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Les trois sagesses

Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne (Jn 21)

L'âge du renoncement

Révéler le sens d’une époque, annoncer sa destination prochaine est ordinairement le métier du prophète. Il est aussi, parfois, celui du philosophe. C’est à cette tâche que s’est livrée Chantal Delsol, dans un ouvrage ambitieux, L’Âge du renoncement*.couv9113g_200.jpg

Ce livre qui poursuit – et parachève ? – un cycle ouvert avec Le Souci contemporain et Éloge de la singularité, jette une lumière pénétrante sur notre modernité tardive. L’auteur y défend une thèse originale : nous quittons l’ère judéo-chrétienne, nourrie de philosophie grecque, pour entrer dans l’âge du renoncement. Renoncement non seulement au monothéisme, mais à tous ses fruits immanents et séculiers : l’idée de vérité, la dignité de la personne et les droits de l’homme, la royauté de l’homme sur les vivants, la liberté personnelle, le progrès, la démocratie. Cette architecture de sens serait en train de laisser place non au chaos et au nihilisme, comme le pensent certains, mais à ce que l’humanité aurait toujours connu avant et ailleurs : les sagesses traditionnelles. Celles-ci, à l’instar du stoïcisme et des sagesses chinoises, remplacent la recherche du pourquoi – une vérité sur les finalités – par le comment : comment bien vivre dans un monde tragique, privé de sens ou insaisissable ? Les conséquences sont bien visibles : le remplacement du vrai par l’utile ; la renaissance des mythes qui, sans nécessairement changer les anciennes convictions, les assoient sur des traditions et des commémorations (tel serait le statut actuel des droits de l’homme) ; le retour du temps circulaire, succédant à l’idée de progrès, avec comme seul horizon la lutte contre le chaos ; le consensus despotique préféré à la démocratie représentative, et l’écrasement des minorités de pensée pour la préservation de la paix ; l’effondrement de notre cosmos culturel, remplacé par un morcellement de croyances syncrétiques. Cet itinéraire intellectuel passionnant nous offre une vaste fresque de notre époque, et apporte bien des clés de compréhension.

À son terme, une question cependant fait jour : le statut de la vérité. Il semblerait que celle-ci soit pour l’auteur plutôt affaire de croyance (religieuse ou séculière) que de recherche philosophique. La vérité n’assurerait ses fondements qu’adossée à une foi. Peut-être est-ce pour cela que C. Delsol, au détour d’une interview, défend l’idée que la quête de vérité relève de l’anthropologie culturelle, et non naturelle. Les hommes n’ont-ils pas longtemps réussi à s’en passer ? Mais l’humain se révèle-t-il dans ses traits les plus largement partagés, ou dans ce qu’il a de plus profond, qui peut facilement être étouffé ? Finalement, ce livre n’appelle-t-il pas en creux la recherche d’une authentique sagesse philosophique, dévoilant la vérité profonde du cœur et de l’intelligence de la personne ? Nous espérons que l’auteur nous indiquera plus tard un chemin à suivre pour perpétuer cette quête de vérité – comme ce fut le cas dans d’autres ouvrages – et faire de nous « les dépositaires d’une autre âme du monde ».

 

Fabrice Sabolo

Doctorant en philosophie

© www.les-trois-sagesses.org

 

* L’Âge du renoncement, Paris, éd. du Cerf, coll. « La nuit surveillée », 2011, 22 €

ISBN : 978-2-204-09513-6 - SODIS : 8291767 - EAN : 9782204095136

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