut comme un mystère de séparation inattendue et incompréhensible ; c’est une nouvelle séparation très différente de celle de la crucifixion et du sépulcre, d’une certaine manière l’ultime séparation. Car ils désiraient intensément qu’il demeurât visiblement présent au milieu d’eux. Et, comme toute séparation un peu violente, celle-ci provoque nécessairement dans le cœur des Apôtres une certaine tristesse. Leur désir le plus profond ne semble pas pouvoir se réaliser. Cette tristesse, cependant, est comme dépassée et dominée par une très grande espérance de la venue de l’Esprit Saint et du retour futur de Jésus. Cette séparation, si grande qu’elle soit, n’est pas totale et absolue. Il a promis qu’« il ne les laisserait pas orphelins », qu’il enverrait le Paraclet. Elle demeure passagère : il reviendra.

Par contre, Marie vit directement du mystère de l’Ascension. Elle n’avait pas désiré, comme les Apôtres, ce règne messianique, ayant compris à la Croix combien son règne était un règne divin, un règne dans l’amour. La Résurrection avait certes augmenté sa confiance et son espérance en Jésus. Mais elle vivait avant tout du mystère de la Résurrection ; elle ne vivait des apparitions qu’elle aurait eues que comme d’une grâce de surabondance ; elle ne s’y arrêtait pas. Son amour pour Jésus était trop pur, sa foi trop divine, pour humaniser toutes les conséquences de la Résurrection. Elle était trop pauvre pour vouloir accaparer cette présence visible et sensible. C’est pourquoi Marie peut vivre de ce mystère de l’Ascension sans tristesse, dans une joie glorieuse et toute divine.

 

M.-D. Philippe, OP, Mystère de Marie, croissance de la vie chrétienne, 5ème Partie, chapitre 2.

© Editions du Jubilé



[1]. Ac l, 6.

[2]. Ac 1, 7-8.

[3]. Ac 1, 9.

[4]. Ac l, 10-11.

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