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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

L'Agneau et la Femme

C’est dans un langage symbolique que l’Apocalypse nous révèle le caractère central de l’offrande du Christ dans tout le gouvernement divin : c’est le mystère de l’Agneau.

Sans tout reprendre ici, rappelons cette grande vision du chapitre 5. Comprenons bien la question qui se pose ici : qui a accès aux secrets du gouvernement du Père ? Qui peut les réaliser et les dévoiler, les faire connaître ? "Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en rompre les sceaux ?" "Personne n’avait été trouvé digne d’ouvrir le livre ni de le regarder". Jean nous présente alors l’Agneau debout, comme égorgé ; au milieu du trône et des quatre vivants (il finalise le mystère de l’Incarnation), au milieu des vieillards (Jésus est lié à toute l’humanité, à toute la Création), c’est à lui que le Père remet toutes choses : "Il vint et il prit le livre de la main droite de celui qui était assis sur le trône (1)". C’est bien ainsi que, selon l’évangile de saint Jean, Jésus agit en entrant dans sa Passion : "Sachant que le Père lui a tout remis dans les mains, et qu’il est venu de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu...(2)". En s’offrant comme l’Agneau, Jésus agit en Fils un avec le Père et selon les intentions du Père (3). Par l’obéissance de la Croix, dans l’offrande volontaire de la Croix, Jésus a la connaissance pratique, active, de toutes les volontés du Père. N’est-ce pas cela que réalise l’obéissance de la Croix ? En s’offrant dans l’amour au Père, Jésus est effectivement un avec lui dans sa volonté humaine, un avec les intentions du Père. Il est non seulement celui qui manifeste les décisions du Père mais il les réalise dans l’obéissance. Aussi est-il inséparable du Père : "À celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, la louange et l’honneur, et la gloire et la domination pour les éternités d’éternités (4)".

Précisons cette question : quelle est la place de la Croix du Christ dans le gouvernement du Père ? Quel est le rôle de l’Agneau dans ce gouvernement ? C’est à lui qu’est remis le livre, c’est lui qui, parce qu’il est vainqueur dans l’obéissance de la Croix a accès aux secrets du Père et les dévoile ! Il est digne d’ouvrir le livre parce qu’il a souffert la Croix. Mais le fait d’ouvrir les sceaux représente-t-il seulement pour l’Agneau la possibilité de connaître les secrets du Père et de les manifester ? Ou bien les décrets du Père sont-ils confiés à l’Agneau et totalement repris en lui, à travers l’obéissance de la Croix, de telle sorte que l’œuvre du Père est en même temps et inséparablement celle de l’Agneau ? L’Agneau est-il seulement celui qui révèle les secrets du Père ou celui à qui tout est remis par le Père et qui œuvre avec le Père dans l’unité ?

Si le livre est remis, donné à l’Agneau (5), et pas seulement montré, c’est que toutes les décisions sont remises à l’Agneau (6). L’Agneau fait l’œuvre même du Père dans l’obéissance de la Croix. Tout est ainsi transformé et accompli dans le gouvernement du Père par le mystère de la Croix du Christ.

Comprenons bien le sens différent de ces deux interprétations. Selon la première, le fait que le livre soit remis à l’Agneau signifierait seulement que la Croix du Christ manifeste les secrets du Père. Elle serait uniquement une lumière donnée sur les secrets de Dieu, une connaissance, un dévoilement. Cette interprétation donnerait d’une certaine manière la primauté à la connaissance et à une sorte de parcours initiatique. La finalité demeurerait absente et tout serait commandé par l’exemplarité et par un modèle de connaissance. Selon la seconde interprétation, le livre remis à l’Agneau nous fait comprendre que les décisions du Père sont prises et accomplies avec l’Agneau et révélées par l’Agneau. Si les décisions du Père n’étaient pas prises avec l’Agneau, celui-ci ne pourrait pas nous les révéler. En effet, comment faire connaître les décisions du Père sans entrer dans ses intentions et coopérer avec lui de l’intérieur ? L’obéissance de la Croix est bien ce qui permet à Jésus de coopérer dans son humanité sainte aux décisions du Père de l’intérieur et de nous les révéler comme des volontés d’amour. La Croix est bien lumière mais elle est en même temps le mystère à partir duquel les décisions du Père sont prises et réalisées.  La Croix est bien le moyen voulu par le Père et par l’Agneau pour l’accomplissement de son amour et l’œuvre de notre salut. C’est à la Croix et par elle que la finalité nous est donnée. Et c’est dans la lumière de la fin que la Croix est pour nous la vie et la lumière, l’amour et la miséricorde, dans l’unité. C’est à partir de l’Agneau que le Père nous unit à lui dans l’amour, nous sauve. La sagesse du Père n’est pas seulement spéculative : ce sont les volontés du Père qui sont lumineuses et qui réalisent une transformation concrète de notre cœur et de tout ce que nous sommes. Dans la Croix du Christ, nous avons donc, à travers l’obéissance de Jésus, le sommet du gouvernement du Père, l’accomplissement et la manifestation de sa volonté d’amour.

