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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

L'Apocalypse et la prudence chrétienne dans les luttes

La prudence réclame d’avoir une très grande lucidité sur la finalité ; et elle s’exerce d’une façon particulière dans les luttes qui font partie de la vie chrétienne sur la terre. La prudence n’est pas la même dans tous les contextes et dans tous les temps : elle n’est pas la même en temps de paix et en temps de guerre. Dans un regard de foi et d’espérance, nous savons que, tant que nous sommes sur la terre, nous sommes soumis à des luttes : elles proviennent des conséquences du péché que nous portons en nous (cf. 1 Jn 2, 15-17 ; Ap 6, 3-8), mais aussi des hommes qui agissent sous la mouvance du démon et des attaques directes du démon (cf. Ep 6, 12). L’Église sur la terre est une Église militante, nous ne devons pas l’oublier.

Au cœur de ces luttes, l’Esprit Saint nous apprend à nous élever à la hauteur du regard de Dieu, dans l’espérance et la sagesse. Il nous éclaire et nous fortifie pour que nous regardions tout dans le regard de Dieu, pour voir ces luttes et leurs enjeux comme Dieu les regarde, et agir dans cette lumière, comme il veut que nous agissions. Or, seule la sagesse nous ouvre au mystère de Dieu. C’est donc elle qui corrige et rectifie notre prudence. Dans les luttes qui touchent notre vie divine, la prudence, qui est une sagesse pratique, ne peut pas suffire si elle n’est pas liée à la sagesse contemplative qui connaît Dieu.

 

Il y aura par conséquent deux conceptions très différentes de la prudence : une prudence qui reste humaine, qu’elle soit personnelle ou politique, et une prudence tout ordonnée à la sagesse divine et transformée par elle. Vivre selon une prudence transformée par la sagesse et s’exerçant selon le don de conseil demande un très grand courage et une très grande pureté du cœur, pour ne pas chercher la gloire humaine ni l’efficacité immédiate, que les hommes peuvent mesurer. Il faut parfois, à la suite du Christ crucifié, connaître l’échec aux yeux des hommes, pour porter un fruit divin. Selon l’Apocalypse, les deux témoins de la sagesse de la Croix sont tués et leurs cadavres exposés publiquement, sans pouvoir être enterrés, ce dont les habitants de la terre se réjouissent et se félicitent (cf. Ap 11, 10) ! La victoire de ces deux témoins est cachée; c’est la victoire des saints, celle de l’amour divin dans le cœur du Christ crucifié.

Trop souvent, les chrétiens et ceux qui doivent les servir en exerçant l’autorité, restent sous l’influence de l’opinion et se laissent prendre par la peur. Ils cherchent à être reçus par le monde, à avoir un succès, ce qu’ils baptisent d’excellentes intentions: convaincre les hommes, préserver l'institution, et même faire connaître l'évangile. Mais ils risquent alors de ne pas voir assez les enjeux des combats du point de vue de la sagesse de Dieu. Ils en restent à une prudence trop humaine : « Ne faisons pas d’histoires ! Surtout pas de vagues ». En réalité, ils laissent alors le démon s’avancer et gagner du terrain : celui-ci a toujours « un coup d’avance » et des stratégies pour que l'enjeu essentiel, la vraie place de Dieu dans le cœur de l’homme, disparaisse de notre attention. Lorsque nous nous préoccupons trop, pour ne pas faire d’histoires, de choses tout à fait secondaires, nous manquons à la vraie prudence divine, qui veut tout mettre en œuvre pour que l’essentiel, la fin surnaturelle de la personne humaine, soit préservée et mise en pleine lumière.

Cela est manifeste, par exemple, du point de vue doctrinal : s’il n’y a plus de vraie métaphysique, il ne peut plus y avoir de sagesse théologique au service de la foi. Si l’intelligence ne s’éveille plus comme intelligence, si elle demeure au niveau de la raison, de la dialectique, elle n’a plus le sens de la contemplation et se replie sur elle-même et ses limites. Certes, il est nécessaire de comprendre les limites de l’intelligence humaine ! Mais ne plus voir que cela, perdre le sens de l’absolu de la vérité et demeurer dans la critique, dans l’opinion, dans le vécu subjectif, dans l’histoire, dans la parole humaine et son interprétation, etc. ouvre la porte à toutes les manœuvres du démon ; en effet, le support de la foi est alors supprimé et celle-ci s'étiole très vite. On pense à la parole de Jésus dans l’évangile selon saint Luc : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8).

C’est l’Apocalypse de saint Jean qui nous montre combien les luttes vont loin contre la sagesse et la sagesse chrétienne. Nous devons souvent la relire pour nous fortifier dans l’espérance et découvrir ce qui compte aux yeux de Dieu quand nous sommes dans les luttes, dans les persécutions, dans l’échec apparent du mystère de la Croix. Elle nous apprend à être prudents selon la sagesse de Dieu, à nous armer divinement et à vivre dans la patience des saints (cf. Ap 13, 10).

 

(A suivre)

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

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