06 Voici ta MèreMarie, la Femme

C’est bien dans le mystère de l’Agneau que s’accomplit le mystère de Jésus selon la volonté du Père. N’est-ce pas ce que nous dévoile la grande prière du Fils bien-aimé dans l’évangile de Jean (7)? De même la prière de l’Agonie au Mont des Oliviers : "Père, si tu veux, écarte de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne (8)". Quel est ce mystère de l’Agneau dans lequel Jésus s’offre et est offert selon la plénitude de l’amour du Père, selon la gloire de son amour ? N’est-ce pas que, dans la réalisation du mystère de la Croix, Marie soit intimement associée à Jésus ? Jésus la regarde bien comme "la Femme (9)", celle qui est une avec lui (10). N’est-elle pas l’Épouse de l’Agneau, celle qui fait œuvre commune avec lui ? Dans le mystère de sa compassion, Marie est intimement unie à l’holocauste de l’Agneau. Jésus n’est pas seulement celui qui la regarde comme la Femme, il est celui qui fait d’elle la Femme en la voulant, selon l’amour du Père, une avec lui dans son propre mystère d’obéissance au Père. Si Jésus est un avec le Père dans l’obéissance de la Croix, ce qui lui permet d’œuvrer avec le Père (11) dans son humanité sainte, Marie vit dans l’amour ce même mystère d’accomplissement de la volonté du Père. Par là, elle coopère intimement à l’œuvre de l’Agneau. Et elle l’achève dans l’amour.

 

(A suivre)

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

1. Ap 5, 7.

2. Jn 13, 3.

3. « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit faire au Père » (Jn 5, 19) ; « Je ne puis, moi, rien faire de moi-même. Selon ce que j’entends, je juge, et mon jugement à moi est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté à moi, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 5, 30).

4. Ap 5, 13.

5. « On estime en général que le parfait εἴληϕεν a le sens d’un aoriste. Mais sa valeur de parfait n’est pas douteuse en 2, 28 ; 3, 3 ; 8, 5 et 11, 17 (…). Il est probable que le présent parfait s’oppose d’abord à l’aoriste qui lui précède, « il vint », pour signifier que l’Agneau tient définitivement le livre qu’il a reçu. Jean oppose toujours finement les temps l’un à l’autre pour nuancer leur sens » (E. Delebecque, L’Apocalypse de Jean, chapitre 5, note du verset 7, Paris, Mame, 1992, p. 182).

6. « De même en effet que le Père a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné pareillement au Fils d’avoir la vie en lui ; et il lui a donné pouvoir pour exercer le jugement, parce qu’il est Fils d’homme » (Jn 5, 26-27).

7. « Père, elle est venue l’heure ! Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie, selon que tu lui as donné pouvoir sur toute chair, afin qu’à tout ce que tu lui as donné, il donne à ceux-là la vie éternelle. Et telle est l’éternelle vie : qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Moi, je t’ai glorifié sur la terre, en accomplissant l’œuvre que tu m’as donnée  à faire. Et maintenant, toi, Père, glorifie-moi auprès de toi, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût » (Jn 17, 1-5).

8. Lc 22, 42.

9. Jn 19, 26.

10. « “Celle-ci, cette fois, est bien l’os de mes os, la chair de ma chair ; celle-ci sera appelée femme, car c’est d’un homme qu’elle a été prise, celle-ci !” C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair » (Gn 2, 23-24).

11. « Le Père est à l’œuvre jusqu’à présent et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5, 17).

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